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Palestine : le consensus qui nous rattrape

29 septembre 2025, 09:30

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Il y a quelques mois encore, Maurice hésitait. En mai 2025, au moment où la Cour internationale de justice ouvrait ses portes aux plaidoiries sur Gaza, notre pays s’était effacé. Officiellement, par manque de moyens. Officieusement, par prudence diplomatique : ne pas heurter Washington, DC, ménager nos batailles sur les Chagos et nos exportations sanctionnées par les droits de douane de Trump. Ce silence avait inquiété. Il sonnait comme un renoncement.

Mais l’Histoire s’est accélérée. En septembre, la bascule est devenue mondiale. La France, longtemps prudente, a annoncé à la tribune de l’ONU sa reconnaissance formelle d’un État palestinien, rejoignant le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, le Portugal et une série de pays européens. Emmanuel Macron a parlé d’«urgence» et de «nécessité pour briser la spirale de violence». Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé que l’État palestinien est «un droit, pas une récompense».

Ce séisme diplomatique isole désormais Israël. Benjamin Netanyahou s’entête, promet une «super-Sparta» et rêve d’autarcie économique. Mais les alliances qui le protégeaient se fissurent. Les boycotts économiques, culturels, sportifs se multiplient. Et, fait inédit, la colère gagne même les partenaires les plus fidèles.

Maurice ne pouvait rester sur la touche. Notre Premier ministre et son vice-Premier ministre l’ont dit publiquement : nous soutenons la Palestine, pleinement, après notre acte manqué du 1er mai. Cette parole retrouvée nous replace du bon côté de l’Histoire et redonne cohérence à notre diplomatie. Nous avons bâti notre prestige sur le droit international : Chagos, climat, droit de la mer. Ne pas défendre la Palestine sapait cette crédibilité.

Il ne s’agit pas d’un geste sentimental. Reconnaître la Palestine, c’est reconnaître que l’ordre multilatéral peut encore s’imposer face aux armes. C’est refuser la géométrie variable des droits humains. Et pour un petit État insulaire, c’est vital : si nous voulons que nos propres combats – contre l’occupation britannique à Chagos, contre le protectionnisme américain – trouvent écho, nous devons être constants.

Le pragmatisme compte aussi. En se joignant au consensus, Maurice s’aligne avec l’immense majorité : 157 des 193 États membres de l’ONU reconnaissent désormais la Palestine. En Afrique, seuls deux pays font exception. L’Union africaine, dont nous sommes membres actifs, a une position claire. En Europe, le basculement de Paris et Londres entraîne une dynamique qui isole davantage les réfractaires : États-Unis, Allemagne, Japon.

Reste la grande inconnue stratégique : la Chine. Pékin s’est exprimé dès le lendemain des annonces occidentales : «Gaza appartient aux Palestiniens ; le droit national palestinien doit être garanti.» Pour la Chine, c’est une double opportunité : affaiblir l’influence américaine au Moyen-Orient et apparaître comme garante d’un ordre international fondé sur le droit, face à un Washington jugé partial. Mais Pékin est pragmatique : sans siège permanent au Conseil de sécurité capable de lever le veto américain, la pleine adhésion de la Palestine à l’ONU restera bloquée.

La Chine va pourtant pousser son avantage : médiations, soutien économique, ouverture de canaux diplomatiques. Elle voit dans cette onde pro-palestinienne une manière de rallier le Sud global autour d’un multilatéralisme qui l’avantage. Maurice aurait tort d’ignorer ce mouvement : il recoupe nos propres intérêts d’État insulaire cherchant des alliés hors du strict axe Washington-Londres.

Notre voix compte moins par son poids que par sa cohérence. Nous avons payé cher nos silences calculés. En réaffirmant aujourd’hui notre soutien à la Palestine, nous envoyons un signal de constance et regagnons un levier pour nos batailles futures. Dans un monde polarisé, le courage diplomatique est une monnaie rare. Maurice ne peut se permettre de la dilapider.

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