Publicité
À paraître
Marc Hein, «Senior Counsel», GOSK : À la barre de ses aventures
Par
Partager cet article
À paraître
Marc Hein, «Senior Counsel», GOSK : À la barre de ses aventures
«Senior Counsel» et figure reconnue du paysage juridique mauricien, Marc Hein est le fondateur et président de Juristconsult Chambers, cabinet spécialisé notamment en droit des affaires, droit commercial et droit financier. Formé au Royaume-Uni et en France, il exerce à Maurice depuis 1979. Son parcours l’a également conduit à occuper plusieurs fonctions de premier plan, notamment à la présidence du «Mauritius Bar Council», du «National Economic and Social Council» et de la «Financial Services Commission». Ancien député du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), spécialiste du centre financier international mauricien, il a contribué au développement du cadre juridique et financier du pays. Il a été distingué pour sa contribution nationale par la décoration de GOSK en 2013. Il raconte ses souvenirs sur divers plans dans un livre à paraître bientôt, intitulé «Aventures en droit et en politique», enrichi de quelques scoops et de savoureuses anecdotes, dans un style fluide et élégant.
Le livre de Mᵉ Marc Hein, Aventures en droit et en politique, sous presse en ce moment, sera lancé le 24 novembre au Hennessy Park Hotel et fera aussi l’objet d’un «À table avec…» le 30 du même mois à l’hôtel Labourdonnais. Il raconte trois beaux parcours : celui d’un homme de loi engagé dans des causes exaltantes, celui d’un avocat d’affaires au flair certain et celui d’un politique mû par l’amour de son pays.
L’auteur nous explique dans sa préface pourquoi il a estimé qu’il était temps d’écrire : «Je veux laisser derrière moi quelques mots, paroles, idées et opinions. Je veux léguer quelques réflexions sur mon pays, sur le monde qui nous entoure et sur l’avenir qui nous attend – qui vous attend, cher lecteur. Ce sont des histoires, des anecdotes, des observations, principalement sur le droit et la politique, mais aussi sur ce que j’ai vécu, à Maurice, à Rodrigues et souvent ailleurs. C’est ce que j’aimerais laisser à la postérité, afin que mon humble expérience puisse aider tous ceux qui viendront après moi.»
Marc pousse ses premiers cris dans la grande maison familiale – celle de son grand-père maternel, André Bonieux – à Quatre-Bornes, le 9 juillet 1956, aux bons soins du Dr Robert Harel, médecin de famille. Son père, Paulo Hein, sait déjà que le bleu de travail de son fils sera la robe noire des avocats, comme lui-même, qui a fait ses études à Oxford, puis au Middle Temple, pour devenir en 1969 Attorney General au sein du gouvernement de coalition de sir Seewoosagur Ramgoolam.
Sa mère, Maryse Bonieux, lui donnera par la suite deux frères – dont l’un décède prématurément – et une sœur, Evelyne. Maryse disparaît elle aussi très jeune. Le parrain du petit Marc n’est autre que J. Raymond Hein, Queen’s Counsel (QC), lui aussi avocat.
Par ailleurs, Marc Hein se flatte de compter pas moins de sept avocats sur quatre générations dans la famille. Et aussi certains qui ont servi à l’époque, comme beaucoup de Mauriciens, dans l’armée britannique, où ils furent hauts gradés. Le major Paul Hein, son grand-père, se retrouve en Égypte et en Palestine en 1939 et, dans son bureau du Caire, il a sous ses ordres un contingent de Mauriciens, de Maltais et de juifs. On racontait dans la famille que son secrétaire n’était autre qu’un certain David Ben Gourion, qui deviendrait le premier Premier ministre d’Israël le 14 mai 1948, jour de la proclamation de l’indépendance du pays. Pour ne pas être en reste, son père, Paulo, se retrouve lui aussi sous les drapeaux à l’âge de 20 ans et sert dans l’armée au grade de lieutenant ; en 1946, il bénéficiera d’une bourse d’études de l’armée pour aller faire son droit à Oxford. Il sera très engagé par la suite dans les rangs du PMSD.
Marc fait ses études primaires au Couvent de Lorette de Quatre-Bornes, «une institution très disciplinée», précise-t-il. Et, pour ses études secondaires, le Collège du Saint-Esprit, dont la mission est de former des hommes : «Je me remémore certains professeurs extrêmement pédagogues, notamment le professeur de chimie Clément Ah Yu, puis un autre recteur, Cyril Leckning, et le professeur de physique Raymond Rivet, ces deux derniers étant par ailleurs députés du PMSD à l’Assemblée nationale.»
