Publicité
Produit intérieur brut
Le rapport technique du Fonds monétaire international au cœur de la bataille des Rs 165 milliards
Par
Partager cet article
Produit intérieur brut
Le rapport technique du Fonds monétaire international au cœur de la bataille des Rs 165 milliards
Les révisions des comptes nationaux relancent la polémique entre Pravind Jugnauth et le gouvernement. Si le FMI a effectivement relevé des erreurs de calcul, des incohérences dans les données et des faiblesses méthodologiques, son rapport ne conclut pas à une manipulation politique des chiffres. Au-delà des accusations, la question est de savoir ce que recouvrent réellement les révisions du PIB.
Le chiffre est spectaculaire et la polémique, éminemment politique. Lors de sa conférence de presse du jeudi 8 octobre, le leader du Mouvement socialiste militant (MSM), Pravind Jugnauth, a dénoncé un prétendu «trou» de Rs 164,9 milliards dans les chiffres du produit intérieur brut (PIB) de 2022 à 2024. Pour étayer ses accusations contre le gouvernement de Navin Ramgoolam, il s’est appuyé sur un rapport d’assistance technique du Fonds monétaire international (FMI), consacré aux comptes nationaux et à la balance des paiements de Maurice. Mais que dit réellement ce document, publié en juin 2025 ?
■ Pravind Jugnauth a critiqué les chiffres avancés dans le «State of the Economy» de 2024.
Le rapport fait suite à une mission menée du 24 au 28 mars 2025 auprès de Statistics Mauritius et de la Banque de Maurice. Son objectif était notamment d’examiner les révisions récentes des estimations du PIB pour la période 2020–2023 et d’évaluer la manière dont les activités des Global Business Companies (GBC) sont intégrées dans les comptes nationaux et les statistiques extérieures.
⚫ Des erreurs et des incohérences identifiées
Sur le fond, le rapport ne minimise pas les problèmes. Le FMI a constaté des divergences importantes entre les deux approches utilisées pour calculer le PIB, ainsi que des insuffisances dans les données servant à mesurer la production des GBC et leurs exportations implicites de services.
Au paragraphe 13, l’institution identifie trois facteurs majeurs : des erreurs dans le calcul de la production des GBC, des erreurs ou des classifications incorrectes dans les données collectées et une méthode d’estimation inadaptée. Ces problèmes expliquaient une part importante des écarts observés entre le PIB calculé selon l’approche par la production et celui calculé selon l’approche par les dépenses. Le rapport ajoute que «the current approach that is taken by Statistics Mauritius is understood for practical purposes», mais qu’elle «does not align with current macroeconomic statistics standards».
L’institution a donc recommandé de corriger les données, de vérifier les dépenses déclarées et de revoir les méthodes d’estimation de la production de ces entreprises. Les autorités ont été invitées à intégrer les estimations révisées dans les comptes nationaux et la balance des paiements.
C’est ici que le débat politique mérite d’être confronté aux conclusions techniques. Lors de sa conférence de presse, Pravind Jugnauth a comparé les chiffres figurant dans le document State of the Economy, présenté par le gouvernement en décembre 2024, aux estimations désormais publiées par Statistics Mauritius. Il a avancé des écarts de Rs 52,6 milliards pour 2022, de Rs 54,1 milliards pour 2023 et de Rs 58,2 milliards pour 2024, soit un total de Rs 165,1 milliards. Il en déduit que les chiffres initiaux auraient été manipulés pour justifier les décisions économiques du gouvernement. Or, le rapport du FMI ne tire pas cette conclusion. Il établit l’existence de problèmes statistiques et méthodologiques nécessitant des corrections. Il ne démontre pas que les chiffres ont été délibérément falsifiés par le gouvernement de Navin Ramgoolam. Une révision du PIB, même importante, ne constitue pas en elle-même la preuve d’une manipulation politique.
■ Navin Ramgoolam s’est basé sur la State of the Economy pour les réformes en cours.
Le montant de Rs 164,9 milliards doit donc être examiné avec prudence. Il représente, selon les chiffres avancés par le leader du MSM, la somme des différences entre les estimations de trois années. Il ne correspond pas automatiquement à une somme d’argent manquante dans les caisses de l’État ni à une perte budgétaire. Le PIB mesure la valeur de la production économique ; il ne représente ni les recettes fiscales ni les liquidités disponibles pour financer les dépenses publiques.
⚫ Un changement de base et une meilleure couverture statistique
Les dernières révisions publiées par Statistics Mauritius le 30 septembre 2026 apportent un élément supplémentaire au débat. Le gouvernement explique que les comptes nationaux ont été améliorés grâce à l’adoption de 2023 comme nouvelle année de référence, en remplacement de 2018, à l’exploitation de nouvelles sources de données et à une meilleure couverture des activités des GBC.
Selon les explications officielles, l’augmentation d’environ Rs 58 milliards du PIB de 2023 se décompose en Rs 27 milliards liés au changement d’année de référence et à l’amélioration des données, Rs 11 milliards provenant de l’application du nouveau système de comptabilité nationale et Rs 20 milliards liés à l’inclusion des activités de merchanting des GBC.
Ces éléments sont déterminants pour comprendre l’origine des révisions. Ils montrent qu’une partie de l’écart découle d’une amélioration de la mesure de l’économie, et pas nécessairement d’une erreur politique. Ils ne dispensent toutefois pas les autorités de fournir une réconciliation complète des chiffres successifs, année par année, afin que le public puisse comprendre l’origine des écarts. Le rapport du FMI recommandait également à Statistics Mauritius et à la Banque de Maurice de publier une note conjointe expliquant les révisions apportées aux données. Cette exigence de transparence est essentielle, compte tenu des conséquences politiques et économiques des chiffres présentés.
Au-delà de la confrontation entre l’ancien Premier ministre et le gouvernement actuel, une question demeure : les autorités ont-elles suffisamment expliqué les changements intervenus dans les comptes nationaux et leurs implications pour l’évaluation des finances publiques ?
Le rapport du FMI confirme que les statistiques mauriciennes nécessitaient des améliorations importantes. Mais il ne tranche pas le procès politique intenté par Pravind Jugnauth. Pour établir si les chiffres ont été volontairement présentés de manière trompeuse, il faudrait des éléments supplémentaires démontrant une intention de manipulation, et non simplement des révisions méthodologiques.
Publicité
Publicité
Les plus récents