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Colossal Biosciences

Le dodo plus proche que jamais de renaître

18 septembre 2025, 17:00

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Le dodo plus proche que jamais de renaître

■ Photo illustration du dodo.

Colossal Biosciences, l’entreprise de dé-extinction la plus en vue de la planète, a annoncé une série de percées scientifiques et financières historiques, hier. La société a réussi à cultiver des cellules germinales primordiales de pigeon (PGC), une première mondiale, franchissant un obstacle majeur dans son projet de ramener le dodo à la vie. En parallèle, Colossal Biosciences a levé USD 120 millions supplémentaires (environ Rs 5,4 milliards), portant sa valorisation à USD 10,32 milliards.

La nouvelle a créé l’événement : pour la première fois dans l’histoire de la science, des PGC de pigeon ont été cultivées avec succès. Ces cellules sont essentielles car elles se développent en spermatozoïdes et en ovules, et permettent de transmettre des modifications génétiques aux générations futures. Jusqu’ici, la culture de PGC n’était possible que pour les poules et les oies, ce qui limitait considérablement les perspectives de recherche. Désormais, avec cette découverte, la technologie peut être appliquée aux pigeons, en particulier au pigeon de Nicobar, considéré comme le plus proche parent vivant du dodo.

Le groupe Avian Genetics de Colossal Biosciences a annoncé que ses cultures de PGC de pigeon survivent depuis plus de deux mois, avec un taux de doublement de 35 heures. Injectées dans des embryons, elles migrent correctement vers les gonades, confirmant leur comportement fonctionnel. Ce résultat a nécessité de tester plus de 300 combinaisons de facteurs de croissance, petites molécules et métabolites. «Notre équipe aviaire a franchi une barrière scientifique qui résistait depuis 20 ans. C’est la fondation de notre travail sur le dodo», a déclaré Anna Keyte, directrice des espèces aviaires chez Colossal Biosciences.

Express.mu (620 x 330) (17).png ■ Une image de PGC observées au microscope.

En parallèle de cette annonce scientifique, Colossal a confirmé une nouvelle levée de fonds de USD 120 millions, qui vient s’ajouter à sa série C déjà estimée à USD 200 millions. La société a ainsi récolté USD 320 millions lors de ce cycle et un total de USD 555 millions depuis sa création en septembre 2021. Cette injection de capitaux place Colossal à une valorisation impressionnante de USD 10,32 milliards. Ces moyens permettront à l’entreprise de renforcer son infrastructure, d’élargir son équipe de génomique aviaire et de financer en parallèle son projet sur l’oiseau géant, le moa, récemment annoncé. Ben Lamm, Chief Executive Officer et cofondateur de Colossal, souligne : «Ce progrès illustre la façon dont nos investissements en dé-extinction alimentent la découverte et développent des outils pour nos projets de conservation. Après l’engouement autour du moa, ce nouvel apport de capitaux va accélérer nos travaux sur le dodo.»

? Surmonter la barrière des PGC

Ramener une espèce disparue passe par la transformation d’une cellule éditée en organisme vivant. Chez les mammifères, cela se fait par clonage via transfert nucléaire. Mais les oiseaux ne peuvent pas être clonés de cette façon, leurs œufs étant pondus après le début du développement embryonnaire. La seule voie possible est celle des PGC : cultiver, éditer, puis injecter ces cellules germinales dans des embryons pour qu’elles deviennent spermatozoïdes et ovules porteurs des modifications. Ces gamètes permettront de transmettre les gènes modifiés à la génération suivante. Jusqu’à cette annonce, seules les poules et les oies permettaient la culture de PGC. L’ouverture de cette technologie aux pigeons pave désormais la voie à la création des premiers dodos depuis près de 300 ans.

Colossal a également annoncé une autre avancée : l’établissement d’une colonie de poules génétiquement modifiées pour ne pas produire leurs propres cellules germinales. Injectées avec des PGC de Nicobar modifiées, ces poules deviennent des «mères porteuses» capables de pondre des œufs de pigeon… et demain, potentiellement des œufs de dodos. C’est une première dans le domaine : peu de laboratoires dans le monde sont parvenus à produire des poussins dont les gonades contiennent des cellules germinales modifiées. Colossal a réussi cet exploit en moins de six mois après la mise en place de sa colonie aviaire.

Express.mu (620 x 330) (18).png ■ Une poule génétiquement modifiée de Colossal, porteuse des PGC éditées.

Dans ses installations au Texas, Colossal a établi une colonie reproductrice de pigeons de Nicobar, qui pond déjà des œufs. Ces spécimens fournissent les fibroblastes nécessaires aux tests d’édition et les premières PGC de Nicobar, désormais cultivées grâce au nouveau protocole. Avec les autorisations américaines déjà obtenues pour l’importation et l’exportation d’échantillons biologiques, Colossal peut intensifier ses recherches sur ce parent direct du dodo.

? Trois génomes pour un oiseau disparu

Parallèlement à ses percées sur les PGC, Colossal a annoncé la génération de génomes de haute qualité pour trois espèces indispensables au projet dodo : le pigeon à bec de dent (manumea), surnommé le «petit dodo», aujourd’hui en danger critique d’extinction à Samoa ; le solitaire de Rodrigues, cousin éteint du dodo, autrefois endémique de Rodrigues ; et le pigeon de Nicobar, toujours vivant, et dont la qualité génomique obtenue par Colossal est la plus complète jamais réalisée. Ces ressources génétiques permettront d’identifier les caractéristiques propres au dodo et d’orienter les modifications nécessaires à partir du génome du pigeon de Nicobar. «Ces données génomiques nous aideront à comprendre pourquoi ces oiseaux étaient uniques et à prioriser les modifications à apporter pour recréer le dodo», explique Anna Keyte.

Loin de se limiter à la dé-extinction, cette technologie ouvre de nouvelles possibilités de conservation. Pour des espèces comme le pigeon rose de Maurice, qui a subi de graves pertes de diversité génétique, les PGC pourraient restaurer des variations disparues ou créer des lignées résistantes aux maladies. Beth Shapiro, directrice scientifique de Colossal, résume : «Cette découverte représente un outil transformateur pour la conservation aviaire. Elle permet d’imaginer une véritable banque génétique contre les pertes futures.»

Bitmap (3).jpg ■ Anna Keyte, directrice des espèces aviaires chez Colossal.

Si la recherche est menée aux États-Unis, Maurice reste au cœur du projet. Colossal a annoncé la création du Mauritius Dodo Advisory Committee (MDAC), un comité consultatif rassemblant scientifiques, écrivains, dirigeants économiques et acteurs de la conservation mauriciens. Le comité, qui se réunit chaque trimestre, aura pour mission d’accompagner Colossal dans le développement d’un programme de réintroduction et de restauration écologique, mais aussi d’apporter un regard local sur les enjeux culturels et environnementaux liés au retour du dodo. «Ce projet ne se limite pas à la science. C’est aussi un hommage à notre patrimoine unique», a déclaré la Dr Devina Lobine, présidente du comité et chercheuse au Mauritius Institute of Biotechnology.

? