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Yacht «Dreamer»

Le trafiquant présumé transféré à la prison de Melrose

7 novembre 2026, 10:00

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Le trafiquant présumé transféré à la prison de Melrose

■ Un des hors-bords volés qui aurait assuré la livraison du cannabis.

Ils seraient jeunes, connectés et organisés autour d’un système de confiance. Loin de l’image traditionnelle du trafic de rue, la filière présumée mise au jour dans l’affaire du yacht «Dreamer» aurait fonctionné à travers plusieurs relais, des communications numériques et des circuits financiers alternatifs. Entre la Thaïlande, où se trouverait le fournisseur présumé et Maurice, un où trafiquant présumé aurait conservé une influence, malgré son incarcération, les enquêteurs de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) cherchent à comprendre comment cette équipe aurait bâti son entreprise.

Le profil qui se dessine dans l’affaire Dreamer est celui d’une nouvelle génération de trafiquants présumés. Une équipe jeune, soudée par des relations personnelles et des intérêts financiers, qui aurait progressivement développé une organisation dépassant les méthodes classiques du trafic de stupéfiants. La technologie, les cryptomonnaies et les réseaux de confiance constitueraient certains des éléments à examiner pour comprendre son fonctionnement.

L’enjeu pour l’ADSU n’est plus seulement de déterminer qui a participé à la récupération de la cargaison de cannabis. Il s’agit désormais de reconstituer toute une organisation : qui aurait organisé l’approvisionnement, qui aurait assuré les relais locaux, qui aurait contrôlé les recettes et qui aurait éventuellement transmis des informations sensibles sur les opérations policières.

La Thaïlande, point de départ présumé de la filière

Au cœur du volet international figure quelqu’un présenté comme un possible fournisseur de cannabis, installé en Thaïlande. Il aurait des intérêts dans une exploitation agricole où cette plante serait cultivée. Les enquêteurs cherchent à vérifier ces renseignements et à déterminer si cette activité aurait constitué la source d’approvisionnement de la filière mauricienne.

Pourquoi un acteur présumé du réseau aurait-il choisi de se rendre en Thaïlande et de s’y installer ? La question est essentielle pour les investigations. Un déplacement de cette nature pourrait avoir plusieurs explications : établir des contacts commerciaux, rencontrer des fournisseurs, vérifier les conditions d’approvisionnement ou coordonner des opérations à distance. Mais seul le recoupement des déplacements, des communications et des transactions permettra d’établir la véritable raison d’un éventuel voyage.

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■ Le «Dreamer» se trouve toujours dans le port et sous contrôle de la garde côtière.

L’hypothèse examinée est celle d’une organisation reposant sur une séparation des fonctions entre l’étranger et Maurice. L’approvisionnement aurait été préparé à l’étranger tandis que des relais locaux auraient assuré la réception, la distribution et la gestion des fonds.

Une influence dépassant les murs de la prison ?

À Maurice, un trafiquant présumé représente un autre personnage important de cette enquête. Détenu initialement à la prison de Beau-Bassin, il a ensuite été transféré à celle de Melrose. Ce changement intervient alors que les enquêteurs de l’ADSU s’intéressent à ses relations avec les autres personnes impliquées et à la possibilité qu’il ait maintenu des contacts avec l’étranger.

Les policiers cherchent notamment à déterminer si son incarcération a réellement interrompu ses activités présumées ou si des intermédiaires ont pu continuer à agir en son nom. La question des communications est donc centrale. Les enquêteurs veulent comprendre qui aurait pu transmettre des instructions, coordonner certaines opérations ou maintenir les liens entre les différents membres du groupe.

Le transfert vers Melrose prend ainsi une dimension particu- lière dans le contexte de l’enquête. La maîtrise des communications et des contacts en détention pourrait contribuer à empêcher toute interférence avec les investigations et à mieux identifier les éventuels relais extérieurs.

Les relations entre ces deux personnes constituent également un axe à éclaircir. Leur proximité et leur éventuelle association auraient-elles permis de structurer une filière reliant directement l’approvisionnement étranger aux réseaux de distribution locaux? C’est l’une des questions auxquelles les enquêteurs tentent de répondre.

