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Interview

Ludovic Collet : «Le Trail de Rodrigues n’a pas à rougir face aux autres organisations»

4 novembre 2026, 08:22

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Ludovic Collet : «Le Trail de Rodrigues n’a pas à rougir face aux autres organisations»

Depuis 25 ans, Ludovic Collet fait vibrer les coureurs et le public au rythme de ses commentaires, avec cette passion intacte pour le sport et les émotions humaines. © Krishna Pather

Depuis plus de dix ans, Ludovic Collet retrouve Rodrigues avec un plaisir intact. Habitué des plus grandes courses internationales, celui que l’on surnomme «la Voix du trail» entretient une relation privilégiée avec l’île et ses habitants. À l’approche de la 17e édition du Trail de Rodrigues, prévue le 8 novembre, le speaker français revient sur cet attachement, les émotions vécues au fil des années et l’évolution d’un événement qui, selon lui, a su se professionnaliser sans perdre son âme. Il évoque également ses 25 années derrière le micro et son livre, «La Voix du trail», dans lequel il raconte, cette fois, sa propre histoire.

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Vous accompagnez les coureurs depuis 25 ans. Comment définiriez-vous aujourd’hui Ludovic Collet : speaker, passionné de sport ou passeur d’émotions ?

Je me considère avant tout comme un passeur d’émotions. Cela fait maintenant 25 ans que je suis derrière un micro, à raconter le sport et les histoires de ceux qui le pratiquent. Je suis aussi consultant et animateur, et j’ai été entraîneur. Ces différentes expériences m’ont permis d’acquérir une bonne connaissance du milieu sportif. Elles m’aident à comprendre ce qui se passe sur le terrain et à le transmettre au public. Je suis également père de trois garçons et grand-père de quatre petits-fils. Finalement, toutes ces facettes font partie de ma personnalité et nourrissent ma manière d’exercer ce métier.

Vous revenez fidèlement au Trail de Rodrigues depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous pousse à retrouver l’île chaque année ?

Rodrigues est tout simplement magnifique. C’est un véritable havre de paix, avec une population extrêmement chaleureuse. Je m’y sens bien et j’y retrouve une tranquillité que j’apprécie énormément. Pour vous dire à quel point je suis attaché à cette île, j’ai même longtemps envisagé d’y posséder un petit bout de terrain. J’avais étudié les possibilités, mais ce projet n’a finalement pas pu se concrétiser, notamment en raison de mon statut d’étranger. C’est dire la place que Rodrigues occupe dans mon cœur. Chaque séjour me donne envie d’y revenir.

Votre attachement dépasse manifestement le cadre sportif. Qu’est-ce qui vous touche particulièrement chez les Rodriguais ?

C’est avant tout leur gentillesse, leur politesse et leur authenticité. Rodrigues possède encore de nombreux espaces naturels préservés, mais sa véritable richesse réside aussi dans ses habitants. Les relations humaines y sont sincères et chaleureuses.

Je me considère comme un homme sans frontières. Pour moi, nous sommes tous des êtres humains, quelles que soient nos origines. À Rodrigues, cette conviction prend tout son sens. Lorsque j’arrive sur l’île, j’ai un peu l’impression de rentrer à la maison. Je retrouve cette quiétude, cette paix et cette simplicité qui me font tellement de bien. Chaque année, je n’ai qu’une envie : revenir.

Après toutes ces éditions, vous considérez-vous encore comme un invité ou faites-vous désormais partie de la famille du Trail de Rodrigues ?

Il y a longtemps que je ne me considère plus comme un invité ! J’ai vraiment l’impression de faire partie de la famille du Trail de Rodrigues. Lorsque je retrouve Aurèle, Arnaud, Gilbert et tous les autres, c’est comme si nous ne nous étions jamais quittés. Les années ont créé des liens qui dépassent largement le cadre de la course. Je me sens un peu chez moi, comme si je faisais partie des murs de cet événement. C’est une sensation particulièrement agréable et je suis toujours impatient de retrouver tout ce monde.

Vous animez certaines des plus grandes courses internationales. Que trouvez-vous à Rodrigues que vous ne retrouvez pas forcément ailleurs ?

Cette impression que le temps s’arrête. À Rodrigues, tout semble plus paisible et les échanges humains occupent une place essentielle. J’ai le temps de discuter avec les organisateurs, les coureurs, les habitants ou encore les propriétaires de restaurants et de gîtes. Je peux m’arrêter pour parler avec des enfants au bord de la route, découvrir les îlots environnants et profiter de la beauté des paysages et du récif.

Ce sont des moments simples, mais qui ont énormément de valeur à mes yeux. Rodrigues me permet de prendre le temps de vivre, de rencontrer les gens et de profiter pleinement de ce qui m’entoure. C’est cette sérénité que j’apprécie particulièrement. Là-bas, je me sens véritablement en paix.

Le trail s’est considérablement professionnalisé ces dernières années. Le Trail de Rodrigues a-t-il réussi à suivre cette évolution tout en préservant son identité ?

Absolument. Le Trail de Rodrigues n’a pas à rougir face aux autres organisations. Tout fonctionne, qu’il s’agisse des départs, du chronométrage ou des remises de prix. L’organisation reste simple, mais elle est très efficace.

Ce qui me frappe surtout, c’est que cette professionnalisation n’a rien enlevé à la dimension humaine de l’événement. J’ai rarement connu un accueil aussi chaleureux et autant de respect envers les coureurs venus de l’extérieur, mais aussi envers ceux qui viennent animer la course.

