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Lettre ouverte au Premier ministre : Mais encore?

19 octobre 2026, 08:00

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Entendu que vous avez dit l’essentiel, avec calme et fermeté ; qu’il serait futile, dans les circonstances, de s’attarder sur ce qui aurait pu être mieux dit ou sur ce qui n’a pas été dit.

Mais encore, Monsieur le Premier ministre ?

Étant donné que les événements de 1999 n’ont manifestement pas suffi à empêcher ce qui s’est produit depuis, et encore aujourd’hui ; qu’une fois l’urgence passée et les conséquences immédiates maîtrisées, les causes profondes demeureront.

Ne faudrait-il pas, sans attendre que se concrétise le changement promis, démontrer que vous avez, vous, déjà changé; faire preuve d’une véritable humilité, reconnaître vos propres manquements et donner ainsi aux Mauriciens une raison de croire que vous avez tiré les leçons de vos erreurs ?

C’est une folie que de croire qu’en continuant à gouverner de la même manière, on puisse obtenir des résultats différents. Et toutes les folies ne sont pas douces.

Entendu qu’il est plus facile de critiquer les décisions que de les prendre ; que le pouvoir isole ; qu’à votre crédit, vous avez le courage de prendre des décisions impopulaires lorsque vous les jugez nécessaires.

Mais encore, Monsieur le Premier ministre ?

Étant donné que c’est vous qui avez sollicité cette responsabilité et demandé aux Mauriciens de vous ramener au pouvoir ; que vous avez obtenu leur confiance sur la promesse d’une « A Team », alliant l’expérience à la volonté de changement.

Ne faudrait-il pas démentir, par les actes, cette perception tenace que vous ne faites confiance à personne, que vous voulez tout décider, avec pour conséquence que trop peu de décisions sont effectivement prises ? Ne faudrait-il pas, désormais, démontrer que vous savez faire confiance à ceux que vous avez choisis et leur laisser l’autorité nécessaire pour exercer pleinement leurs responsabilités ?

Les Mauriciens doivent avoir le sentiment d’être gouvernés par un véritable Conseil des ministres, sous votre direction et non sous votre dictat: que chaque ministre réponde de ses décisions devant le Parlement, que chaque membre de votre majorité assume ses responsabilités pour que vous, leur chef, soyez véritablement redevable au peuple.

Entendu que vous ne sauriez être tenu personnellement responsable, même en votre qualité de ministre de l’Intérieur, de l’acte criminel insensé d’un policier ; que vous avez raison de vous féliciter de la réaction de la population qui, dans son immense majorité, a fait preuve de responsabilité et prêté main-forte aux forces de l’ordre dans une situation particulièrement volatile.

Mais encore, Monsieur le Premier ministre ?

Étant donné que vous êtes, en définitive, responsable d’une force policière qui n’a pu rétablir l’ordre sans le concours des citoyens ; que, dans l’euphorie du retour au calme, il serait dangereux de perdre de vue la frontière entre vigilance citoyenne et milices populaires, avec leurs « rôdes rôles », dont l’acceptation, pour ne pas dire la glorification, pourrait constituer une menace autrement plus grave que celle de jeunes émeutiers; que les clichés renferment parfois des vérités essentielles : gouverner, c’est prévoir ; et que l’art de légiférer consiste d’abord à bien identifier le mal auquel on prétend remédier.

Ne faudrait-il pas résister à la tentation de vous réjouir du verre à moitié plein sans voir tous les verres brisés autour de vous; cesser de chercher d’autres coupables à désigner et des lois à faire voter dans l’urgence, comme si la fermeté des annonces pouvait tenir lieu de lucidité sur les causes ?

Ne faudrait-il pas, Monsieur le Premier Ministre, avant que d’autres ne portent leur jugement sur votre leadership, avoir le courage de porter vous-même un regard lucide sur votre manière d’exercer le pouvoir et sur ce qu’il vous appartient personnellement de changer ?

Vous nous avez donné rendez-vous ce lundi, Monsieur le Premier ministre. Il est encore temps pour vous de ne pas le manquer.

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