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Plus de 103 000 macaques exportés
Maurice sommé de s’expliquer par plusieurs organisations et coalitions internationales
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Plus de 103 000 macaques exportés
Maurice sommé de s’expliquer par plusieurs organisations et coalitions internationales
Le silence des autorités mauriciennes résonne de plus en plus fort sur la scène internationale. Depuis octobre 2024, plusieurs appels formels, adressés au gouvernement au sujet du sort des macaques à longue queue (Macaca fascicularis), restent sans réponse. Ces lettres, émanant de coalitions et d’organisations de protection animale parmi les plus influentes au monde, mettent en cause la conformité de Maurice à ses engagements internationaux, notamment eu égard à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages, menacées d’extinction (CITES).
Le 21 octobre 2024, la coalition Asia for Animals (AfA), qui regroupe plus de 200 organisations locales et internationales, adressait une première lettre au ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell. Elle y appelait explicitement à la protection des macaques à longue queue et à la fin de leur capture à des fins d’exportation, d’élevage et d’expérimentation scientifique. Faute d’accusé de réception ou de réponse officielle, un second courrier a été envoyé au Premier ministre, Navin Ramgoolam. Là encore, ce fut le silence.
Au cœur de la controverse : l’exportation massive de ces primates, alors même que l’espèce est classée «en danger» par l’Union internationale pour la conservation de la nature depuis 2022 et inscrite à l’Annexe II de la CITES depuis 1977. Entre 2015 et 2023, selon les données officielles de la CITES, 103 397 macaques ont été exportés à partir de Maurice, principalement vers les États-Unis, le Canada et l’Europe, pour les besoins de la recherche biomédicale et des tests de toxicité. Pour la période allant de 2020 à 2023, plus de 12 000 macaques à longue queue ont été officiellement déclarés comme capturés à l’état sauvage.
La CITES impose pourtant une obligation claire : toute exportation d’une espèce listée doit être précédée d’une évaluation scientifique attestant que ce commerce n’est pas préjudiciable à la survie de l’espèce. Ces évaluations, connues sous le nom de Non-Detriment Findings, sont obligatoires, que l’espèce soit indigène ou introduite.
Or, selon les organisations signataires des courriers envoyés, aucune étude de population récente n’a été menée à Maurice sur les macaques à longue queue depuis les années 1980. En l’absence d’un recensement actualisé, il devient impossible d’affirmer que les prélèvements massifs opérés chaque année sont sans impact sur les populations sauvages. Une position confirmée récemment par l’unité juridique du secrétariat de la CITES, contredisant l’argument avancé par certaines autorités mauriciennes selon lequel ces évaluations ne seraient pas requises en raison du caractère «introduit» de l’espèce.
«Le refus même d’accuser réception de ces courriers traduit une attitude de déni face à une problématique pourtant documentée et urgente», estime Sarah Kite, directrice d’Action for Primates. «Qu’ils soient indigènes ou non, ces macaques tombent sous le cadre de la CITES. Continuer à les exploiter, sans respecter ces règles, est extrêmement préoccupant.»
Un acheminement dénoncé comme inhumain
Au-delà des chiffres, ce sont les conditions de transport qui suscitent une indignation croissante. Plusieurs lettres adressées au ministère de l’Agro-industrie dénoncent des trajets aériens dépassant régulièrement 40 heures, impliquant jusqu’à sept vols successifs et de multiples escales internationales. En mai et juillet 2025, des cargaisons de 500 à 800 macaques ont ainsi transité par l’Éthiopie, la Grèce, la France, l’Islande ou encore les États-Unis, avant d’atteindre leur destination finale.
Selon des rapports transmis aux autorités américaines, certains animaux n’auraient pas reçu d’eau pendant plus de 18 heures consécutives, en violation des réglementations américaines sur le bien-être animal. Des inspections du département américain de l’Agriculture ont relevé des manquements graves : caisses empilées de manière à rendre les animaux inaccessibles, absence de documentation sur l’alimentation et l’hydratation, risques accrus de déshydratation et de stress aigu.
Mansa Daby, fondateur du collectif Monkey Massacre in Mauritius, affirme avoir présenté aux services vétérinaires mauriciens des rapports d’autopsie faisant état de décès par arrêt cardiaque durant le transport. «Ces captures et ces expéditions s’opèrent parfois sous couvert d’opérations de ‘contrôle des nuisances’, y compris dans des zones résidentielles. Cette porosité entre autorités publiques et opérateurs privés pose de graves questions de gouvernance et de respect des engagements internationaux de Maurice», soutient-elle.
Les organisations de protection animale rappellent également que l’utilisation de primates sauvages pour la recherche comporte des risques sanitaires non négligeables, notamment en matière de transmission de pathogènes entre l’animal et l’homme. La tuberculose, par exemple, a déjà fait l’objet d’alertes récentes dans certaines colonies de macaques, y compris à Maurice.
Face à la multiplication des alertes et à l’absence de réponse officielle, une demande formelle a été adressée au secrétariat de la CITES afin qu’il examine la conformité de Maurice à l’article IV de la Convention. Une démarche qui pourrait placer le pays sous surveillance internationale accrue.
Au-delà du débat juridique, c’est une question de choix de société qui se pose. Entre économie, pression internationale et éthiques, le dossier des macaques à longue queue met Maurice face à ses responsabilités et à un silence qui, pour beaucoup, devient de plus en plus difficile à justifier.
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