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Mo Kiltir
Musique : la mauvaise éducation
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Mo Kiltir
Musique : la mauvaise éducation
■ Le Conservatoire François Mitterrand (photo) ainsi que l’Atelier Mo’Zar sont les écoles de musique qui offrent un encadrement professionnel aux musiciens.
La formation et l’apprentissage sont la clé dans tous les domaines. En art, comme en musique, cela ne fait pas d’exception. On constate au fil des années une perte de qualité, découlant d’un manque de formation, de bases solides pour donner vie à des projets musicaux qui tiennent la route et qui durent.
Le terme «artisan de la culture» a longtemps résonné comme la parfaite appellation des acteurs culturels. Une façon d’exposer le modèle de la débrouillardise, qui caractérise bien l’âme artistique mauricienne. Et il a fait son petit bonhomme de chemin pour faire briller la sonorité d’ici sur le toit du monde. Un coup d’éclat, un instant de gloire comme une étoile filante, peu importe, la musique locale s’est hissée à l’international sans une structure professionnelle. Il faut saluer les artistes qui ont porté notre culture musicale comme des ambassadeurs. De Menwar à Eric Triton en passant par Ras Natty Baby, Denis Azor, OSB Crew, The Prophecy, Claudio Veeraragoo, pour ne citer qu’eux.
Toutefois, le revers de cet effet de gloire est brutal. Ce mirage d’un socle solide de la musique locale a volé en éclat, quand la nouvelle génération a émergé pour occuper les charts locaux. Et le décalage et le nivellement vers le bas furent flagrants et continuent encore aujourd’hui à suspendre nos oreilles. Cela résulte d’un manque d’un vrai encadrement privé ou public.
Notre île a eu la chance d’avoir des grands de la musique, des hommesinstitutions. Ces musiciens qui ont façonné et formé la génération des années 80. Le départ de grands comme ‒ Ernest Wiehe, Georges Corette, Noël Jean, Jocelyn Pitchen ‒ a marqué la fin d’une ère de belles compositions. Ils étaient des écoles de musique en eux-mêmes, accomplissant bien plus qu’aucun gouvernement depuis l’indépendance n’a pu réaliser. D’autres comme Menwar, Triton, Philippe Thomas, Jean René Bastien ont poursuivi sur cette voie, mais les émules se font rares. La relève se compte sur les doigts de deux mains. Triste constat pour ce peuple qui a construit son identité autour de sa musique, le séga.
Baisse de niveau
Au fil des années, la scène locale a commencé à perdre ses repères, n’arrivant plus à suivre la cadence mondiale, que ce soit en termes de production discographique ou en tournée sur les scènes d’ailleurs. N’ayant plus de mentor pour guider les jeunes pousses, on s’est retrouvé avec une vague de sonorités décousues à souhait. L’improvisation et les jam sessions pour couvrir une forme d’amateurisme ont permis l’explosion d’une génération d’artistes ou de groupes émergents de niveau moyen, frôlant dans certains cas la médiocrité. Versant dans presque le même style, avec l’aide de l’Auto-Tune ou de riddims «empruntés» d’une autre île.
Le résultat se voit au nombre d’artistes en tournée dans les réseaux professionnels du monde, à la qualité des sorties de disques ou encore au niveau scénique d’ici. Autant de points exposant le manque criard d’encadrement et de formation de qualité.
Ateliers de formation
La formation professionnelle du secteur de la musique n’a jamais connu de réel soutien, étant considérée comme un investissement humain, voire social, plutôt qu’un investissement économique pour mieux encadrer et éduquer les prochains acteurs culturels. Tous les décideurs se sont trompés à ce sujet, proposant seulement des solutions cosmétiques pour cacher les défauts, mais jamais les corriger de manière fondamentale.
On a vu pousser des initiatives indépendantes, privées (dites Corporate) pour remplir la liste des objectifs du Corporate Social Responsibility des compagnies, mais sans vraiment aller au bout de la professionnalisation de nouveaux venus dans le milieu musical. Ailleurs, on voit des formations d’artistes émergents dispensées aux artistes par des formateurs sans bilan et sans CV conséquent. Et on espère rehausser le niveau des jeunes espoirs de la musique locale. Dans l’attente de voir des talents formés qui émergent et explosent les charts d’ici et d’ailleurs.
Il est temps de revoir la copie à ce sujet. Compter sur la chance ne suffit plus. Le marché du disque et de l’exportation devient de plus en plus rude. Attendre que son étoile brille, que la bonne opportunité débarque par surprise n’est plus d’actualité, l’exotique ne séduit plus. La demande exige des artistes ou groupes avec une structure légale, un management proactif, presque à 360 degrés, pour avoir l’attention et intégrer le circuit mondial. Des artistes de la nouvelle génération, comme The Prophecy, Sayaa, Emlyn, Annega et Bilygane s’orientent vers la voie de la professionnalisation avec un label, une boîte de production ou un éditeur. Le but étant de répondre aux critères et normes internationaux.
Si l’État tarde à mettre en marche la machine du National Arts Council, cet éléphant blanc risque d’accoucher d’une souris, si toutes les annonces contenues dans son discours, son programme ou dans les deux Budgets 2025-2026 et 2026-2027 ne sont que des phrases alignées sur le papier pour épaissir le dossier et épater la galerie. Et retour à la case départ.
Il y a d’autres voies à explorer, par exemple avec l’UNESCO, qui a un rôle important à jouer pour appliquer les recommandations sur l’éducation culturelle et artistique sur le territoire local. L’extrait de cette conclusion du rapport cadre de l’UNESCO, adopté à Abou Dabi en 2024, souligne cet aspect : «La culture et les arts enrichissent et revitalisent l’éducation, en offrant à divers apprenants les moyens d’exprimer leur humanité et d’accéder à une diversité de formes d’expression, de modes de pensée, de savoirfaire et de savoir-être. L’éducation culturelle et artistique comprend l’enseignement et l’apprentissage des arts et de la culture, avec et par les arts et la culture, ainsi que toutes les formes d’expression culturelle et artistique. “L’éducation culturelle et artistique” positionne la culture, y compris les arts, comme un outil éducatif, une approche et un domaine d’étude, de recherche et de pratique.»
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