C’est ainsi que Marc, avec ses camarades de classe, assiste aux débats à l’Assemblée législative : «Ce jour-là, la parole était à Cyril Leckning, député de Stanley–Rose-Hill et professeur au collège. Il expliquait que les élèves mauriciens apprenaient l’inconnu par le médium de l’inconnu, c’està-dire que l’enseignement des matières se faisait en anglais ou en français, ce qui constituait à ses yeux un sérieux problème de compréhension. Il diagnostiquait ainsi le mal et faisait un plaidoyer indirect en faveur de l’enseignement en langue créole. J’estimais, et je le pense aujourd’hui encore, que cet argument est valable, car il apporte une solution au problème de l’éducation d’un enfant dans une langue qui ne lui est pas familière», écrit Marc dans son livre. Il est à parier que beaucoup de militants de la cause du Kreol Morisien ne savent pas que Cyril Leckning a été un pionnier dans ce domaine !
Après son HSC, Marc se retrouve pigiste au Cernéen, comme chroniqueur judiciaire, aux côtés de Suresh Moorlah, Roland Ramsamy et Pierre Grimaud. Pour ses études universitaires, par un concours de circonstances, Marc ne se retrouve pas à Oxford, comme c’est la tradition dans la famille. Il choisit, sur les conseils du tuteur de son père, l’université d’Aberystwyth, au pays de Galles, où il décroche son LLB Honours. Par la suite, pour devenir avocat, il passe par Gray’s Inn, l’un des quatre Inns of Court de Londres.
Pour maîtriser le droit dans toute son expression et son application, Marc quitte Londres pour Aix-enProvence, où il fait sa licence en droit français : «Je m’étais surtout rendu compte que j’avais besoin de compléter mes compétences juridiques. Il m’était essentiel, à la fin de ma période britannique, de comprendre aussi le droit français parce qu’une bonne partie du droit mauricien est d’inspiration française. En fait, le droit mauricien est un droit hybride, un mélange de ce qui s’est fait à travers les siècles entre le droit français, qui était là précédemment, et le droit anglais, qui s’y est greffé.»
Il rejoint par la suite le cabinet de son oncle, J. Raymond Hein, QC, qui a besoin d’aide. Il prête serment en Cour suprême, à Port-Louis, le 3 juillet 1979.
Les grandes et les petites affaires
Dans sa carrière au barreau, et comme avocat au pénal, Me Marc Hein est directement impliqué dans les grands procès comme dans les petits. Celui qui a marqué son parcours est sans conteste celui de sir Gaëtan Duval, en cour de Flacq, en 1989. Accusé d’avoir commandité l’assassinat du militant Azor Adelaïde, tué en 1971, le leader du PMSD est arrêté dans des circonstances douteuses le 23 juin 1989 ; le déroulement du procès a amplement prouvé par la suite qu’il s’agissait d’une vendetta politique, et son heureux dénouement a rétabli la justice.

Marc Hein raconte aussi le meeting organisé à la rue Edward VII à l’issue de la libération de sir Gaëtan, et les dérapages du leader du PMSD à l’époque. L’affaire Roger France Pardayan de Boucherville n’était pas un simple fait divers non plus. Il avait été arrêté en 1984, soupçonné d’avoir tué un chauffeur de taxi et de l’avoir enterré sur une plage de La Prairie, près de Baie-du-Cap. Au terme d’un très long procès, il sera condamné à la peine de mort, par pendaison. Il restera finalement en vie grâce à l’abolition de la peine de mort à Maurice, tributaire de l’une des conditions de l’entrée du PMSD au sein du gouvernement dirigé par sir Anerood Jugnauth. Ce projet de loi avait alors été piloté par sir Maurice Rault, en tant qu’Attorney General.
Un autre procès va défrayer la chronique, dans lequel Marc Hein est également impliqué : l’affaire Bacha. Bhinod Bacha, alors Secretary for Home Affairs et chef de la Fonction publique, avait été soupçonné, puis arrêté, accusé d’avoir mis le feu à sa maison, dans laquelle se trouvaient son épouse et son fils. Tous les ingrédients d’un thriller étaient réunis pour un emballement médiatique et politique : la fonction du prévenu, sa personnalité, ses frasques extraconjugales. Marc Hein se retrouve au sein de cette affaire, pour finalement en laisser le soin au DPP.
L’on ne pourra pas accuser Marc Hein de n’avoir pas milité pour la liberté. Pour preuve, l’affaire Philip Rogers. Celui-ci avait importé une antenne parabolique pour pouvoir capter des chaînes étrangères, mais il en fut interdit parce que la MBC en avait le monopole. Marc Hein s’est démené, et Philip Rogers obtint gain de cause en Cour suprême, après un long procès.
