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Relations Maurice–Seychelles
Le franc-parler de Wavel Ramkalawan secoue les cocotiers
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Relations Maurice–Seychelles
Le franc-parler de Wavel Ramkalawan secoue les cocotiers
■ Les critiques du président seychellois Wavel Ramkalawan (à g.) vues sous la loupe de l’historien Jocelyn Chan Low (c) et de l’ancien ministre des Affaires étrangères Nando Bodha.
Le président seychellois, Wavel Ramkalawan, n’a pas mâché ses mots envers la classe politique mauricienne. En effet, lors d’un meeting de Linyon Demokratik Seselwa, le dimanche 31 août, dans le cadre de la campagne présidentielle aux Seychelles, il a déclaré : «Nous n’allons pas faire de fausses promesses uniquement pour que vous votiez pour nous […] Lors des dernières élections générales à Maurice, il y a eu énormément de promesses. Mais aujourd’hui, une à une, ces promesses ne peuvent pas être tenues. Elles ont été faites dans le seul but de remporter les élections.» Ce n’est pas la première fois que le président seychellois s’exprime sans détour à propos de Maurice. Déjà en août 2021, il avait affirmé sur la Seychelles Broadcasting Corporation, que le parlement seychellois est «beaucoup plus civilisé que l’Assemblée nationale de Maurice», après une remarque déplacée du speaker Sooroojdev Phokeer à l’encontre du député Rajesh Bhagwan.
Connu pour son franc-parler, Wavel Ramkalawan connaît bien Maurice, où il a étudié entre 1981 et 1983. Son lien avec le pays, il l’avait lui-même affirmé en 2020 lors d’une visite officielle : «Dan mo disan bizin ena disan morisien. Mo leker bat boukou pou Moris.» Ses récents propos ont toutefois suscité des réactions au sein de la classe politique, aussi bien à Maurice qu’aux Seychelles. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Nando Bodha, est revenu sur l’évolution des relations entre Maurice et les Seychelles : «Elles ont connu des hauts et des bas. En 1983, il y a eu une brouille après la victoire de sir Anerood Jugnauth. Mais dès 1988, j’ai moi-même été porteur d’un message de sir Anerood au président Albert René, ce qui a ouvert la voie à un rapprochement.»
Il a ajouté que ces liens se sont progressivement consolidés, notamment sous les présidences de James Michel puis de Wavel Ramkalawan. Interrogé sur l’état actuel des relations entre Maurice et les Seychelles, Nando Bodha a reconnu : «Il y a eu parfois des déclarations malheureuses en période électorale, qui ont jeté un froid. Mais il faut dépasser ces turbulences. Ce qui compte, ce sont les solidarités de fond : le combat commun pour les Chagos, la défense de nos zones économiques exclusives et la coopération au sein de la Commission de l’océan Indien.» Il a estimé que ces enjeux dépassent les querelles politiques passagères.
Abordant les secteurs de coopération, il a souligné deux axes majeurs. Le premier concerne le tourisme : «Les Seychelles conservent une image de référence mondiale, alors que Maurice donne parfois l’impression de la perdre.» Le second touche à l’économie bleue, qui représente environ 20 % du PIB seychellois. S’agissant des enseignements institutionnels que Maurice pourrait tirer des Seychelles, Nando Bodha a cité en exemple le Constitutional Appointments Committee : «C’est un modèle. Il garantit transparence et crédibilité dans la nomination des responsables clés de l’État.» Enfin, il a réitéré l’importance de renforcer les liens entre les deux peuples : «Nous avons un héritage commun : même langue, même culture créole, une histoire de peuplement semblable. Pourquoi ne pas organiser un Festival Kreol commun, à dimension internationale, qui deviendrait une vitrine de notre identité partagée ?» Selon lui, il faut également multiplier les échanges au plus haut niveau — entre le président et le Premier ministre.
Jocelyn Chan Low, historien et politologue, a rappelé que les Seychelles faisaient initialement partie du territoire mauricien. Il a expliqué que, dans le cadre d’un regroupement des partis progressistes, l’idée d’un ensemble indianocéanique avait été créée, laquelle est ensuite devenue la Commission de l’océan Indien. Concernant les déclarations du président seychellois, il a précisé : «Lorsqu’il a parlé de ce qui s’est passé au Parlement sous l’ancien régime, certains étaient contents. Aujourd’hui, lorsqu’il évoque les promesses non tenues sous le régime actuel, d’autres sont mécontents. On ne peut pas dire qu’il n’a critiqué qu’un seul côté : il a critiqué les deux.» Il a ajouté que ces critiques devaient être acceptées et qu’elles ont surtout démontré que les Seychellois étaient conscients de la situation à Maurice :«N’oublions pas que nous parlons ici de démocratie au niveau régional. Si nous voulons créer l’Indian Ocean Man, il faut pouvoir critiquer ce qui se passe dans la région. C’estcela l’esprit de l’Indianocéanie.»
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