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Crise de l’eau

Lindsay Riviere : «L’affrontement entre un ministre et un député va retomber. Mais les tuyaux continueront de fuir»

11 octobre 2026, 15:00

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Lindsay Riviere : «L’affrontement entre un ministre et un député va retomber. Mais les tuyaux continueront de fuir»

Entre l’affrontement opposant Patrick Assirvaden à Khushal Lobine, le silence reproché à Navin Ramgoolam et les défaillances persistantes de la Central Water Authority (CWA), la crise de l’eau met à nu les fragilités du pouvoir. Pour l’ancien journaliste et observateur politique Lindsay Rivière, l’heure n’est plus aux discours, mais aux décisions. L’accrochage entre le ministre Patrick Assirvaden et le député de la majorité Khushal Lobine illustre un malaise. Alors que la population réclame des réponses concrètes, la critique devient elle-même un sujet de confrontation.

Pour Lindsay Rivière, ancien journaliste et observateur politique, Khushal Lobine est pourtant dans son rôle. «Un député est avant tout le représentant de ses mandants : c’est à lui d’interpeller le gouvernement, de soulever les problèmes du terrain et de relayer les frustrations de ses électeurs. La majorité parlementaire ne saurait se transformer en bloc silencieux, où chaque député voterait sans questionner, ni contester.»

Cette conception du rôle parlementaire semble toutefois se heurter à une autre réalité : celle d’un exécutif qui supporte mal les critiques venues de ses propres rangs. Lindsay Rivière estime que Patrick Assirvaden a quelque peu surréagi face aux interventions de Khushal Lobine, tout en reconnaissant que la forme et le ton du député ont pu contribuer à tendre les échanges. «Le problème tient donc moins à l’existence d’un désaccord qu’à la difficulté de l’accepter. Dans une démocratie, un député ne devrait pas avoir à choisir entre la solidarité politique et la défense des citoyens qu’il représente, encore moins quand ceux-ci affrontent une crise aussi essentielle que celle de l’accès à l’eau.»

⚫ Ramgoolam attendu au front

«Ramgoolam bizin vinn lor televizion pou explik sitiasion.» Au-delà de cet incident, c’est la communication du gouvernement qui suscite des interrogations. Alors que la situation est très tendue, Lindsay Rivière appelle le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à s’exprimer directement à la télévision pour expliquer la gravité de la crise et donner une orientation claire à l’action du gouvernement.

Pour l’observateur, la population a besoin d’entendre ses dirigeants, pas seulement à travers des déclarations rapportées dans la presse ou des visites sur le terrain, mais dans une intervention en direct. Il estime aussi que Patrick Assirvaden devrait s’adresser aux Mauriciens pour expliquer les contraintes techniques qui affectent la distribution de l’eau. «Lorsqu’une crise touche un besoin aussi fondamental, le silence ou une communication insuffisante laisse le champ libre à l’inquiétude, à la colère et à la défiance.»

Le leadership ne consiste pas seulement à gérer les tensions au sein d’une majorité. Il faut aussi reconnaître les difficultés, expliquer les décisions et présenter des solutions crédibles. À cet égard, Lindsay Rivière juge que le gouvernement doit faire preuve de davantage de sérénité et de solidarité dans sa communication.

⚫ La CWA, symbole d’un échec qui dure

Mais réduire la crise de l’eau à une querelle entre élus reviendrait à passer à côté de l’essentiel. Pour Lindsay Rivière, les difficultés actuelles découlent de problèmes structurels connus depuis des décennies, sans que les réformes nécessaires aient abouti. «Canalisations vétustes, investissements insuffisants, capacités de stockage à renforcer, eau qui s’échappe du réseau : les mêmes préoccupations reviennent année après année, tandis que les solutions tardent à se concrétiser.»

L’ancien journaliste évoque notamment les pertes d’eau, qu’il situe à environ 62 %, soulignant l’ampleur du gaspillage dans un pays où la ressource devient une source d’inquiétude majeure. «Ce chiffre, qui mérite d’être rapproché des données techniques les plus récentes de la CWA, résume à lui seul l’ampleur du défi : produire et distribuer de l’eau ne suffit pas si une part considérable se perd avant d’atteindre les consommateurs.»

Le constat de Lindsay Rivière est sévère. À ses yeux, la CWA souffre de défaillances profondes, qu’on ne peut plus traiter comme de simples difficultés passagères. «Les projets de remplacement des tuyaux, de construction de réservoirs et de meilleure récupération des eaux sont évoqués depuis des années, et pourtant la population continue de subir les conséquences d’un système fragilisé. Comment expliquer qu’un problème aussi ancien reste aussi difficile à résoudre ? Les autorités ne peuvent plus éluder cette question.»

⚫ Le tabou des partenariats et de la réforme

Lindsay Rivière va plus loin en remettant en cause le refus récurrent, selon lui, d’envisager des partenariats avec des opérateurs internationaux spécialisés dans la distribution de l’eau et de l’électricité. Il ne s’agit pas nécessairement, dans son argumentation, de privatiser systématiquement les services publics, mais de sortir d’une logique où l’État devrait tout gérer seul, quelles que soient les limites de ses capacités opérationnelles. «Une telle orientation devrait toutefois s’accompagner de garanties strictes sur la transparence des contrats, la qualité du service, le contrôle public et la protection des consommateurs. Car l’eau n’est pas un produit ordinaire : c’est une ressource vitale. Toute réforme doit donc concilier efficacité, responsabilité et accès équitable à ce service essentiel.»

Les gouvernements se succèdent, les projets sont annoncés, les rapports s’accumulent et les promesses se renouvellent. Mais quand les pénuries persistent et que les infrastructures restent défaillantes, la question de la responsabilité politique devient incontournable. «L’affrontement entre un ministre et un député finira par retomber. Mais les tuyaux continueront de fuir, les infrastructures resteront sous pression et les ménages continueront d’attendre tant que les réformes ne seront pas engagées.»

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