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Danger public à l’aéroport SSR
Le taxi de l’angoisse (2ᵉ partie)
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Danger public à l’aéroport SSR
Le taxi de l’angoisse (2ᵉ partie)
En tant qu’ancienne journaliste, j’ai couvert durant ma carrière de nombreux faits divers et dénoncé bien des injustices. Je n’aurais jamais pensé devenir moi-même la victime impuissante d’une telle mésaventure sur les routes de mon propre pays. De retour chez moi, à Maurice, avec ma famille, ce qui devait être des petites vacances paisibles s’est transformé en un véritable cauchemar éveillé, un voyage au bout de l’angoisse.
Dès notre sortie de l’aéroport international SSR, dans le contexte très particulier d’un couvre-feu, nous n’avions hélas aucun autre choix : mon mari, ma fille et moi avons dû solliciter un taximan de l’aéroport. Un parfait inconnu à qui nous avons confié notre sécurité, faute d’alternative. Ce fut une grave erreur. À peine engagé sur la route en direction de Port-Louis, l’homme a transformé son véhicule en bolide de course, roulant à tombeau ouvert à 150 kilomètres heure, sur une chaussée détrempée par la pluie.
À l’arrière, ma fille adolescente était en pleurs, littéralement malade de peur. Agrippée à mon siège, j’ai serré fort sa main dans la mienne. J’ai prié le chauffeur de ralentir, lui expliquant que mon enfant paniquait. Sa réponse ? Un mépris absolu. Pire encore, il cumulait les prises de risque : une seule main sur le volant, jonglant entre son écran de téléphone – sans kit mains libres – et la chaussée glissante.
Jouant du cynisme le plus total, il a fini par me demander si j’allais bien. Lorsque je lui ai rétorqué que nous étions terrorisés à l’idée d’avoir un accident, il s’est contenté de sourire, comme si notre peur relevait de l’aberration.
À l’arrivée devant l’hôtel, ma fille et moi nous sommes sorties rapidement de ce taxi de la peur, les jambes en coton. Mon mari, assis à l’avant et profondément sous le choc de ce trajet suicidaire lui aussi, a perdu tous ses moyens au moment de régler la course. Il a sorti une enveloppe contenant Rs 52 000. Il a remis Rs 30 000 au chauffeur au lieu des 3 000 roupies dues.
Certains penseront qu’il s’agit là de la bévue d’un touriste étourdi. C’est tout le contraire : bien qu’étant Français, mon mari connaît Maurice depuis plus de 30 ans et n’en est pas à son premier séjour. Sous l’effet de l’adrénaline, du stress d’une course où nous avons cru mourir, et de cette urgence de s’extraire au plus vite de ce véhicule, ses repères ont volé en éclats. Face à une telle panique, il a perdu toute lucidité.
Le chauffeur a empoché le magot sans broncher. De l’extérieur, voyant la liasse de billets qui lui a été remise, j’ai alerté mon mari. Mais Speedy Gonzales avait déjà démarré. J’ai couru derrière la voiture, sachant pertinemment qu’il me voyait dans son rétroviseur. Il a écrasé l’accélérateur, filant vers l’impunité.
Journaliste un jour, journaliste toujours. J’ai fait jouer mes anciens contacts pour remonter sa trace, retrouver son nom et son numéro de téléphone le soir-même. Trop secoués et prudents pour entrer nous-mêmes en confrontation directe avec un individu au comportement si agressif, c’est un agent de l’hôtel qui l’a appelé. Une démarche qui s’est hélas heurtée à un mur : il a froidement nié les faits.
Le lendemain, j’ai contacté le coordonnateur des courses à l’aéroport, un certain David, qui était là la veille. Je lui ai raconté notre mésaventure. Il m’a conseillée de rapporter l’affaire à la National Land Transport Authority (NLTA). Il a même proposé d’intercéder auprès du chauffeur pour lui faire entendre raison et récupérer notre argent. Mais le taximan a une fois de plus tout nié en bloc, jurant n’avoir touché que Rs 3 000.
Dans cette histoire, le malaise est profond : nous avons été dépouillés et nous nous sommes heurtés au mur du «parole contre parole». Pas de reçu, pas de preuve formelle... donc, officiellement, pas de délit. Il y a pourtant bien eu mise en danger d’autrui et abus de confiance.
Aujourd’hui, ce fou du volant continue d’exercer en toute liberté, posté aux portes du pays, avec l’assurance de ceux que rien n’ébranle. Mon témoignage est un cri de colère, mais aussi un devoir d’alerte. Si notre parole ne suffit pas à faire plier l’impunité, elle aura au moins le mérite de briser le silence. Car fermer les yeux sur de telles dérives, c’est accepter qu’elles deviennent la carte de visite de notre île. Et cela, en tant que Mauricienne, je m’y refuserai toujours.
Une parole qui refuse le masculinisme du volant.
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