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Réforme électorale

Le «Litmus Test» du pouvoir

11 janvier 2026, 04:30

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La réforme électorale revient à chaque cycle, chargée de promesses et lestée de prudences. En ce début 2026, elle devient un test de solidité pour l’alliance au pouvoir – et un thermomètre de sincérité pour le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et ses partenaires.

Trois textes récents, très différents dans leurs approches, convergent sur un point : on ne peut plus continuer comme avant. L’académicien Rajen Vurdien pose le diagnostic structurel : des circonscriptions inégales, un Parlement qui surreprésente certains électeurs et sous-représente d’autres, une ingénierie électorale qui pousse les partis à sélectionner des candidats selon l’ethnie, la langue ou la caste dominantes. Le résultat est connu : une démocratie qui fonctionne, mais pas à égalité de voix. Le correctif du Best Loser System (BLS), conçu pour un autre temps, n’a pas corrigé l’essentiel : il a figé des catégories, nourri des malentendus identitaires et servi d’alibi à l’inaction.

Le second texte – plus politique – rappelle une évidence trop souvent évitée : une Constitution ne se rénove pas par morceaux. Lancer une révision constitutionnelle sans y inclure pleinement le système électoral relève de la dissonance institutionnelle, explique Neel Purmah, légiste. L’électoral n’est pas un gadget politique ; c’est le mécanisme par lequel la souveraineté s’exprime. Toucher à l’un sans l’autre, c’est risquer une réforme bancale. L’appel à élargir le mandat de la Commission de révision constitutionnelle, à l’ancrer dans la participation citoyenne et à y inclure des sujets jusqu’ici tabous (financement politique, stabilité des coalitions, régulation numérique) est, à ce stade, le minimum démocratique.

Le troisième texte, plus juridique, signé Mᵉ Vimalen Reddi (sur lexpress.mu) invite à la prudence. Il rappelle une règle oubliée dans l’excitation réformatrice : identifier le vrai «mischief» avant de prescrire le remède. Oui, le First Past The Post produit des majorités écrasantes avec des minorités de voix. Mais ce défaut est-il, en soi, un péril constitutionnel ? L’expérience mauricienne montre que ce risque a été jusqu’ici contenu par des contre-pouvoirs : tribunaux, Directeur des poursuites publiques, référendums constitutionnels, Privy Council. Le danger n’est donc pas seulement électoral ; il est culturel et institutionnel. Une proportionnelle mal pensée peut corriger une injustice arithmétique tout en ouvrant une autre boîte de Pandore : fragmentation, marchandage permanent, ou communautarisation accrue.

C’est ici que le débat politique doit cesser d’être frileux. Deux options circulent. La première : abolir le BLS et introduire une dose de proportionnelle nationale. C’est la voie de la modernisation assumée, à condition de poser des garde-fous clairs : seuil raisonnable, transparence totale des calculs, listes paritaires, mécanisme anti-surreprésentation. La seconde : conserver le BLS «pour une dernière fois», y ajouter une proportionnelle et permettre aux candidats de ne pas déclarer leur communauté. Cette option est politiquement confortable mais intellectuellement incohérente : on ne peut à la fois maintenir un correctif communautaire fondé sur un recensement de 1972 et prétendre sortir de l’assignation identitaire.

Mais le cœur du problème est ailleurs. Ajouter vingt sièges ne rendra pas la démocratie plus mature si les causes profondes ne sont pas traitées. Sans loi sur le financement politique digne de ce nom – plafonds actualisés, audits indépendants, publication en temps réel des dons –, la proportionnelle deviendra un instrument d’ingénierie au service des mêmes réseaux. Sans règles anti-transfuges et sans transparence des accords de coalition, elle renforcera le cynisme. Sans autorités électorales réellement indépendantes et outillées, elle restera un exercice mathématique déconnecté de la confiance citoyenne.

La réforme électorale sera donc le litmus test du gouvernement Ramgoolam. Non pas sur sa capacité à produire un texte, mais sur sa volonté de trancher. Trancher entre mémoire et immobilisme. Trancher entre diversité reconnue et identités essentialisées. Trancher, enfin, entre une démocratie qui grossit en apparence et une démocratie qui grandit en maturité.

On nous dira que le contexte est délicat, que l’équilibre entre partenaires est fragile. Justement. Les grandes réformes ne se font jamais en terrain confortable. Elles se font quand le pouvoir accepte de perdre un peu de contrôle pour gagner en légitimité. L’histoire nous a légué Banwell, Stonehouse, Sachs. À cette génération d’écrire la suite – sans fétichiser 1972 ni bricoler 2026. Car, en démocratie comme ailleurs, grossir n’est pas grandir.

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Les principaux rapports

• Rapport Banwell (1966) – Commission britannique sur les déséquilibres électoraux ;

• Rapport Stonehouse (1965–1966) – Correctif communautaire après la Conférence de Londres ;

• Rapport Sachs (2002) – Propositions de réforme et de proportionnelle ;

• Sachs Review Committee (2004–2005) – Ajustements locaux aux recommandations Sachs ;

• Rapport Carcassonne (2011) – Analyse constitutionnelle comparative ;

• Rapport Collendavelloo (2014) – Projet de réforme électorale ;

• Livre blanc du gouvernement (2018) – Sous le gouvernement Jugnauth ;

• Soumissions de Rezistans ek Alternativ (2005–2023) – Juridictions locales, Privy Council, ONU ;

• Analyses de Rama Sithanen – publiées dans l’express.

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