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BP du MMM
Paul Bérenger : le suspense continue
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Paul Bérenger : le suspense continue
Paul Bérenger est catégorique : Reza Uteem est le candidat idéal du côté du MMM pour prendre le poste de ministre des Finances.
Le siège du Mouvement militant mauricien (MMM), à Ambrose, Rose-Hill, était animé hier par une séquence politique à forte intensité et très suivie. Dès 16 h 30, l’ambiance était lourde, presque étouffante. Les ministres membres du parti arrivaient un à un, sans élan, comme conscients qu’ils allaient vivre un moment charnière. À l’extérieur du bâtiment, des dizaines de militants s’étaient massés, le regard tendu, le visage fermé. Une interrogation dominait toutes les conversations : Paul Bérenger allait-il rester au gouvernement ou claquer la porte ?
Devant le siège du MMM, la scène était révélatrice de la nervosité ambiante. Les ministres, assis côte à côte sur un banc, consultaient frénétiquement leurs téléphones portables. Chacun scrutait les flux d’informations, lisait leurs messages et les rumeurs qui circulaient depuis le matin. Tous savaient que l’issue de la rencontre, tenue quelques heures plus tôt entre Paul Bérenger et le Premier ministre, Navin Ramgoolam, au Prime Minister’s Office, pèserait lourd sur leur avenir politique.
Les visages étaient crispés, les traits tirés. Certains échangeaient quelques mots à voix basse, d’autres restaient silencieux, absorbés par leurs écrans. L’inquiétude était palpable, car au-delà du sort personnel de Paul Bérenger, c’était l’équilibre même de l’Alliance du changement qui semblait suspendu à cette réunion du Bureau politique.
À 17 heures précises, Paul Bérenger est arrivé. Le silence s’est installé aussitôt. Sans saluer la foule, le leader mauve a franchi les portes du siège du parti, suivi par l’ensemble des membres du Bureau politique. Les portes se sont refermées, laissant militants et journalistes dans l’attente. À l’intérieur, les discussions s’annonçaient franches, parfois rudes, sur fond de désaccords persistants avec le chef du gouvernement.
À l’issue de la réunion, le verdict est tombé. Paul Bérenger reste Premier ministre adjoint. Il ne démissionne pas du gouvernement. Mais le désaccord fondamental demeure : Navin Ramgoolam conserve le portefeuille des Finances, avec Dhaneshwar Damry maintenu comme junior minister.
Face à la presse, Paul Bérenger a tenu à poser les choses clairement : «Ramgoolam m’a fait comprendre qu’il conserve le portefeuille des Finances. Mo pa trouv sa bon ditou.» S’il a dit prendre acte de cette décision, il estime qu’elle est néfaste pour le pays. Selon lui, la situation économique exige un ministre des Finances à plein temps, entièrement dédié à ce dossier crucial. Il a rappelé que la Constitution limite le nombre de ministres à 25, ce qui complique toute réorganisation sans sacrifices politiques.
Paul Bérenger a insisté sur un point : il n’a jamais convoité ce portefeuille par ambition personnelle. Il a affirmé qu’il aurait accepté cette responsabilité uniquement par sens du devoir national, afin de débloquer une situation institutionnelle qu’il juge préoccupante. Il a également souligné que sa proposition allait bien au-delà de sa personne. Le MMM avait avancé le nom de Reza Uteem pour occuper ce poste stratégique, un choix qu’il défend avec conviction. «Du côté du MMM, Reza Uteem peut être un excellent ministre des Finances. Et même chez les Travaillistes, il y a des personnes capables d’occuper ce portefeuille», a-t-il soutenu.
Au-delà de la question des Finances, le leader mauve a dressé un tableau plus large des dysfonctionnements qu’il perçoit au sein de l’appareil étatique. Il a évoqué les problèmes persistants touchant la police, les prisons, la lutte contre la drogue, Air Mauritius ainsi que la corruption, tant économique qu’institutionnelle.
