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Réformes structurelles
Maurice doit combler un déficit de 5 000 informaticiens par an
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Réformes structurelles
Maurice doit combler un déficit de 5 000 informaticiens par an
Photo d'illustration.
Alors que les entreprises peinent à recruter des spécialistes du numérique, 51 % des jeunes diplômés du supérieur ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. La Banque mondiale appelle à réformer les compétences, le marché du travail et l’environnement des affaires.
Le pays doit accélérer ses réformes pour relancer sa croissance, améliorer la productivité et répondre aux besoins des entreprises en compétences spécialisées, notamment dans le numérique, estime la Banque mondiale. L’institution préconise huit réformes prioritaires, alors que le modèle économique du pays montre des signes d’essoufflement.
En cinq décennies, Maurice est passé d’une économie dépendante du sucre à un pays à revenu intermédiaire supérieur. Cette transformation s’est appuyée sur deux grandes vagues de croissance : la hausse des prix du sucre dans les années 1970, puis le développement des exportations manufacturières et du tourisme à partir des années 1980.
Les services financiers, les technologies de l’information et l’externalisation des processus d’affaires (BPO) devaient ensuite prendre le relais. Mais la transition vers une économie fondée sur les connaissances reste incomplète. Les exportations de services fournis par voie numérique ont progressé d’environ 10 % depuis 2020, contre 60 % ou davantage dans des économies comparables. Le secteur financier représente 13 % du produit intérieur brut (PIB), mais seulement 3 % de l’emploi.
Ces constats figurent dans le rapport Riding the Wave: Rewriting Institutions, Infrastructure and Incentives, publié le 6 octobre 2026. La Banque mondiale considère que les services modernes et les industries manufacturières à forte valeur ajoutée, notamment les dispositifs médicaux, les produits pharmaceutiques, l’optique et la biotechnologie, pourraient constituer les moteurs d’une troisième vague de croissance.
L’institution relève toutefois un affaiblissement de la compétitivité et un recul des investissements publics et privés, dont une part importante est orientée vers l’immobilier. La croissance repose davantage sur la consommation, soutenue par des transferts, dans un contexte de déficits budgétaires et d’endettement élevés. Entre 2012 et 2018, les gains de productivité provenaient principalement du transfert des ressources vers des secteurs plus performants, plutôt que d’une amélioration durable de l’efficacité au sein des entreprises. Si les investissements numériques sont associés à une meilleure productivité, leur adoption reste inégale. Les gains réalisés par les entreprises les plus performantes se traduisent également trop peu par une hausse de la production et des effectifs.
La Banque mondiale attribue ces difficultés notamment aux distorsions du marché, à une concurrence insuffisante et aux coûts d’ajustement qui freinent la création d’emplois.
Un décalage entre formation et emploi
Le marché du travail constitue un autre défi. Selon le rapport, 51 % des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Parallèlement, les entreprises rencontrent des difficultés à recruter des profils qualifiés en intelligence artificielle, en science des données et en cybersécurité. Le déficit annuel de professionnels de l’informatique est estimé à 5 000 personnes.
Les compétences comportementales, notamment le leadership et la résolution de problèmes, font également défaut.
Le vieillissement démographique accentuera ces contraintes. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentaient 14 % de la population en 2024. Cette proportion devrait atteindre 19 % en 2033, tandis que la part des personnes en âge de travailler passerait de 70 % à 66 %.
La participation des femmes au marché du travail demeure également faible, à 51 %, contre 78 % chez les hommes. Près de 60 % des femmes inactives invoquent les responsabilités familiales et domestiques. Le manque de structures d’accueil, les obligations liées à la prise en charge des personnes âgées et les écarts salariaux contribuent à cette situation.
La Banque mondiale met en garde contre le poids croissant des dépenses récurrentes, particulièrement les pensions, qui réduit les marges disponibles pour financer les investissements publics. En 2025, les prestations sociales et les pensions représentaient environ 11 % du PIB, tandis que les cotisations sociales n’en représentaient que 1,9 %.
Ce déséquilibre accentue les pressions budgétaires dans un contexte de vieillissement de la population. Le rapport relève également les pertes de recettes liées aux dépenses fiscales et les problèmes de transparence associés au recours à des fonds spéciaux et à des structures dédiées aux projets publics.
