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Chagos

Le gouvernement finalise le plan du retour

5 novembre 2025, 05:00

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Le gouvernement finalise le plan du retour

Le voyage officiel aux Chagos aura lieu au début de 2026.

Le drapeau mauricien flottera bientôt sur les îles Chagos. Le voyage officiel, initialement prévu pour novembre, a été reporté au début de l’année prochaine. L’annonce, faite le lundi 3 novembre lors de la cérémonie commémorative de l’expulsion des Chagossiens, à Port-Louis, a marqué une nouvelle étape dans la longue quête de justice d’un peuple déraciné. Devant le monument Chagos, au Quay C, les mots du Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, et du Premier ministre, Navin Ramgoolam, ont résonné comme une promesse : celle du retour.

«Nous devions nous rendre aux Chagos avant la fin de l’année, mais nous rencontrons certaines difficultés», a reconnu Paul Bérenger. Le déplacement officiel, qui devait marquer la réinstallation progressive des Chagossiens sur leur terre natale, aura finalement lieu en 2026. Le Premier ministre adjoint a précisé que des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires, notamment l’Inde, qui a proposé son appui logistique et maritime. «Premie minis, premie minis adzwin, minis, nou pa kapav pran bato al laba pou al fer letour sa. Nou pou pran avion. Bann Sagosien ek Sagosienn pou pran bato, nou pou al zwenn laba», a-t-il lancé.

Ce voyage, selon lui, ne se limitera pas à une simple cérémonie de lever du drapeau mauricien : il symbolisera aussi la première étape d’un plan concret de réinstallation, longtemps attendu. Un avion et un bateau seront mis à la disposition de la délégation, composée de membres du gouvernement et de représentants de la communauté chagossienne. L’objectif est clair : renouer avec la terre, la mer et la mémoire. «Il est important de se souvenir de la souffrance inhumaine infligée par les Anglais à l’encontre des Chagossiens», a-til rappelé. Devant une foule émue, il a dénoncé le colonialisme britannique et les injustices subies, évoquant l’état d’urgence imposé en 1971. «Chaque année, vous venez ici, au monument Chagos, avec dignité et calme. C’est un exemple pour nous tous.»

Le Premier ministre adjoint a salué le travail d’Olivier Bancoult et de son équipe, qu’il a qualifiés de «formidables», tout en annonçant la création d’un deuxième trust fund exclusivement géré par les Chagossiens eux-mêmes. Ce fonds, alimenté par £ 40 millions provenant de l’accord signé avec Londres, sera consacré à des projets éducatifs, sociaux et culturels en faveur de la communauté.

La cérémonie du 3 novembre revêt une portée symbolique forte. Depuis 2010, cette date a été décrétée jour spécial de commémoration du déracinement des Chagossiens. Navin Ramgoolam, aux côtés de Paul Bérenger, a parlé d’«une cicatrice dans notre histoire». Il a salué la persévérance de la communauté chagossienne et félicité son leader : «Je rends hommage à Olivier Bancoult pour sa dignité et sa détermination.» Navin Ramgoolam a également rappelé la portée historique de la signature du 22 mai 2025, date à laquelle le Royaume-Uni a reconnu la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos : «Ce jour-là, la justice a commencé à réparer l’injustice.»

Concernant le Chagossian Welfare Fund, il a souligné que des bourses d’études seront désormais offertes aux jeunes Chagossiens et qu’une Marine Protected Area sera créée pour préserver l’écosystème fragile de l’archipel. Il a aussi évoqué la possibilité de visiter Diego Garcia, en plus de Peros Banhos et de Salomon. Enfin, il a dénoncé les «mensonges» publiés dans une partie de la presse britannique. «Certains journaux disent que les Chagossiens sont maltraités à Maurice. Ce sont des faussetés», a-t-il martelé. Navin Ramgoolam a tenu à rappeler que seul l’État mauricien, en tant qu’autorité souveraine, est habilité à émettre pièces de monnaie et des timbres pour l’archipel des Chagos.

