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«Anba Larivier», à Roche-Bois

Le visage de l’extrême pauvreté

20 octobre 2026, 22:00

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Le visage de l’extrême pauvreté

(Photos : Stephan Rezannah)

Ce lopin de terre de squatters, sur la berge d’une rivière, a fait la Une de la presse, il y a plus de deux mois, après le meurtre d’un nourrisson, mettant à nu la situation précaire du quartier «Anba Larivier», à Roche-Bois, là où plus d’une centaine de personnes vivent dans des conditions de pauvreté extrême depuis plus de 30 ans.

Des enfants, pieds nus, jouent dans une allée boueuse. Seul espace de jeu pour ces petits non scolarisés, faute de moyens. «Isi dimounn travay zis pou manze. Mem si nou anvi avoy zanfan lekol… pena kas, pena linz, pena transpor», soupire Annaelle, maman de deux enfants. Un bout de pain est partagé entre une dizaine d’enfants, pour apaiser la faim. Ici, le gaspillage n’est pas permis. Sans électricité et sans eau courante depuis plusieurs décennies, le quotidien prend un tout autre visage. Pas de place à la colère, mais plutôt au désarroi et à l’impuissance.

Express.mu (620 x 330) (51) ■ 150 personnes vivent depuis des années à «Anba Larivier» dans une vingtaine de maisons en tôle, qui peuvent s’effondrer au prochain coup de vent. En cas de fortes averses, les chemins de terre se transforment en rivières de boue.

La seule chose qui a changé après le drame survenu à Anba Larivier, c’est l’usage de la bougie. Pendant plus de 30 ans, ces habitants ont vécu à la lueur de la bougie à la tombée de la nuit. Ce n’est qu’après la tragédie d’Adriano qu’un câble électrique a été installé, permettant d’éclairer ces bicoques en tôle rouillée. «Nou’nn aprann viv san kouran isi, zis ek labouzi ek bann lalimier soler ki nou servi aswar. Nou gagn dilo de fwa par mwa. Kan pena dilo, nou servi dilo larivier. Kan ena siklonn, bizin kit tou al dan sant sosial. Apre kan siklonn ale, nou retourn isi, ramas tol ek dibwa pou rearanz nou lakaz. Boukou banane pe ale koumsala», ajoute Annaelle.

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Tragédie

«Tou dimounn inn vini kan ti ena sa krim-la. Inn amenn manze, inn gagn boukou manze. Gramatin tanto zot ti pe vini. Apre fini, personn pa vini aster, zis bann travayer sosial ki ed nou», regrette Sandrine. Cette tragédie a permis d’exposer au grand jour la situation de ces 150 personnes, au bord de l’autoroute de Roche-Bois, mais n’a en aucun cas résolu le problème de logement et d’accès à l’éducation des enfants, dont plus d’une cinquantaine n’ont jamais mis les pieds dans une crèche ou une école.

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«Se pa ki nou pa anvi ki nou zanfan al lekol, me pa kapav. Tou dimounn ki res la travay dan depotwar dan Rosbwa… Vann feray, boutey pou ki kapav aste manze tanto. Ek sa kas ki gagne la pa kapav fer plis ki sa», poursuit Anais, la grande sœur de Sandrine.

Promesses

Voilà plus de 30 ans que les promesses pleuvent de la part des politiciens pour changer les conditions de vie de cette petite communauté. Pourtant, les cases en tôle se dégradent encore, la rivière est de plus en plus polluée, mais rien ne change pour les habitants. «Minis Shakeel Mohamed ti dir mwa ki li pou rod enn lakaz pou mwa… ki mo pou kit Anba Larivier li ti dir… selma ziska zordi personn pa trouve», relate Sandrine, la mère d’Adriano.

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D’autres ministres et députés sont venus voir les habitants et constater les conditions de vie. Chacun avec son lot de promesses pour trouver une solution, une alternative… Au fil du temps, les habitants ont perdu tout espoir dans ces beaux discours. «Je suis née ici, j’ai 26 ans. Mon père a passé 37 ans ici. Mes enfants sont nés ici. Rien n’a changé pour nous. Nos appels sont restés lettre morte», constate Annaelle.

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Exclusion

Longeant l’autoroute, voisin des usines, Anba Larivier passe pourtant inaperçu sous le pont. Là où la rivière est un salut quand il faut laver le linge et prendre un bain, mais devient un cauchemar quand les inondations arrivent ou quand les usines y déversent leurs produits nocifs. «Kan sa bann lizinn-la zet zot bann zafer, larivier-la santi pi ek tou pwason mor. Kan zanfan zwe kot larivier, zot gagn grate, zot gagn bouton», poursuit Sandrine. Le poids de l’exclusion enlise ces habitants dans le désespoir : ils ne voient aucune porte de sortie, malgré les appels de détresse répétés.

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Shakeel Mohamed : «Oui, j’ai pris l’engagement de reloger ces habitants»

Interrogé sur les attentes de Sandrine, la mère d’Adriano, à la suite de la «promesse» de lui trouver un logement après le drame survenu à Anba Larivier, le ministre du Logement et des terres, Shakeel Mohamed, assume d’emblée ses propos et va plus loin. «Je prends l’engagement de reloger ces habitants. Pas seulement Sandrine, mais toutes les personnes qui vivent là-bas. On ne peut pas accepter que des gens habitent dans des conditions aussi précaires. Ce problème existe depuis des décennies et je veux changer cela.»

Toutefois, il précise que cela prendra du temps. Un recensement a déjà été effectué dans le quartier. «On est à la recherche de terrains à Roche-Bois ou à Sainte-Croix pour reloger ces gens dans la région avoisinante», ajoute le ministre. «Le rôle du gouvernement est de prendre en compte les besoins de la population, et on travaille dans ce sens. La semaine dernière, j’ai rencontré des représentants des Nations unies pour essayer d’obtenir des fonds pour cette région. Pour arriver à changer les choses, il faut un travail d’équipe. Le ministère de la Sécurité sociale a sa part de contribution et de responsabilités. La National Social Inclusion Foundation doit être encore plus concernée. Et le ministère des Finances doit nous donner de l’argent pour ce projet. Sinon, rien ne va changer. On est au beau milieu de ce projet. Je vais apporter ma pierre à cet édifice. S’il faut construire tout l’édifice, je le ferai. Mais je veux aussi poser des questions aux autres et leur faire part de leurs responsabilités. Il y a des compagnies à côté d’Anba Larivier qui brassent des milliards. Que font-elles de leur Corporate Social Responsibility pour ces habitants ?», conclut Shakeel Mohamed.

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