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Campagne «Résilience»
Natacha Boodhoo : «Un pas de géant pour la fée du recyclage !»
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Campagne «Résilience»
Natacha Boodhoo : «Un pas de géant pour la fée du recyclage !»
«Levey», premier livre de Natacha Boodhoo, sortira en mai. Un conte couronnant le parcours résilient d’une femme battante contre les violences et les non-dits qui gangrènent la société mauricienne. Au cœur de son projet, des ateliers artistiques pour les ados, les femmes… sans mettre de côté les hommes. Des hommes, trop nombreux eux aussi à avoir été victimes de traumatismes durant leur vie et dans leur enfance.
? Quel est le lien entre le projet de campagne «Résilience» financée en 2025 à travers la plateforme Small Step Matters et la sortie prochaine du livre «Levey» («L’Éveil») ?
Mon premier livre, un conte illustré avec mes illustrations conçues à partir de déchets, rejoint en effet directement le projet Small Step Matters Résilience. Mon motto : recycler les traumatismes à travers l’art. Avec Résilience, j’ai pu voir différents aspects des traumatismes. Dans le concept de Levey, il y a un moteur, un outil pour canaliser les émotions, à travers les arts plastiques, la musique et l’écriture.
? Combien de personnes avezvous touchées jusqu’à présent avec le projet «Résilience» ?
Quand j’ai livré mon témoignage sur les réseaux sociaux sur l’agression que j’avais subie plusieurs années auparavant, 50 femmes m’ont contactée. Puis j’ai cheminé avec dix femmes, qui étaient prêtes à témoigner à visage découvert concernant la violence qu’elles avaient subie. Puis, huit femmes ont participé au clip Résilience, consultable en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=JVv8bQkyk7g. Enfin, parmi ces huit femmes, sept ont accepté de figurer dans le documentaire à découvrir sur ce lien : https://www.youtube.com/watchv=ZL08Lr8NeEo&t=1571s.
En ce moment, j’anime des ateliers à Vieux-Grand-Port, Rivière-des-Créoles. Je vais continuer sur Ville-Noire et finir à Petit-Bel-Air. Mon désir était de toucher notamment la partie sud-est de l’île. Ce sont des ateliers de Levey centrés sur la découverte de soi, la sensibilisation aux violences, en m’appuyant sur mon médium artistique de prédilection : le recyclage et la peinture. Un total de 240 personnes auront été touchées à la fin des ateliers. Un pas de géant pour la fée du recyclage !
? L’écoute et l’art sont votre cœur de métier ?
Effectivement, je suis artiste autodidacte, mais avant tout une éducatrice de formation. J’ai un diplôme en Counselling (child and adolescent) d’Oxford London College. Mon but est de toucher les adolescents en situation vulnérable. Il faut investir du temps, de l’énergie, car ils sont les citoyens et les messagers de demain. Et la lutte contre les violences, les traumatismes et la gestion des émotions est une problématique urgente qui m’interpelle, car je suis une passionnée des relations humaines. Pour moi, l’humain est l’essence de la société. Le niveau des violences est un baromètre de la santé de la société et il est primordial de s’intéresser à cette question, pour l’avenir de notre pays.
? Quelle est votre expérience du «counselling» ?
Depuis neuf ans, j’ai fait beaucoup de bénévolat dans diverses associations et actuellement, je suis engagée à temps partiel à l’association Paille en Queue, à Grand-Gaube. Cette expérience du social en milieu éducatif a nourri l’histoire et les illustrations de Levey. Le conte vient recycler les émotions avec trois forces, à travers la fée, le géant et le chaos. Il s’adresse à tous les publics : les jeunes, les adultes, les hommes, les femmes…
? D’après votre expérience professionnelle, les traumas concernent un fort ou un faible pourcentage de la population mauricienne ?
Un fort pourcentage, malheureusement ! J’aime en particulier animer des ateliers mixtes afin que les hommes puissent comprendre qu’ils ont une fée en eux. Et les femmes, un géant en elles. Le chaos, tout le monde l’a. J’insiste bien sur le fait que je considère les trois comme une force, pas comme une faiblesse. Trois forces, qui nous habitent tous.
? Pouvez-vous décrire le processus d’un atelier de recyclage des émotions difficiles enfouies ?
L’étape du collage des déchets recyclés est menée par la fée en nous. Les déchets symbolisent ce qui est cassé en nous. Déjà, il faut se remémorer notre identité, retrouver qui nous sommes, qui nous étions avant le trauma. Le géant, c’est l’ancrage, nos racines. C’est important de redéfinir une continuité : qui je suis, où j’en suis dans ma vie, et où je vais. Le chaos, c’est notre inconscient, notre «cave» personnelle, nos traumatismes, ce qui est passé sous silence…
? Derrière le projet de «Levey», un projet ambitieux pour 2026 et 2027…
Oui, j’aimerais cheminer avec le livre et les ateliers en région, dans les écoles, les associations, les entreprises pour animer des ateliers artistiques reposant sur mon conte.
? Le livre est bilingue, un choix fort ?
Oui, l’emphase est mise d’abord sur le Kreol avec le premier titre du livre Levey, suivi du titre dans sa traduction en français L’Éveil. Pourquoi le Kreol ? Je dirais d’abord «retour à la source», retour à sa langue maternelle, son enfance… pour ramener la personne à son essence. J’aimerais aussi contribuer à ce que davantage de personnes réapprennent le Kreol Morisien dans sa version écrite. Et puis j’ai opté pour le français pour que le livre puisse voyager, notamment dans l’océan Indien.
? De votre expérience du terrain, les traumas se situent majoritairement dans l’enfance ?
Oui, essentiellement pour beaucoup de personnes que j’ai rencontrées. Les nondits aussi. Beaucoup de refoulements des émotions fortes, par manque d’espace pour s’exprimer, se déposer… Je m’attaque à une «couche épaisse de non-dits».
Le conte bilingue (en français et «Kreol») est complété de riches illustrations sur le thème de la résilience. Ici, le personnage de la fée.
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