«Aujourd’hui, ce n’est pas un jour de célébration mais de commémoration», a déclaré Olivier Bancoult, représentant du Chagos Refugees Group. Il a rendu hommage aux familles déracinées, saluant la force des femmes chagossiennes : «San zot nou pa ti pou ariv kot nou finn arive zordi.» Olivier Bancoult a rappelé que les Chagossiens jouissent des mêmes droits que les Mauriciens et a exprimé sa reconnaissance envers ceux qui ont soutenu leur combat : «Navin Ramgoolam, Paul Bérenger, feu sir Anerood Jugnauth – tous ont contribué à notre cause.»


Une étude internationale sur la valeur écologique

Une étude menée par les universités d’Exeter et d’HeriotWatt, en collaboration avec la Zoological Society of London et financée par la Bertarelli Foundation, a mis en lumière l’importance de la CAMPA pour la biodiversité mondiale. Les chercheurs ont suivi des tortues imbriquées, des raies manta et plusieurs espèces d’oiseaux marins (fous à pieds rouges, fous bruns et puffins à queue en coin). Résultat : 95 % des trajectoires de ces animaux se situent à l’intérieur des 640 000 km² de la réserve, preuve que sa taille permet une protection efficace de la faune pélagique. «Les très grandes aires marines protégées sont essentielles pour atteindre l’objectif international de 30 % d’océans protégés d’ici 2030», explique la Dr Alice Trevail, de l’université d’Exeter. «Nos résultats démontrent la valeur des Chagos pour la protection des espèces marines migratrices.» La Dr Ruth Dunn, chercheuse et co-auteure de l’étude, a ajouté : «Les oiseaux marins jouent un rôle vital : leur guano fertilise les récifs coralliens. Le maintien de cette chaîne écologique dépend de la conservation intégrale de leur habitat.» Les simulations menées sur une zone hypothétique réduite à 100 000 km² ont montré que si les tortues et les raies seraient encore largement protégées (97 % et 94 % de leurs déplacements dans la zone) et que les oiseaux marins n’y seraient protégés qu’à 59 %, en raison de leurs vastes zones de vol. Le président de la Bertarelli Foundation, Ernesto Bertarelli, a salué cette recherche : «Ces découvertes montrent comment des zones marines de très grande taille peuvent protéger durablement les espèces les plus vulnérables.» Avec le transfert de souveraineté désormais acquis, ces conclusions scientifiques prennent une importance politique accrue. Elles orienteront la planification écologique de la future réinstallation et de la gestion durable de la CAMPA.


Un sanctuaire océanique sous souveraineté mauricienne

Le «Prime Minister’s Office» a confirmé la mise en place d’une «Chagos Archipelago Marine Protected Area» (CAMPA), une zone maritime protégée de 645 835 km². Ce projet, fondé sur les catégories de l’Union internationale pour la conservation de la nature, vise à concilier la protection des écosystèmes et la réinstallation durable des Chagossiens. La CAMPA comprendra : une zone de conservation stricte de 23 712 km² destinée à préserver la biodiversité du «Great Chagos Bank» et les Chagossiens pourront y effectuer des visites encadrées à des fins culturelles et spirituelles ; une vaste zone de conservation générale couvrant 612 611 km², abritant des monts sous-marins et des espèces marines endémiques, et certaines activités scientifiques et éducatives y seront autorisées, ainsi que la pêche artisanale sous quotas durables ; une zone de protection d’habitat de 2 251 km², ouverte à une pêche de subsistance et à un écotourisme contrôlé ; et une zone traditionnelle de réinstallation de 7 261 km², permettant la reconstruction d’habitats et la relance d’une activité artisanale compatible avec la nature.

Aucune pêche commerciale ne sera autorisée dans l’ensemble de la CAMPA. Ce cadre, selon le gouvernement, «répond aux priorités écologiques tout en permettant la réinstallation durable des membres de la communauté chagossienne».

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