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Traite humaine
Maurice identifie davantage de victimes, mais condamne peu
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Traite humaine
Maurice identifie davantage de victimes, mais condamne peu
■ Le rapport américain recense 24 victimes identifiées en 2025, dont 16 d’exploitation sexuelle. (Photo d’illustration)
Le département d’État américain a publié, le 8 octobre, son rapport 2026 sur la traite des personnes. Maurice garde son classement au Tier 2. Washington note plus de victimes identifiées et plus de condamnations, mais signale des enquêtes qui piétinent et des victimes étrangères mal protégées. Le classement ne mesure pas l’ampleur de la traite dans un pays. Il évalue ce que fait son gouvernement pour la combattre. Au Tier 2, Maurice ne remplit pas encore les normes minimales fixées par Washington, mais fait des «efforts significatifs» pour y arriver. Le rapport porte sur la période d’avril 2025 à mars 2026.
Pour la période couverte en 2025, les autorités locales ont identifié 24 victimes (16 d’exploitation sexuelle, huit de travail forcé), contre 16 l’année précédente. Trois trafiquants ont été condamnés, contre un seul auparavant. Le budget de protection des victimes est passé de Rs 5 millions à environ Rs 7,4 millions. Un foyer dédié aux hommes victimes de traite a ouvert en novembre 2025. Il comprend huit places. Le bond le plus visible concerne le travail forcé. L’unité des travailleurs migrants du ministère du Travail a transmis 13 cas suspects à la police. L’année d’avant, elle n’en avait signalé qu’un.
Des dossiers qui n’aboutissent pas
Les condamnations restent pourtant rares. Sept enquêtes ont été ouvertes durant l’année. Vingt-cinq autres, plus anciennes, ne sont toujours pas bouclées. Une seule nouvelle affaire a été portée devant la justice. Selon des observateurs cités dans le rapport, le bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) renonce souvent à l’accusation de traite, faute de preuves suffisantes. Les policiers, surtout en dehors de PortLouis, connaissent mal ce crime et s’appuient fréquemment sur le seul témoignage des victimes. L’unité spécialisée de la police compte neuf éléments.
Le problème, c’est que beaucoup de victimes refusent de parler, lassées par la lenteur des procès. Washington rapporte que des victimes étrangères sont régulièrement empêchées de rentrer chez elles tant que la procédure n’est pas terminée. Certaines se voient retirer leur passeport, d’autres sont surveillées dans leurs déplacements. Le gouvernement n’a fait état d’aucun permis de séjour accordé. Aucun tribunal n’a ordonné de dédommagement alors que la loi en prévoit jusqu’à Rs 500 000.
Les étrangers ne sont pas les seuls affectés. Le rapport cite des fillettes issues de familles modestes, exploitées sexuellement, parfois sur Internet. Les enfants de Rodrigues sont considérés comme vulnérables. Des gangs obligent des mineurs à transporter de la drogue comme mules et se servent de leur dépendance pour les garder sous contrôle. Des Malgaches recrutées avec de fausses offres d’emploi finissent exploitées dans des hôtels et des salons de massage. Environ 64 000 travailleurs étrangers sont employés dans le textile, l’industrie manufacturière et la construction. Les plus exposés travaillent dans de petites entreprises qui passent par des intermédiaires pour recruter. Pour les surveiller, il n’y a que huit inspecteurs.
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«Pe bouz fix»
Pour le chairman de la National Human Rights Commission, Satyajit Boolell, ce maintien au Tier 2 s’explique par un problème appelé à s’étendre. «C’est un problème qui va s’aggraver, vu qu’il y a un afflux de migration à Maurice (…) dans plusieurs secteurs.» Selon lui, beaucoup contournent déjà la loi. L’ancien DPP plaide pour une réponse qui dépasse les frontières. «C’est un problème multijuridictionnel. Il faut travailler avec les pays où sont ces travailleurs.» Sans approche bilatérale ou multilatérale, prévient-il, des «agents véreux» continueront d’exploiter la situation. Ce vide favorise, ajoute-t-il, des circuits illégaux, liés notamment à la prostitution et à la drogue. «Il y a déjà un comité national, mais il faudrait redoubler nos efforts pour comprendre ce problème dans une autre perspective.»
Interrogé sur une éventuelle comparaison avec les Seychelles, il rappelle que l’archipel a une population beaucoup plus restreinte et que le problème y est davantage sous contrôle. Maurice, elle, subirait un afflux qu’il décrit comme un «effet de cascade». C’est aussi ce qui expliquerait, selon lui, la difficulté à faire condamner les trafiquants. Les personnes arrivées au pays refusent de témoigner. «Elles ne veulent pas mettre en cause la sécurité de leur famille dans leur pays, parce qu’il y a des agents qui sont en train de les surveiller.» Et la chaîne s’arrête là : «Pas de preuves, pas d’actions, et Maurice pe bouz fix.»
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