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Le retour brutal de l’empire
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Le retour brutal de l’empire
Après les fêtes, plongeons dans ce qui nous attend dans le monde. L’année 2026 s’ouvre sur une image qui glace et résume tout à la fois : un chef d’État sud-américain, capturé, aveuglé, convoyé vers une prison fédérale américaine. Donald Trump n’a pas seulement frappé Nicolás Maduro ; il a frappé une époque.
L’intervention américaine au Venezuela – bombardements, arrestation du président, mise sous tutelle politique annoncée – rompt un tabou : c’est la première attaque militaire directe des États-Unis contre un pays d’Amérique du Sud. Certes, l’histoire du continent est balafrée d’ingérences, de coups d’État et d’ombres portées. Mais 2026 marque un saut qualitatif : l’unilatéralisme assumé, revendiqué, théâtralisé. «La domination américaine dans l’hémisphère ne sera plus jamais contestée», a lancé Trump. Le verbe est nu, l’intention limpide.
La comparaison avec l’arrestation de Manuel Noriega en 1989 revient en boucle. Mais le contexte a changé : le monde n’est plus bipolaire, la légitimité internationale est plus fragile et la force brute, quand elle se déploie sans médiation, fissure l’ordre déjà vacillant. Derrière la promesse d’une «transition sûre», beaucoup voient d’abord l’odeur du pétrole et la logique de prédation. L’Empire, dit-on, n’intervient jamais sans raison économique.
Cette démonstration de puissance n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une doctrine plus large : re-militariser la sphère d’influence américaine, tester les lignes rouges, montrer que Washington peut encore agir seul. La Chine et l’Inde, observatrices attentives, prennent note. Pékin y lira une invitation à durcir ses propres périphéries ; New Delhi, une incitation à muscler son autonomie stratégique. L’Europe, elle, protestera poliment, puis passera à autre chose.
Même à l’intérieur des États-Unis, la séquence est révélatrice. L’élection d’un maire musulman à New York fait figure de contrepoint symbolique : une Amérique urbaine, diverse, qui résiste culturellement pendant que l’exécutif fédéral durcit le monde. Deux pays cohabitent, deux récits s’ignorent.
Et l’Afrique dans tout cela ? Le continent entre en 2026 avec des perspectives de croissance enviables : davantage d’économies à plus de 6 % que partout ailleurs, des locomotives annoncées au Sud-Soudan et en Guinée, une Afrique de l’Est réformatrice. Mais l’embellie est fragile. Près de 95 milliards de dollars de service de la dette pèseront cette année sur les budgets publics. Certains États consacrent un cinquième de leurs dépenses au remboursement. À cela s’ajoutent les chocs climatiques, l’instabilité politique et le talon d’Achille énergétique : sans électricité fiable, l’industrialisation reste un mirage.
L’Afrique avance donc à contrecourant d’un monde qui se referme. Elle a besoin d’investissements patients, de règles prévisibles, d’un multilatéralisme fonctionnel. Or, c’est précisément ce multilatéralisme que l’intervention au Venezuela affaiblit.
Économie mondiale : Résilience sous tension ?
Sur le front économique, 2025 a surpris par sa résilience. L’inflation reflue, les banques centrales desserrent l’étau, mais l’âge de l’argent gratuit est terminé. La croissance ralentit, l’incertitude domine : guerres commerciales, fragmentation des chaînes de valeur, promesses et menaces de l’IA. Le monde tient encore, mais sur un fil.
Reste la scène où tout se joue désormais : les réseaux sociaux. C’est là que Trump met en scène la capture, que la guerre devient image, que la morale se dissout en algorithmes. Or, cette sphère est en train de se vider de sa promesse initiale. Moins sociale, plus toxique, saturée de désinformation et de haine banalisée, elle radicalise les postures et atrophie la pensée longue. On y crie plus qu’on n’y débat. On y juge plus qu’on n’y comprend.
Peut-être est-ce là la leçon la plus profonde de 2026 : le monde redevient impérial pendant que l’espace public numérique se dégrade. La force revient, le droit recule et la conversation se fragmente en bulles rageuses. Face à cela, un choix s’impose : continuer à confondre puissance et spectacle ou réapprendre la lenteur, la complexité, le doute.
Le monde qui commence n’est pas seulement plus dur. Il est plus bruyant. Et c’est souvent dans ce vacarme que se perd l’essentiel...
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