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À Genève
Pollution plastique : pas de consensus pour un traité mondial
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À Genève
Pollution plastique : pas de consensus pour un traité mondial
■ Le monde moderne subit une invasion du plastique.
Diplomatie environnementale. La deuxième partie de la cinquième session de l’Intergovernmental Negotiating Committee (INC), chargé d’élaborer un «international legally binding instrument» sur la pollution plastique – y compris dans le milieu marin – s’est tenue du 5 au 15 août au Palais des Nations, à Genève, en Suisse. Après dix jours de négociations, les travaux de l’INC se sont achevés prématurément le 15 août, sans aboutir à un consensus sur le texte. Le Comité a convenu de reprendre les négociations à une date ultérieure.
■ Maurice était représentée à Genève par Joanna Bérenger, «junior minister» à l’Environnement.
Joanna Bérenger, junior minister à l’Environnement, déclare dans une vidéo publiée sur sa page Facebook le 14 août : «Nous sommes à Genève, afin de participer activement aux négociations en vue de parvenir à un traité international pour combattre la pollution plastique.» Elle précise que le déplacement est sponsorisé par les Nations unies et souligne l’importance de ce traité pour Maurice. «Même si nous ne générons pas beaucoup de pollution plastique, nous en subissons beaucoup les conséquences.»
Elle attire l’attention sur les conséquences graves pour la santé. «Les scientifiques ont retrouvé du plastique dans le corps humain.» Elle ajoute que l’on retrouve également du plastique sur les plages, dans les lagons et dans les poissons, ce qui affecte directement deux piliers de notre économie : la pêche et le tourisme.
Elle évoque le cas de Maurice. «Nous avons pris la parole le 12 août pour faire savoir ce que nous avons fait au niveau local pour combattre la pollution plastique, mais aussi quelles difficultés nous avons rencontrées en tant que petit État insulaire en développement.»
Joanna Bérenger explique avoir fait part des attentes de Maurice par rapport au traité : ne pas considérer le plastique uniquement à la fin de sa durée de vie, revoir la production de plastique primaire pour la réduire, établir une liste des produits chimiques dangereux toujours présents dans les plastiques, mettre en place un plan ambitieux pour favoriser l’innovation et la recherche d’alternatives, et garantir un mécanisme de financement solide et accessible aux petits États insulaires en développement.
«Cela nous permettra de mettre en œuvre le traité et de disposer de moyens pour éliminer la pollution plastique déjà présente», signale-t-elle.
Elle reconnaît cependant la nécessité pour les pays de travailler ensemble. «On ne peut pas résoudre le problème du plastique seuls. Il faut de la solidarité. Si l’on aborde le problème pays par pays, nous ne pourrons ni trouver de solution, ni inverser la tendance.»
Dans une seconde vidéo publiée le 15 août, à la suite de l’absence de consensus à l’INC pour parvenir à un traité, Joanna Bérenger explique : «Le texte répondait partiellement à nos attentes : il prévoyait une considération spéciale pour les petits États insulaires en développement, comportait une liste des produits chimiques dangereux pour la santé présents dans le plastique et prenait également en compte la durée de vie complète du plastique. Néanmoins, certaines lacunes subsistaient, par exemple sur la définition du plastique ou l’absence d’objectifs clairs concernant sa production et sa réduction.»
Eco-Sud a qualifié l’événement – sur sa page Facebook le 15 août – d’occasion historique manquée. L’organisation rappelle que recycler ne ralentit pas la production de plastique vierge, et qu’en quinze ans, la production mondiale a doublé pour atteindre aujourd’hui 460 millions de tonnes par an. L’organisation explique également que chaque année, 90 % du plastique produit n’est jamais recyclé et que même lorsqu’il l’est, il perd en qualité, nécessite du plastique vierge et accumule près de 16 000 substances toxiques. Ainsi, selon l’organisation, la plupart des plastiques recyclés finissent en produits de moindre qualité, avant de redevenir à nouveau des déchets.
■ Sébastien Sauvage de l’Eco-Sud
Sébastien Sauvage d’Eco-Sud détaille les chiffres pour Maurice : «En 2024, nous avons généré près de 120 000 tonnes de déchets plastiques. Seulement 2 % ont été recyclés, tandis que 60 % ont fini à Mare-Chicose et 38 % se sont dispersés dans l’environnement – sur nos plages, dans nos lagons, dans nos sols.» Il alerte sur l’impact de la pollution plastique. «Le plastique affecte nos écosystèmes marins, nos sols agricoles et notre santé, en diffusant des milliers de substances toxiques. Il met en péril des secteurs vitaux comme la pêche, le tourisme et l’agriculture, dont dépendent directement nos communautés.»
Eco-Sud attire l’attention sur le système de tri : «Nous restons piégés dans un modèle produire-consommerjeter», rappelant qu’il faut traiter les causes et pas uniquement les symptômes. L’organisation demande de réduire la production de plastique à usage unique, d’interdire les substances chimiques dangereuses, de prioriser le réemploi et le remplissage, de garantir des financements équitables, de permettre une transition juste pour les communautés impactées et d ’ adopter un traité juridiquement contraignant.
Sébastien Sauvage rappelle l’urgence de s’attaquer à la racine du problème, soit la production de plastique : «Certains acteurs économiques exercent encore un fort lobbying pour éviter toute limitation de la production et de la mise sur le marché de plastiques, notamment à usage unique. Il est temps de mettre fin à cette influence qui freine les avancées.»
Plusieurs organisations internationales ont réagi à l’absence d’accord à Genève. Graham Forbes, de Greenpeace, déclare : «L’incapacité à parvenir à un accord à Genève doit être un signal d’alarme pour le monde : mettre fin à la pollution plastique signifie affronter de front les intérêts des combustibles fossiles… La crise du plastique s’accélère, et l’industrie pétrochimique est déterminée à nous enterrer pour des profits à court terme.» Tadesse Amera, de l’International Pollutants Elimination Network, ajoute : «Tant que l’industrie des produits chimiques et du plastique n’éliminera pas les milliers de substances dangereuses utilisées dans les plastiques, une transition vers une économie circulaire sûre ne sera pas possible.»

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