Une organisation 2.0

L’autre dimension de cette affaire concerne les moyens financiers. Les enquêteurs s’intéressent à l’utilisation éventuelle des cryptomonnaies et aux transactions réalisées sur des plateformes comme Binance. Dans une organisation transnationale, les paiements numériques peuvent constituer une piste importante pour identifier les relations financières entre différents acteurs. Les portefeuilles numériques, les historiques de transactions et les mouvements entre comptes pourraient permettre de reconstituer les circuits de l’argent.

Le système hawala figure également parmi les mécanismes financiers à examiner. Ce réseau informel de transfert de valeur repose sur des intermédiaires établis dans différents pays. Il peut fonctionner sans déplacement physique de fonds entre les territoires concernés. Les enquêteurs devront toutefois établir si ce système a réellement été utilisé dans l’affaire Dreamer.

Cette dimension financière pourrait permettre de répondre à une question déterminante : qui contrôlait les recettes présumées et qui décidait de leur redistribution ? Car dans une organisation structurée, celui qui transporte la marchandise n’est pas nécessairement celui qui détient le pouvoir financier.

Des jeunes recrutés dans un système de confiance

La particularité de cette filière présumée résiderait aussi dans la place accordée aux jeunes. Plusieurs auraient été mobilisés pour assurer des missions distinctes: transport, surveillance, récupération de cargaisons, collecte d’argent ou transmission d’informations.

Les raisons de leur engagement peuvent être multiples. L’appât du gain constitue une première hypothèse. Dans un contexte où certains jeunes recherchent des revenus rapides, la promesse d’une rémunération importante peut favoriser leur recrutement. Les relations d’amitié et les liens de proximité représentent un autre facteur. Une personne déjà intégrée peut faire entrer progressivement ses connaissances dans le groupe. Une première mission, présentée comme un service ponctuel, peut ensuite évoluer vers une implication plus importante.

Il existe également une dimension liée au prestige et à l’appartenance. Faire partie d’une équipe disposant de moyens financiers, de contacts à l’étranger et d’une certaine influence peut donner à certains jeunes le sentiment d’appartenir à un cercle privilégié.

Mais cette solidarité apparente peut aussi devenir un mécanisme de dépendance. La confiance entre membres, les intérêts financiers communs et les éventuelles pressions peuvent rendre difficile toute prise de distance. Les arrestations de personnes liées au secteur portuaire et à la National Coast Guard (NCG) donnent une dimension supplémentaire au dossier.

Brian Foo Kin Lew Tin Wah, 34 ans, Terminal Officer à la Cargo Handling Corporation Ltd, aurait assuré le transport d’une équipe partie récupérer de la drogue sur une plage du Nord. Ses résidences de Cité Roche-Bois et de Calodyne ont été perquisitionnées.

Gérald Steven Bagboot, policier affecté à la NCG de Bois-des-Amourettes, a été arrêté après avoir été identifié par un autre policier, Yeshvin Pydegadu, qui l’accuse de lui avoir vendu cinq grammes de cannabis, le 27 octobre.

Kevin Rangilall, constable affecté à l’Operations Room de la NCG, a également été arrêté par l’ADSU. Il est soupçonné d’avoir entretenu des liens avec des trafiquants présumés impliqués dans l’importation de cannabis sur l’axe Maurice-Thaïlande.

Ces développements conduisent les enquêteurs à examiner la circulation éventuelle d’informations opérationnelles. Des renseignements sur les contrôles, les déplacements des patrouilles ou les opérations de surveillance auraient-ils pu parvenir à certains membres du réseau ? Il faudra établir l’origine de ces informations et déterminer si elles ont effectivement facilité des opérations de trafic.

L’affaire Dreamer met en lumière une évolution possible des méthodes du trafic de stupéfiants : des équipes plus jeunes, des relations transnationales, une utilisation accrue des outils numériques et des circuits financiers qui ne se limiteraient pas aux transactions bancaires traditionnelles. Mais derrière cette apparente modernité, les mécanismes restent ceux d’une organisation fondée sur la confiance, le contrôle de l’argent et la répartition des responsabilités.

Pour l’ADSU, le défi consiste désormais à dépasser les arrestations individuelles pour identifier les véritables donneurs d’ordre, les bénéficiaires financiers et les éventuelles complicités. La cargaison saisie n’est peutêtre que la partie visible d’un système dont les ramifications restent à établir.

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