Publicité
Aux Seychelles
L’ex-«Reef Hotel» disparaît…
Par
Partager cet article
Aux Seychelles
L’ex-«Reef Hotel» disparaît…
■ L’établissement avait été racheté en 2019 pour environ Rs 221 millions par le Dr Krishan Malhotra, beau-frère de Pravind Jugnauth.
L’ancien symbole du tourisme seychellois disparaît peu à peu sous les coups des pelleteuses. Deux semaines après le lancement officiel des travaux, la démolition de l’ex-Reef Hotel à Anse-aux Pins progresse à un rythme accéléré. Ce chantier, resté en suspens pendant des années, s’inscrit dans une opération de réaménagement d’envergure sur le littoral sud-est de Mahé. Mais derrière les marteaux et les pelleteuses, une autre histoire refait surface : celle du rachat du site par le Dr Krishan Malhotra, beau-frère de l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, et du projet hôtelier controversé qu’il ambitionne d’y ériger.
Selon le Seychelles Nation, les travaux, qui devaient durer quatre mois, devraient être terminés bien avant le délai initial. Le consultant, Nimhan Senaratne, de la société Eco-Sol Consulting Pty Ltd, explique que la faiblesse structurelle des bâtiments du Reef Hotel, abandonnés depuis près de trois décennies, avait permis d’accélérer le processus. «Même les engins lourds que nous avions prévu d’utiliser ne sont finalement pas nécessaires. Un simple marteau hydraulique fixé à une pelleteuse suffit à désintégrer les structures», indique-t-il.
Les travaux sont supervisés par le ministère de l’Environnement, la Seychelles Planning Authority (SPA), la Public Health Authority et la Public Utilities Corporation, afin de garantir le respect des normes environnementales. Des inspections hebdomadaires sont menées sur le site, notamment par les officiers de la compagnie UCPS, chargée de la démolition. «Nous avons tenu une réunion avant le démarrage, réunissant toutes les autorités concernées. L’un des points essentiels porte sur le contrôle des poussières : nous utilisons désormais des systèmes de pulvérisation d’eau pour réduire la dispersion dans l’air», explique encore Nimhan Senaratne. Les autorités affirment avoir veillé à limiter les nuisances pour les riverains.
La démolition a débuté par les bâtiments les plus proches des Reef Apartments, avant de se diriger progressivement vers la zone du golf où aucune habitation n’est située. Les matériaux sont en grande partie recyclés, tandis que les débris métalliques sont évacués vers un site désigné par le ministère de l’Environnement.
Angela Servina, directrice de la SPA, précise que son agence a exigé un plan méthodologique complet couvrant les équipements, les techniques et la durée du projet : «Pour des chantiers de cette ampleur, il est essentiel d’anticiper les impacts. Nous travaillons en étroite collaboration avec les ministères de l’Environnement et des Transports.» Elle confirme toutefois qu’aucun plan de développement pour le nouveau projet n’a encore été soumis aux autorités : «Le promoteur a bien complété le processus d’Environmental Impact Assessment (EIA) et obtenu un Notice of Acceptance, mais aucun plan de construction ne nous est parvenu à ce jour.»
Un site chargé d’histoire
Inauguré le 17 mars 1972, le Reef Hotel fut le premier établissement touristique d’envergure internationale aux Seychelles. Il comptait 150 chambres doubles, des courts de tennis et de badminton, un parcours de golf de neuf trous et une piscine olympique. Il ferma ses portes en décembre 1997 pour des raisons financières. Depuis, l’imposante structure bétonnée était devenue un vestige du passé, lentement rongée par l’humidité et les embruns.
Les équipes d’Eco-Sol Consulting assurent que la végétation côtière est préservée : seuls les cocotiers situés dans une zone de sécurité de 15 mètres ont été coupés, tandis que les espèces endémiques comme le Takama et le Bodanivy ont été protégées. Des agents de sécurité veillent sur le site pour empêcher tout accès non autorisé.
Mais si la démolition avance sans heurts, le futur du site reste enveloppé de controverse. En mai 2019, le Conseil des ministres des Seychelles avait approuvé le rachat du Reef Hotel par le Dr Krishan Malhotra, beau-frère de Pravind Jugnauth et ancien directeur de la clinique MedPoint. L’établissement appartenait jusque-là au groupe New Mauritius Hotels (Beachcomber) et aurait été cédé pour environ USD 6 millions, soit Rs 221 millions. Le projet présenté à l’époque prévoyait la construction d’un hôtel de 135 chambres et neuf appartements résidentiels de neuf pièces chacun. L’ensemble devait comprendre deux piscines, deux restaurants, un spa, un centre de fitness, un nightclub, des salles de conférences et des logements pour le personnel. Selon les documents soumis en 2019, le complexe devait s’étendre jusqu’à la plage, avec plusieurs villas «pieds dans l’eau», une perspective qui avait immédiatement alarmé les défenseurs de l’environnement et cer tains habitants d’Anse-aux-Pins.
Des associations locales et des internautes ont dénoncé ce qu’ils perçoivent comme une menace directe pour l’écosystème côtier de Mahé. Plusieurs critiques ont souligné la similitude avec d’autres projets polémiques, notamment celui de l’hôtel d’Anse-à-la-Mouche, construit sur une zone humide protégée malgré la signature par les Seychelles de la Convention de Ramsar depuis 2005. L’un des aspects les plus sensibles du futur Reef Resort concerne la construction d’un mur de soutènement destiné à protéger l’établissement contre l’érosion côtière. Les écologistes craignent que cette structure modifie les courants marins et affecte la biodiversité. Les critiques appellent à une évaluation environnementale indépendante et à une consultation publique plus transparente. Sur les réseaux sociaux, les débats s’enflamment. Certains estiment que le projet profiterait surtout à des investisseurs étrangers, tandis que les retombées économiques pour la population locale restent floues. D’autres s’interrogent sur la délivrance de l’EIA au promoteur, qu’ils jugent précipitée.
L’acquisition du Reef Hotel par le Dr Krishan Malhotra avait déjà fait couler beaucoup d’encre lors de son annonce. En 2018, Wavel Ramkalawan, alors leader de l’opposition et aujourd’hui président des Seychelles, avait mis en garde contre une possible «affaire MedPoint bis», soulignant le risque de ternir l’image des institutions seychelloises. Les critiques portaient sur un possible conflit d’intérêts entre les relations familiales du promoteur et la rapidité avec laquelle le gouvernement seychellois avait approuvé la vente. Toutefois, le jugement du Privy Council de Londres en faveur de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint semble avoir atténué les tensions diplomatiques entre les deux pays.
À ce jour, aucun plan de reconstruction n’a officiellement été soumis à la SPA, confirmant que le site demeure à l’étape de nettoyage et de démolition. Les autorités locales affirment qu’aucune demande de permis de construction n’a été enregistrée.
Publicité
Publicité
Les plus récents