L’institution préconise une réforme des pensions et des dépenses fiscales afin de dégager des ressources pour les investissements productifs. Selon ses estimations, le relèvement de 60 à 65 ans de l’âge d’accès à la pension non contributive pourrait générer des économies équivalant à 1,7 % du PIB. Cette réforme est déjà engagée : adoptée dans la Finance Act 2025, elle s’applique progressivement depuis le 1ᵉʳ septembre 2025.
Énergie, port et numérisation
Le cadre réglementaire ne favorise pas suffisamment la concurrence, selon le rapport. La Banque mondiale recommande de renforcer les pouvoirs de la Competition Commission of Mauritius, d’améliorer la gouvernance des entreprises publiques et de justifier économiquement la création de nouvelles entités étatiques.
Elle propose également de simplifier certaines règles du marché du travail, notamment les procédures de licenciement et les mécanismes de fixation des salaires, tout en préservant les protections fondamentales des travailleurs.
Les infrastructures énergétiques et portuaires constituent d’autres freins à la compétitivité. La dépendance aux combustibles fossiles expose le pays aux fluctuations des prix internationaux. La Banque mondiale recommande de renforcer la régulation du secteur énergétique et d’accélérer le développement des énergies renouvelables.
Dans le secteur portuaire, le cumul de fonctions de régulation, de gestion des infrastructures et d’activités commerciales au sein de la Mauritius Ports Authority limiterait la concurrence et les gains d’efficacité. Une séparation plus claire de ces fonctions est préconisée.
L’adoption des technologies demeure par ailleurs insuffisante, particulièrement parmi les petites et moyennes entreprises (PME). Dans le secteur manufacturier, seules 24 % des entreprises utilisent des technologies avancées, comme les machines à commande numérique, et 12 % disposent de systèmes automatisés de gestion des entrepôts. Si 92 % des grandes entreprises possèdent un site internet actif, cette proportion tombe à 65 % chez les petites entreprises.
La Banque mondiale recommande de rendre les aides à la numérisation plus accessibles et davantage liées aux résultats, tout en renforçant les formations et les services de conseil. Elle préconise également une meilleure intégration des services numériques de l’administration afin de réduire les coûts des entreprises et de faciliter les échanges de données avec le secteur privé.
Huit réformes prioritaires Le programme proposé repose sur trois axes : renforcer les institutions et la concurrence, investir dans les infrastructures et les compétences, et encourager l’investissement privé et l’innovation. Huit réformes sont identifiées : moderniser le droit de la concurrence, adapter le marché du travail, accroître la participation des femmes à l’emploi, développer les compétences numériques, améliorer la formation professionnelle, renforcer l’efficacité des secteurs énergétique et portuaire, accélérer la numérisation des PME et moderniser les services publics numériques.
La Banque mondiale souligne que Maurice a souvent formulé des stratégies ambitieuses, mais que leur exécution a souffert de problèmes de coordination, de continuité et de responsabilisation.
Selon ses simulations, la mise en œuvre de l’ensemble des réformes modélisées pourrait accroître le PIB réel de 5,15 % à moyen terme et de 6,68 % à long terme, par rapport à un scénario sans nouvelles réformes.
Le rapport prévoit également 3 898 emplois supplémentaires d’ici 2035 et 4 400 d’ici 2050. Selon une méthodologie plus large, intégrant les emplois existants et nouveaux bénéficiant d’une amélioration de la rémunération, les gains pourraient concerner 37 640 emplois, nouveaux ou existants, mieux rémunérés à l’horizon 2050.
Le coût direct du programme est estimé à 22,5 millions de dollars en 2027, puis à 14 millions à plus long terme. Ces dépenses pourraient être financées par des réformes budgétaires, tandis que les gains de croissance contribueraient à augmenter les recettes publiques, estime la Banque mondiale.
Ces projections restent toutefois conditionnées à la mise en œuvre effective des mesures. Pour Maurice, l’enjeu ne réside donc pas seulement dans la définition de nouvelles stratégies, mais dans la capacité des institutions à les traduire en résultats durables.
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