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Violences du 17 octobre
Paroles de la diaspora en France : Entre colère, inquiétude et peur de l’avenir
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Violences du 17 octobre
Paroles de la diaspora en France : Entre colère, inquiétude et peur de l’avenir
Depuis la France, la diaspora mauricienne suit avec inquiétude les événements presque similaires qui secouent leur pays de résidence et leur île natale. Après les manifestations du 17 octobre, ayant mobilisé entre 500 000 et 800 000 personnes dans les rues de l’Hexagone, et les violences, pillages et spectaculaires dégradations, plusieurs de ses membres ont accepté de témoigner, entre angoisse pour leurs proches, colère et sentiment d’impuissance. Des réactions qui interviennent alors que Maurice reste parallèlement en proie à des troubles à l’ordre public, à peine contenus par le couvrefeu instauré depuis le lundi 12 octobre.
Jenika Farineaux, Responsable d’un magasin Darty : «Nous avons peur de l’avenir»

Pour Jenika Farineaux, responsable d’un magasin Darty, la hausse du coût de la vie s’accompagne d’une inquiétude grandissante quant à l’avenir. «Cela fait des mois que le litre de carburant dépasse les deux euros (environ Rs 100). Et quand le carburant augmente, tout suit : le transport des marchandises, les prix en boutique et les courses», argumente-t-elle.
Si elle comprend la colère exprimée dans les manifestations, elle déplore un climat social tendu, marqué par l’incertitude politique et les conflits internationaux. Maman de deux enfants, elle s’inquiète particulièrement pour leur avenir. Le fait que le mouvement ait débuté chez les jeunes lycéens témoigne, selon elle, d’un malaise profond. «Nous avons peur de l’avenir et espérons que cette situation prendra rapidement fin.»
Archad Burahee, agent licencié FIFA : «Le plus dur, c’est l’impression que le dialogue est rompu»

«Je vis cette période avec un mélange d’inquiétude et de lassitude. La hausse du coût de la vie se fait sentir partout, très concrètement. Ça fait des mois qu’on dépasse les deux euros le litre de carburant, et quand le carburant augmente, tout augmente : le transport des marchandises, les prix en boutique, les courses. À la fin du mois, le budget est serré pour de plus en plus de monde. Côté manifestations, je comprends la colère, elle est légitime. Mais entre l’année électorale et les guerres qui s’enlisent, leclimat social tendu ajoute une source d’instabilité. Le plus dur, c’est l’impression que le dialogue est rompu. Et d’ailleurs, le mouvement actuel est parti des jeunes lycéens, qui s’inquiètent déjà pour leur avenir. Ça en dit long sur l’état du pays.»
Laurie Lamoureux, coordinatrice sur le réseau de gaz naturel : «J’ai davantage craint les agissements des forces de l’ordre que ceux des manifestants»

«En tant que maman célibataire vivant à Paris avec mon fils, je considère les manifestations du 17 octobre comme une réponse à la violence institutionnelle et au ras-le-bol collectif face aux difficultés liées à l’éducation, au coût de la vie et à la suppression des acquis sociaux. Majoritairement pacifistes, les manifestants ont, selon moi, été confrontés à des débordements des forces de l’ordre. Ce samedi-là, dans le métro parisien, des gaz lacrymogènes ont été lancés alors que des mamans et de jeunes enfants étaient présents. J’ai davantage craint les agissements des forces de l’ordre que ceux des manifestants. Le gouvernement n’a, selon moi, pris aucune mesure pour apaiser la situation.»
Fifi Emamdee, habitante de de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) : «On est d’accord pour manifester, mais pas pour détruire»

Dans sa localité, elle n’a constaté ni dégâts particuliers ni manifestations. Si elle reconnaît le droit de chacun à exprimer son mécontentement, elle condamne fermement les actes de vandalisme. Pour elle, les premières victimes de ces débordements restent les commerçants, les travailleurs et les citoyens qui tentent simplement de poursuivre leurs activités. «On est d’accord pour manifester, mais pas pour détruire», souligne-t-elle, faisant également le parallèle avec la situation à Maurice.
Fiona Mootoosamy, étudiante en Master, Paris : «Ces revendications, depuis Paris, résonnent fortement à Maurice»

«Ce que j’ai vu et vécu, ce sont des manifestations particulièrement violentes. Au-delà des dégâts matériels, les armes utilisées, comme la grenade assourdissante qui a arraché le bras d’un jeune, ont provoqué de gros mouvements de panique parmi les manifestants. Samedi, j’étais en plein Paris. Entre les grenades et les tirs de gaz lacrymogène qui venaient de nulle part, c’était assez effrayant. Qu’on soit en manifestation ou pas, on a peur pour sa sécurité.
Ce qui me frappe, c’est la façon dont les médias parlent de “violences urbaines”. Le terme est repris partout, alors qu’il veut tout et rien dire. Ce que je vois, moi, c’est un contexte qui n’a rien de neutre. Autour de moi, il y a la précarité étudiante, les canicules à répétition, et le sentiment que le gouvernement n’apporte pas de vraies solutions. Pour moi, ces manifestations sont l’aboutissement d’une violence que beaucoup de gens subissent au quotidien, certains bien plus que d’autres. Je remarque aussi qu’on montre beaucoup les poubelles brûlées, mais qu’on entend peu ce que demandent les manifestants : des conditions dignes pour étudier, travailler et vivre. On oublie souvent que le mouvement est parti d’outre-mer, avec des luttes comme l’accès à l’eau potable en Guadeloupe. Se réveiller sans eau, c’est aussi une forme de violence. Et en suivant tout ça depuis Paris, je ne peux pas m’empêcher de penser à Maurice, où ces revendications résonnent fortement.»
Nedy Narrainen, Directeur des opérations Last Mile Delivery : «Le sentiment de payer plus pour vivre moins bien»

«Aujourd’hui, travailler ne suffit même plus à vivre dignement. Les prix explosent, le pouvoir d’achat s’effondre et les Français ont le sentiment de payer toujours plus pour vivre toujours moins bien», souligne Nedy Narainen. Il comprend le mécontentement exprimé dans les manifestations, mais condamne les violences. «Au quotidien, cette crise nourrit l’angoisse, la colère et la perte de confiance. Beaucoup doivent choisir entre se nourrir correctement, se loger ou simplement profiter de la vie.» Face à ces difficultés, il espère des réponses rapides et concrètes pour soulager les ménages et restaurer leur confiance.
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