Publicité

Atelier de sensibilisation

Plus de 3 000 travailleurs étrangers dans la nature, Reza Uteem cible les employeurs illégaux et charge la police

6 novembre 2026, 12:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Plus de 3 000 travailleurs étrangers dans la nature, Reza Uteem cible les employeurs illégaux et charge la police

■ Reza Uteem n’a pas mâché ses mots à l’égard de la police qui, selon lui, n’en fait pas assez pour retrouver les travailleurs en situation irrégulière.

Recrutement éthique et prévention de la traite des personnes : c’est autour de ces enjeux que le ministère du Travail et des relations industrielles a réuni hier des représentants d’agences privées de recrutement, des institutions publiques et des partenaires internationaux, dont l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Lors de cet atelier de sensibilisation qui s’est tenu à l’InterContinental Mauritius Resort Balaclava Fort, le ministre du Travail, Reza Uteem, a révélé que plus de 3 000 travailleurs étrangers sont introuvables et a dénoncé le manque d’action policière contre les employeurs illégaux. En ouverture, il a présenté ses condoléances aux familles des Bangladais morts la veille dans un accident du travail à Plaine-des-Papayes.

Le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’œuvre dans le textile, la construction, l’hôtellerie, mais aussi les PME et les services domestiques, rendent nécessaire le recours aux travailleurs étrangers, a souligné le ministre. Un comité interministériel que Reza Uteem a présidé a supprimé le système de quotas, qu’il juge très injuste, et le principe de permission préalable. Les employeurs doivent désormais démontrer qu’ils ne parviennent pas à recruter localement, en particulier via les centres d’information sur l’emploi. La réforme place les agences agréées au centre du dispositif : «Nous ne pouvons pas laisser le recrutement entre les seules mains des employeurs, et certainement pas entre celles de soi-disant consultants.»

La Private Recruitment Agencies Act 2023 et les Private Recruitment Agencies Regulations 2025, élaborés avec l’OIM, intègrent les principes de l’International Recruitment Integrity System et font peser sur les agences la responsabilité d’un recrutement éthique. Au total, 20 licences ont été délivrées pour le recrutement local, 12 pour le placement de Mauriciens à l’étranger et 47 pour l’embauche de travailleurs étrangers.

Endettement

Les responsabilités des agences couvrent tout le processus, de la sélection des candidats à leur prise en charge à destination. Le ministre a évoqué les Mauriciens attirés par des promesses d’emploi au Canada ou sur des navires de croisière, qui paient des sommes importantes avant de se retrouver bloqués, sans argent pour rentrer. En cas de problème, c’est désormais à l’agence de rapatrier le travailleur.

Le principe est sans équivoque : «Aucun travailleur, qu’il soit mauricien ou étranger, ne devrait jamais être contraint d’acheter un emploi.» Tous les frais de recrutement incombent à l’employeur, à Maurice comme dans le pays d’origine. Un principe directement lié, selon le ministre, à la lutte contre la traite des personnes.

Pour Reza Uteem, la plupart des plus de 3 000 travailleurs disparus ne fuient pas des conditions abusives. Endettés pour financer leur venue, ils sont tentés par des emplois mieux payés, souvent proposés par des membres de leur communauté. Le ministre n’a pas ménagé les forces de l’ordre : «La police ne fait pas assez pour démanteler ces opérations illégales. La police ne fait pas assez pour retrouver ces travailleurs illégaux. La police ne fait pas assez pour sanctionner les employeurs illégaux.» Il a affirmé refuser de croire qu’aucun employeur illégal n’ait jusqu’ici été condamné dans un pays aussi petit que Maurice.

Il vise les entreprises qui préfèrent une main-d’œuvre clandestine pour réduire leurs coûts : «Pour moi, le jour où il n’y aura plus d’employeurs illégaux, il n’y aura plus de travailleurs illégaux.»

Permis de travail : Les causes des retards

Avec l’ouverture du recrutement à tous les secteurs, les demandes de permis de travail ont plus que doublé. Au 30 octobre, 51 187 travailleurs étrangers étaient recensés, hors détenteurs d’un occupation permit et étudiants. Les retards tiennent aux ressources limitées du ministère, à une panne de la plateforme de l’Economic Development Board, à des formulaires incomplets et à des incohérences dans les noms des travailleurs.

En comité, deux ministères ralentissent les dossiers : l’Agro-industrie, qui réserve le recrutement aux planteurs réellement dans le besoin, et les Infrastructures nationales, qui vérifient la charge de travail des entreprises de construction. Le Passport and Immigration Office bloque les personnes ayant dépassé la durée de leur séjour tandis que le Prime Minister’s Office effectue des contrôles de sécurité, notamment sur les ressortissants bangladais. Ces deux instances recevront désormais les dossiers dès leur dépôt, pour éviter des refus après trois mois d’attente.

L’ouverture du recrutement a multiplié les maisons converties en dortoirs. Le Building and Land Use Permit (BLUP) a toujours été exigé, a rappelé le ministre, les collectivités locales l’ayant signalé dès 2020. Un moratoire d’un an est accordé aux structures existantes. Les retards de délivrance s’expliquent souvent par la découverte de constructions illégales.

Le gouvernement mise sur des logements centralisés, loués à plusieurs employeurs, et envisage d’autoriser les entreprises aux capacités excédentaires à loger d’autres travailleurs. Une réglementation fixera aussi des normes minimales pour l’hébergement des travailleurs domestiques chez leur employeur.

Accords bilatéraux et ligne dédiée

Un protocole d’accord existe avec l’Inde ; ceux avec le Bangladesh et le Népal sont en voie de finalisation, et les négociations avec Madagascar sont avancées. Ces quatre pays fournissent 95 % ou plus des travailleurs étrangers. Le Ghana, le Rwanda, le Botswana, le Kenya et le Mozambique ont aussi manifesté leur intérêt, tout comme l’Arabie saoudite, cette fois pour accueillir des travailleurs mauriciens.

Sollicité par des ministres, des conseillers, des agences et des employeurs sur l’état de leurs dossiers, Reza Uteem a cessé de traiter ces demandes personnellement. Une ligne dédiée, le 214-3700, et une adresse électronique centraliseront désormais les requêtes, sans contact direct avec les fonctionnaires. Les dossiers sont traités selon le principe du premier arrivé, premier servi : «Il n’y a absolument aucune préférence accordée à quelque agence de recrutement ou employeur au niveau de notre ministère.»

Publicité