Il a rappelé avoir abordé ces mêmes dossiers lors d’une précédente rencontre avec Navin Ramgoolam, mercredi dernier. «Nous avons progressé sur certains points, mais c’est le statu quo sur d’autres. Franchement, j’ai exprimé mon insatisfaction sur la manière dont les choses évoluent», a-t-il confié.
Paul Bérenger a dénoncé ce qu’il a décrit comme l’influence négative de certains cercles de décision autour du Premier ministre :«Mo ti touzour dir li ena enn gang otour de li ki fer nou boukou ditor.» Selon lui, cette situation freine les réformes et complique la prise de décisions efficaces. Il n’a pas tenu à dévoiler l’identité des personnes constituant ce fameux gang qu’il dénonce.
Le leader du MMM s’est également montré très critique envers une partie de la presse. Sans citer de nom, il a fustigé un journal qu’il a qualifié de «mercenaire», dénonçant des articles qu’il juge orientés et malveillants. Il a, par ailleurs, démenti toute rumeur de froid avec le Chief Executive Officer de l’Economic Development Board, Mahen Kundasamy, affirmant au contraire qu’il s’agit, selon lui, d’une personne très compétente. Paul Bérenger a tenu à rappeler qu’il avait lui-même suivi des cours en journalisme et qu’il affectionne profondément ce métier, tout en regrettant certaines dérives qu’il estime nuisibles à la démocratie.
Interrogé sur le sentiment d’insécurité grandissant dans le pays, il a concédé que la population a raison. Il a reconnu la frustration d’un peuple qui estime avoir voté pour un gouvernement censé travailler pour lui et non perdre du temps dans des désaccords internes. S’il a admis l’existence de problèmes et de divergences au sein de l’Alliance du changement, Paul Bérenger a toutefois exprimé l’espoir d’un dénouement positif, notamment sur le dossier sensible de la réforme électorale.
Revenant sur la conférence de presse du commissaire de police tenue samedi dernier, Paul Bérenger s’est montré particulièrement critique. Le haut gradé avait affirmé vouloir tout faire pour regagner la confiance de la population. Une déclaration qui a fait réagir le leader du MMM. «Eoula, kouma li kapav dir sa? Li vinn konstat problem-la? Rezoud li», a-t-il lancé, estimant que la confiance ne se décrète pas mais se construit par des actions concrètes, des réformes profondes et une véritable indépendance des institutions.
Il a également évoqué la nécessité de renforcer les mécanismes de lutte contre le crime, le trafic de drogue et la corruption, plaidant pour une réforme en profondeur des structures existantes, notamment à travers les projets liés à la National Crime Agency.
Le leader mauve a par ailleurs abordé la question de la réforme électorale, un dossier qu’il considère fondamental pour la stabilité démocratique du pays. Il a rappelé que des discussions sont en cours mais que de nombreux points restent à finaliser, notamment sur la représentation proportionnelle et les équilibres communautaires. Il a insisté sur la nécessité d’aboutir rapidement, évoquant un calendrier parlementaire serré et la responsabilité du gouvernement de transformer les intentions en textes de loi concrets.
Interrogé sur le dossier des Chagos, Paul Bérenger a rappelé qu’il suit ce combat depuis de longues années. Il s’est dit confiant quant à un dénouement positif, estimant que le contexte international actuel est plus favorable à une issue respectueuse des droits mauriciens et chagossiens.
Il a toutefois refusé de trancher, à ce stade, sur l’avenir du MMM au sein du gouvernement. Le Comité central du parti se réunira le samedi 17 janvier, une réunion annoncée comme décisive. C’est cette instance qui devra décider si le MMM reste au gouvernement, adopte une posture critique de l’intérieur ou choisit une autre voie.
À Rose-Hill, hier soir, une certitude s’imposait : si Paul Bérenger demeure pour l’instant Premier ministre adjoint, le malaise politique est profond et le suspense total. Le rendez-vous de samedi pourrait bien redessiner les équilibres du pouvoir.
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