Enfin, l’affaire Vanessa Lagesse, de triste mémoire. Elle avait été assassinée dans des conditions d’une sauvagerie inouïe qui avaient profondément choqué l’opinion publique. Marc Hein fut choisi pour représenter les intérêts de la mère de Vanessa, Josiane Tostée. Cette affaire, telle que racontée par Marc, témoigne, si besoin est encore, de l’amateurisme d’enquêteurs procédant à des arrestations abusives, passant parfois des témoins à tabac, violant les procédures, allant même jusqu’à arrêter un homme de loi venu conseiller son client – quand ce n’était pas le harcèlement érigé en méthode, avec l’arrestation de la mère de la victime. Le principal suspect dans cette affaire, Bernard Maigrot, condamné en Cour suprême en 2024, a été disculpé en 2025.
«Bonom sinwa»
Sur un plan plus désinvolte, Marc Hein raconte aussi des affaires moins graves pour lesquelles ses services avaient été requis. Cette histoire d’un Sino-Mauricien, qu’on surnommait «bonom sinwa», accusé d’avoir réalisé des films pornographiques à 200 mètres des Casernes centrales, à Port-Louis, avec des actrices-prostituées, et auxquels il participait activement. Et il en avait d’autres. Il cite d’autres anecdotes, surtout à Rodrigues.
Par la suite, ce sont les affaires qui vont passionner Marc Hein. Mais auparavant, sa carrière va faire escale dans l’arène politique, grâce à une rencontre déterminante, le 7 septembre 1981, avec sir Gaëtan Duval, lors d’un meeting du PMSD au Champ-de-Mars. Ce jour-là, il est avec Mᵉ Antoine Domingue et Maurice Allet : «Je n’avais alors que 24 ans, mais j’étais déjà avocat et je voyais beaucoup de liens communs entre le droit et la politique, notamment, je le redis, pour le côté oratoire des deux domaines. Je réalisai surtout que la connaissance que j’avais acquise du droit et de la Constitution mauricienne était un atout énorme en politique – pour qui veut en faire, la maîtrise du droit est un atout considérable. Je m’étais rapidement initié à la Constitution – j’en conserve toujours trois ou quatre exemplaires placés dans des lieux stratégiques à la maison.»
À partir de cette date, Marc Hein garde un contact permanent avec Gaëtan Duval et c’est tout naturellement que, pour les élections de 1982, il est candidat du PMSD dans la circonscription no 18 de Quatre-Bornes. Il mord la poussière dans le raz-de-marée du premier 60-0 de l’histoire. Il avoue qu’il entretenait des craintes dans cette perspective : «Mais l’alliance MMM-PSM apporta quand même des changements à la Constitution et je reconnais que la plupart de ces changements ont apporté un approfondissement de la démocratie, notamment par rapport à l’impossibilité de reporter les élections.»
Le PMSD est ainsi à terre. Ne sachant pas que le sort lui sera favorable dans quelques semaines, avec la nomination des best losers, Gaëtan Duval frise la déprime et, après avoir constaté cette «communion d’un peuple à un parti politique», rédige une lettre à l’attention du nouveau Premier ministre pour l’informer qu’il dissout le PMSD. À sa résidence de GrandGaube, Marc Hein tente désespérément de l’en dissuader. En vain. «J’ajoutai qu’il était en train de prendre des décisions à chaud, l’exhortant à réfléchir un peu plus pour donner du temps au temps. Il n’écouta pas mon argument et maintint sa décision en me demandant de remettre la lettre (de dissolution) à un ami journaliste, Berky Ombrasine, à la rédaction du quotidien Le Mauricien, pour publication le lendemain. Mais la route est longue entre Grand-Gaube et Port-Louis et je décidai, par un acte d’insubordination qui s’avérerait salutaire, de ne pas remettre la lettre au Mauricien. Quant à la lettre, on n’en parla plus jamais.»
Dans cette situation inédite du 60-0, la Cour suprême tranche en faveur de la nomination des best losers, et Marc Hein de préciser, dans une jubilation à peine dissimulée : «Gaëtan Duval devenait leader de l’opposition. Mon intuition de ne pas rendre publique la lettre de dissolution du PMSD s’était avérée payante et juste, car il était revenu sur le devant de la scène. J’avais eu pendant quelques heures le destin du PMSD entre les mains. Et qui aurait pu prédire en juin 1982 qu’un peu plus d’un an plus tard, le PMSD se retrouverait au pouvoir, avec Anerood Jugnauth comme Premier ministre et Gaëtan Duval Premier ministre adjoint et numéro 2 du gouvernement ? Le retournement de situation était absolument inattendu.»