Je pense notamment aux attentions d’Aurèle, aux petits cadeaux, aux remerciements et aux messages d’affection que nous recevons. Ce sont des gestes simples, mais qui témoignent d’une véritable reconnaissance.

Cela fait plus de dix ans que je viens à Rodrigues et cet état d’esprit n’a pas changé. L’événement a su conserver toute son authenticité, tout en gagnant en professionnalisme. C’est l’une de ses grandes forces.

KAP_2799 Au fil des éditions, Ludovic Collet a noué des liens d'amitié avec les organisateurs du Trail de Rodrigues, au point de se considérer aujourd'hui comme un membre de la famille. © Krishna Pather

Chaque année, vous accueillez derrière votre micro aussi bien les champions que les anonymes et les derniers arrivants. Quels sont les moments qui vous marquent le plus à Rodrigues ?

Je pense immédiatement à la course la plus courte, celle des 7 kilomètres. C’est sans doute celle qui m’offre les plus belles images. On y retrouve toute la population rodriguaise : les mamans, les papas, les grands-parents, les enfants et les petits-enfants. Certains courent, d’autres marchent, mais tous participent avec le même plaisir de franchir la ligne d’arrivée.

Pour moi, cette course représente véritablement l’âme de Rodrigues. Voir toutes ces générations réunies autour d’un même événement sportif est quelque chose de magnifique. Ce sont des images qui m’accompagnent depuis de nombreuses années et qui continuent à me toucher profondément. Cette participation populaire illustre parfaitement ce que représente le Trail de Rodrigues à mes yeux.

Après 25 ans derrière le micro, comment faites-vous pour continuer à transmettre autant d’émotions ? Rodrigues parvient-elle encore à vous surprendre ? Bien sûr ! Et ce n’est pas seulement le cas à Rodrigues. Chaque course possède sa propre histoire et chaque départ est différent. La vie est en mouvement permanent. Mon métier consiste justement à raconter ce que je vois et à transmettre les émotions qui accompagnent ces moments.

Avec 25 ans d’expérience, j’ai forcément acquis certaines habitudes, des automatismes et une manière bien à moi d’animer. Mais cela ne signifie pas que la routine s’est installée. Les histoires humaines sont toujours différentes et continuent à me surprendre.

Il m’arrive encore d’avoir les larmes aux yeux, de vivre de grands moments de joie ou de partager des gestes d’affection avec les participants. C’est ce qui rend ce sport aussi beau. Nous prenons tous le départ ensemble, nous nous retrouvons à l’arrivée et nous partageons des émotions qui dépassent largement la seule performance sportive. Je trouve que c’est un très bel exemple pour le monde.

ludovic 4 Fidèle au Trail de Rodrigues depuis plus de dix ans, Ludovic Collet, surnommé « la Voix du trail », retrouve chaque année une île et une population auxquelles il est profondément attaché. © Krishna Pather

Vous avez récemment publié «La Voix du trail», dans lequel vous racontez votre parcours. Après tant d’années consacrées aux histoires des autres, qu’aviez-vous envie de transmettre à travers la vôtre ?

Je voulais avant tout montrer que, par le travail, tout est possible. On peut emprunter des chemins complètement inattendus et vivre des expériences que l’on n’aurait jamais imaginées.

Jamais je n’aurais pensé devenir la voix d’un sport, encore moins faire carrière dans ce métier. Et pourtant, je suis aujourd’hui dans un métier-passion qui me permet de vivre et de découvrir le monde entier. Lorsque je regarde le chemin parcouru, je trouve cela assez incroyable.

J’avais envie de partager cette expérience, mais aussi de revenir sur les différentes étapes de ma vie, depuis mon adolescence jusqu’à aujourd’hui. Ce livre raconte mon parcours, avec tout ce que j’ai vécu et ce qui m’a construit.

Je remercie Frédéric Berg d’avoir coécrit cet ouvrage avec moi, ainsi que les Éditions Mons, qui m’ont encouragé à raconter mon histoire. Cette expérience a été particulièrement enrichissante. L’écriture de ce livre a même représenté une véritable thérapie pour moi.

KAP_1813 Pour Ludovic Collet, le Trail de Rodrigues a su gagner en professionnalisme sans perdre ce qui fait sa force : son authenticité et sa convivialité. © Krishna Pather

Enfin, si quelqu’un vous disait ne connaître ni Rodrigues ni son trail, comment lui donneriez-vous envie de venir découvrir cette course ? C’est précisément ce que je fais presque chaque année ! J’ai régulièrement des amis proches qui viennent découvrir Rodrigues et ce sera encore le cas cette fois-ci.

Je leur parle d’une course authentique, d’une île magnifique, d’un peuple accueillant et de paysages extraordinaires. Je leur parle de ces nuances de bleu incroyables, de cette impression que le temps s’arrête et, surtout, des valeurs humaines que l’on a parfois perdues dans nos grandes villes.

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À Rodrigues, on retrouve l’accueil, la politesse, le bonjour, le merci, le plaisir de recevoir les gens. Ce sont des choses simples, mais qui font toute la différence. Et cela se retrouve chez toutes les générations.

C’est une expérience que je recommande à ceux qui aiment véritablement le sport, les découvertes et les rencontres humaines. À ces personnes, je dis simplement : venez découvrir le Trail de Rodrigues !

Pour ma part, j’ai déjà hâte d’être sur place pour cette nouvelle édition.

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