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Le prix de l’inaction

29 décembre 2025, 05:30

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L’année 2025 s’achève sans fracas, mais non sans avertissements. Elle n’a pas été celle de l’effondrement, ni celle du basculement. Elle aura été, plus sourdement, celle où le réel a cessé de se laisser différer. Pour l’Alliance du Changement, arrivée au pouvoir en surfant sur le troisième 60-0 de l’histoire, cette année devait être celle de la stabilité et de la rupture maîtrisée. Elle fut surtout celle où le pouvoir s’est fragmenté (avant de se réformer ?).

Les crises n’ont pas pris la forme d’une rupture nette, encore moins d’un chaos. Elles se sont accumulées par touches successives : départs précipités dans des institutions clés, frictions internes, conflits de personnes, rivalités d’autorité, dossiers mal portés, décisions mal expliquées. Le pouvoir n’a pas chuté. Il s’est usé, parfois contre lui-même. Banque centrale, compagnie d’aviation nationale, institutions sociales, ministères régaliens ou techniques, dépendances de la République… aucun espace n’a été totalement épargné. Des ministres se sont affrontés publiquement, des junior ministers ont dénoncé leur marginalisation, des conflits internes se sont réglés sur les réseaux sociaux avant de l’être en coulisse. Et, au sommet, la menace – même avortée – d’une démission majeure a rappelé à quel point l’équilibre de la coalition reste fragile.

Ce que 2025 a mis en lumière, ce n’est pas l’échec d’un gouvernement, mais la difficulté à gouverner ensemble après une victoire trop large, trop rapide, trop chargée d’attentes. À force de vouloir aller vite, le pouvoir s’est parfois retourné contre lui-même. Et c’est là que se situe le cœur de notre alerte : le prix de l’inaction n’est jamais nul, mais celui de la précipitation mal maîtrisée peut être tout aussi lourd.

Sur le terrain économique, nous l’avons écrit dès les premiers mois : l’économie locale ne peut plus être gouvernée à coups d’illusions et de délais. Le réel finit toujours par s’imposer. Il l’a fait à travers le budget, les tensions inflationnistes, la question du PRB, la soutenabilité de la dette, la faiblesse des marges de manœuvre de l’État. Gouverner, ce n’est pas promettre l’impossible, mais expliquer les choix, arbitrer sous contrainte et assumer le coût politique de décisions difficiles. La crédibilité économique passe par la rigueur, l’anticipation et un discours de vérité.

La réforme des pensions a cristallisé ces tensions. Nécessaire sur le fond, courageuse dans son principe, elle a été mal portée dans sa forme. Elle a révélé une faille plus profonde : celle de la pédagogie politique. Une réforme imposée sans explication – et surtout sans exemplarité des décideurs – fracture la société au lieu de la moderniser. Gouverner, ce n’est pas seulement décider juste. C’est convaincre sans humilier, réformer sans fracturer, demander un effort sans mépris. Le changement durable exige du temps, de la clarté et du respect.

Tout au long de 2025, nous avons aussi rappelé que la démocratie n’est pas un acquis définitif, mais un équilibre fragile. Liberté de la presse, rôle des contre-pouvoirs, transparence de l’action publique… ces principes ne sont jamais décoratifs. Ils conditionnent l’acceptation sociale des réformes et la confiance collective. Une décision, même juste sur le fond, devient suspecte lorsqu’elle est mal expliquée ou imposée sans débat. Gouverner sans contre-pouvoir, c’est gouverner à courte vue.

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Le véritable danger pour un pays n’est pas la contestation, mais l’absence ou l’affaiblissement des contre-pouvoirs. Madagascar a vacillé parce que le pouvoir y était concentré, centralisé, personnalisé. Maurice tient parce que ses contrepouvoirs existent encore – médias, justice, société civile, Parlement – et parce qu’ils s’expriment, parfois bruyamment, y compris au sein même du gouvernement. Mais cette solidité relative ne doit pas devenir un prétexte à l’immobilisme.

Nous avons aussi donné voix à une jeunesse impatiente, souvent désabusée, mais loin d’être indifférente. Cette génération ne réclame pas des slogans, elle exige un projet. Formation, emploi, innovation, intelligence artificielle, mérite… elle veut savoir où va le pays et quelle place on lui réserve. Gouverner sans intégrer cette énergie, sans lui offrir de perspectives concrètes, c’est préparer un décrochage politique et social durable.

Sur le plan international enfin, nous avons plaidé pour une lucidité sans naïveté. Maurice évolue dans un monde instable, traversé par des rapports de force assumés. La petite taille n’excuse ni l’improvisation ni la dépendance. Elle impose au contraire la cohérence, la transparence et une défense ferme de nos intérêts et de notre souveraineté.

Un pays ne meurt pas d’un grand effondrement, mais d’une longue habitude à différer. L’inaction, ou l’action sans vision, est toujours plus coûteuse que le courage du choix. Méritocratie réelle, réforme de l’État, décentralisation du pouvoir, clarté économique, écoute sociale, voilà les chantiers qui décideront de la suite.

2025 n’aura pas été l’année du basculement. Elle aura été celle de l’avertissement. L’Alliance du Changement peut encore se ressaisir. Mais elle ne le fera qu’en acceptant une vérité simple : le pouvoir ne se consolide pas par la discipline imposée, mais par la cohérence assumée ; pas par le silence, mais par l’explication ; pas par l’attentisme, mais par le courage politique.

C’est à ce prix seulement que Maurice pourra changer pour le mieux. Vivement 2026 et un vrai changement…

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