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Fin de la gratuité
Le préscolaire oscille entre inquiétude et mobilisation
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Fin de la gratuité
Le préscolaire oscille entre inquiétude et mobilisation
L’éducation des tout-petits, longtemps considérée comme une priorité nationale, traverse aujourd’hui une zone de turbulences. La fin annoncée du Free Pre-Primary Education Scheme, mesure phare du gouvernement sortant visant à garantir un accès gratuit à l’éducation pour les enfants de trois à cinq ans, suscite une vague d’inquiétude et de colère. Nous t’en disons davantage.
À partir de janvier 2026, les écoles privées ne bénéficieront plus du remboursement complet de leurs coûts de fonctionnement, qui leur étaient offerts sous le Free PrePrimary Education Scheme. À la place, l’État leur versera une subvention fixe de Rs 2 750 par enfant, la différence étant à la charge des parents.
Ce changement, annoncé lors du dernier Budget, vient mettre un terme à une expérience de gratuité démarrée en janvier 2024 sous l’impulsion de l’ancien Premier ministre. L’objectif déclaré était de favoriser l’égalité des chances dès la petite enfance, en soutenant financièrement les écoles privées partenaires. Environ 19 600 enfants et 652 écoles avaient rejoint le programme, offrant un cadre éducatif plus stable et accessible à tous. Mais moins de deux ans après sa mise en œuvre, le dispositif est revu par le nouveau gouvernement. Pour beaucoup d’éducatrices et de parents, c’est un retour en arrière.
«Nous, on devient quoi ?» se demandent de nombreuses éducatrices des écoles préscolaires. Pour elles, c’est la consternation. Une éducatrice raconte qu’elles ont été «prises au dépourvu. Pourtant, on nous avait promis une stabilité, un salaire garanti, un vrai soutien de l’État.» Les éducatrices se disent surtout frustrées par le manque de communication des autorités. Beaucoup de responsables d’écoles affirment l’avoir appris uniquement par les médias. «Avec ces nouvelles mesures, beaucoup d’écoles risquent de fermer», soulignent quelques unes. Dans le sillage de ces annonces, les émotions se mêlent : peur du chômage, colère contre une décision jugée injuste, mais aussi détermination à se faire entendre.
◗ Ce qui change avec la réforme
Dès janvier 2026, le système actuel sera remplacé par une allocation mensuelle unique de Rs 2 750 par enfant, destinée aux écoles privées. Si, par exemple, une école facture chaque élève Rs 5 000 par mois, les parents devront payer la différence de Rs 2 250. Les 42 unités publiques rattachées à des écoles primaires, conseils de district ou municipalités continueront, elles, à offrir la gratuité totale. Mais pour de nombreux parents, cette réforme sonne comme une injustice. «Il y a très peu d’écoles publiques. Que va-t-on faire si on ne peut pas payer le privé ?» s’interrogent bon nombre de parents.
◗ Les syndicats montent au créneau
La Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) a rapidement pris la tête de la contestation. Le 17 octobre, plus de 300 éducatrices et directrices d’écoles se sont réunies à Rose-Hill pour exprimer leur colère. «Avec Rs 2 750 par enfant, une école de dix élèves ne reçoit que Rs 27 500. Un seul salaire coûte Rs 20 000. On est dans une impasse», souligne la CTSP.
Selon Jane Ragoo, cette réforme pourrait mettre en danger plusieurs centaines d’emplois et exclure les enfants de familles modestes d’une éducation de qualité.
Une lettre a été envoyée au Premier ministre pour demander une rencontre urgente. En l’absence de réponse, la CTSP prévoit une manifestation à Port-Louis, le 8 novembre. «Nous ne voulons pas affronter le gouvernement mais dialoguer. L’éducation préprimaire, c’est la base de tout. Il faut la protéger», plaide la syndicaliste.
◗ Un fardeau pour les familles
Pour Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, cette réforme représente «un recul social». Il rappelle que l’ancien gouvernement avait déjà réduit les salaires des enseignants en 2020, avant de les réajuster sous la pression syndicale. «On nous dit que c’est pour réduire les dépenses publiques mais à quel prix ? Si on doit payer pour envoyer un enfant de trois ans à l’école, alors l’égalité des chances n’existe plus», déplore-t-il. Il souligne que la subvention de Rs 2 750 ne couvre pas les besoins réels d’une école. «Une école moyenne compte une trentaine d’enfants. Avec six employés, les salaires seuls atteignent Rs 120 000 par mois. Sans aide de l’État, c’est intenable.»
◗ Vers un dialogue… ou un bras de fer ?
Face à la montée de la contestation, le ministère de l’Éducation a décidé de temporiser. Une réunion avec les gestionnaires d’écoles et les syndicats est prévue dans les semaines à venir. Des techniciens travaillent sur un rapport pour évaluer les impacts financiers de la réforme et proposer des ajustements. Le ministre de l’Education, Mahend Gungapersad aurait reconnu, en Conseil des ministres, que la situation mérite une attention particulière. Le gouvernement affirme vouloir trouver une solution équilibrée mais les éducatrices, elles, réclament des garanties écrites.
◗ Et les enfants dans tout cela ?
Au-delà des chiffres et des débats politiques, c’est l’avenir de 26 000 enfants, qui est en jeu. L’éducation préscolaire est souvent leur première expérience d’apprentissage, celle qui pose les bases de leur curiosité et de leur confiance. Le gouvernement tente de rassurer, promettant que personne ne sera laissé de côté. Mais sur le terrain, l’incertitude domine. Entre crainte de licenciements, hausse des frais pour les parents et silence des autorités, le climat reste tendu.
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