Marc Hein va ainsi se retrouver sur la liste des candidats, en 1983, pour l’élection à Curepipe-Midlands, avec comme colistiers Gaëtan Duval et Kailash Purryag. L’alliance MSMPTr-PMSD l’emporte avec 46 sièges et Marc Hein devient député de l’Assemblée nationale : «J’aurais probablement eu un poste de ministre si le PMSD avait eu plus de députés. Mais ça ne me gênait pas du tout de ne pas être ministre, j’étais très bien dans ma peau de député.»
Comme député, Marc Hein a ainsi la possibilité de rencontrer d’éminentes personnalités, à l’instar de Léopold Sédar Senghor, de Rajiv Gandhi ou encore d’Indira Gandhi. Il a aussi la possibilité de beaucoup voyager et même d’accompagner sir Satcam Boolell, alors ministre des Affaires extérieures, aux Nations unies.
Marc Hein n’est pas candidat aux élections de 1987. Une décision motivée par son désir de faire autre chose et de se concentrer sur sa carrière d’avocat. En 1988, Gaëtan Duval quitte le gouvernement de sir Anerood Jugnauth. Il ajoute dans son livre : «Si je m’étais orienté exclusivement vers la politique, je n’aurais pas pu faire tout ce que j’ai accompli en tant qu’avocat, notamment dans le droit des affaires et dans tant d’innovations dans le secteur de la profession juridique et à l’international. Et j’aurais perdu ma liberté. Je n’aurais jamais pu développer le cabinet d’avocat que j’avais fondé en 1984, ni acquérir toute mon expérience dans le centre financier international mauricien et encore moins vivre les histoires que j’ai vécues, depuis les hautes sphères de la finance internationale jusqu’aux milieux les plus modestes de l’univers mauricien. Il est important pour ceux qui sont en haut de l’échelle de garder le contact avec ceux qui sont en bas.»
Marc Hein se marie le 27 septembre 1991 avec Héléna, née Hugnin. De cette union est né Marc-André. Son cabinet, Juristconsult Chambers, créé en 1984, deviendra par la suite membre du réseau DLA Piper, une organisation juridique multinationale établie dans différentes juridictions. Il participe aussi à des conférences dans de nombreux pays à travers le monde. DLA Piper a été utile pour comprendre comment fonctionnent les grands cabinets internationaux et comment s’adapter à un monde qui change.
■ Déjeuner avec ses amis du St Esprit : Jim Lee et le Dr Philippe Lam.
Bénéficiant d’un riche réseau, Marc Hein se lance dans le droit des affaires et investit dans de nombreuses compagnies. Sa notoriété et son sérieux lui permettent de devenir président du Bar Council en 1993, président, en 2011, du National Economic and Social Council et, en 2012, président de la Financial Services Commission, qu’il quitte en 2014. En 2013, cerise sur le gâteau, il est décoré du Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (GOSK) pour sa contribution au développement du droit et des services financiers. En 2016, il est nommé Senior Counsel.
Au fil du chapitre consacré aux années 2019-2024, Marc Hein – qui précise ne plus faire de politique active – est sans ménagement. «Entre 2019 et 2024, il était devenu clair que les abus de pouvoir étaient hors norme. Le meilleur exemple fut le dysfonctionnement de l’Assemblée nationale sous la houlette de l’ancien speaker, un hurluberlu intolérable qui l’avait transformée en une mascarade. Mais ça n’était que le sommet de l’iceberg, parce que nous avons tous découvert avec stupéfaction, au moment de la campagne électorale, l’ampleur des abus qui étaient reprochés à l’ancien gouvernement, la dilapidation des fonds publics, les largesses commises par ceux qui étaient dans des positions d’autorité, ainsi que les accusations portant sur la corruption.»
■ Avec des partenaires de Juristconsult à une conférence en Zambie.
Dans les dernières pages, l’avocat d’affaires laisse la place au citoyen en colère. «Communément appelées “drogues synthétiques” ou simik, elles sont en train de faire des ravages au sein de la jeunesse et constituent une menace pour l’équilibre de la société mauricienne», écrit-il, avant de rappeler que les émeutes d’octobre 2026 ont démontré que le narcotrafic peut peser sur la sécurité publique.
En conclusion, Marc Hein illustre le rôle essentiel du juriste dans le monde des affaires. Grâce à ses connaissances juridiques et à son engagement, il contribue à accompagner les entreprises, à prévenir les conflits et à garantir le respect des règles de droit. Son parcours met en évidence l’importance du droit dans le développement et la sécurité des activités économiques. Ainsi, le juriste apparaît comme un acteur incontournable pour assurer des relations commerciales équilibrées et favoriser la confiance entre les différents acteurs du monde des affaires.
Publicité
Publicité
Les plus récents