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Portrait

Maurine Philippe : Du silence des filaos au souffle des sentiers

11 novembre 2025, 07:30

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Maurine Philippe : Du silence des filaos au souffle des sentiers

Dans le calme de l’Auberge Les Filaos, Maurine accueille voyageurs et habitués avec son sourire discret, faisant de chaque arrivée un moment chaleureux. Photo: Krishna Pather.

La lumière de l’aube glisse encore timidement sur Anse-aux-Anglais. Maurine Philippe lace ses chaussures d’un geste assuré. Prête à bondir dans les sentiers. Le silence n’est troublé que par le souffle des filaos — les mêmes arbres sous lesquels elle accueille, chaque jour, voyageurs et habitués à l’Auberge Les Filaos. Ce matin-là, ce n’est pas derrière un comptoir qu’on la retrouve, mais sur la ligne de départ des 7 km du Trail de Rodrigues, calme et déterminée.

À 46 ans, cette Rodriguaise au sourire tendre connaît bien l’équilibre entre élégance et endurance. Longtemps perchée sur des talons, elle a brillé sous les projecteurs : 2e dauphine à Miss Rodrigues 1999, puis 2e dauphine à Miss Mauritius l’année suivante. Une aventure qu’elle évoque sans fard ni nostalgie, avec une simplicité qui lui ressemble. «J’y suis allée pour le plaisir», dit-elle, presque timidement. Mais derrière cette modestie se cachent une force douce, une capacité à se dépasser et le courage d’oser — qualités qui n’ont jamais cessé de l’accompagner.

Bitmap (1).jpg Poussière sur les jambes, lumière dans les yeux. Pas de paillettes, mais la fierté simple d’avoir franchi la ligne, à son rythme, pour le plaisir.

Depuis plusieurs années, Maurine est l’un des visages chaleureux de l’Auberge Les Filaos, un établissement familial situé à Anse-aux-Anglais. Sous la direction d’Amélie Begué — qui gère l’auberge avec son frère Jean-Philippe et qui est également à la tête d’une pâtisserie locale reconnue — Maurine fait partie de ces personnes dont la présence rassure, dont le sourire met immédiatement en confiance. À la réception et aux réservations, elle accueille, écoute, conseille. Elle ne parle pas d’ «hôtellerie». Elle parle de rencontres.

«Au Filaos, on devient vite une famille. Les clients reviennent, on garde contact. Rodrigues, c’est l’île du cœur.» Ce lien humain, elle le cultive autant derrière le comptoir que sur les sentiers. Avant de représenter son île avec élégance, Maurine la racontait déjà — en tant que guide touristique. C’est là qu’elle apprend à s’ouvrir, à parler, à représenter Rodrigues avec fierté. Puis viennent les concours, les répétitions, les projecteurs. «J’étais timide. Monter sur scène m’a réveillée. Ça m’a appris à parler, à regarder les gens.» Ce bagage, elle le transporte aujourd’hui sur les pentes rocailleuses de Rodrigues, là où l’effort remplace les lumières. Le trail, pour elle, n’est ni une compétition ni une quête de podium. C’est un souffle, une célébration de son île, un rendez-vous humain.

Cette année encore, elle prend le départ en famille, entourée de sa fille, de sa sœur, de sa nièce et de ses neveux. Sur les sentiers, elle retrouve des visages familiers : des amis d’enfance, des voyageurs passés par l’auberge, des amoureux de nature. On rit, on souffle, on souffre un peu, on s’encourage… et on avance ensemble.

Bitmap (2).jpg Entourée de sa fille, de sa sœur, de sa nièce et de ses neveux, Maurine partage chaque foulée comme un moment de vie, de rire et de solidarité.

Bitmap (3).jpg Amélie Begué, qui dirige l’auberge familiale Les Filaos aux côtés de son frère, allie accueil chaleureux et savoir-faire pâtissier.

«Quand je cours, c’est moi et mon souffle. Rien d’autre.» À l’arrivée, pas de maquillage — juste de la poussière et un regard lumineux. Pas de couronne, mais une victoire plus intime : celle de se sentir vivante, présente, alignée. «Courir, c’est comme vivre. Il faut avancer, une foulée à la fois.»

De Miss Rodrigues aux chemins caillouteux du trail, de l’accueil des voyageurs au souffle court du dernier kilomètre, Maurine Philippe incarne la grâce authentique de Rodrigues. Elle ne court pas pour être vue. Elle avance pour être vraie. Et dans cette simplicité, dans cette force douce, réside peutêtre la plus belle forme d’élégance — celle qui ne s’impose jamais, mais qui reste, qui inspire, qui donne envie de croire en ce que l’on peut devenir, pas à pas.

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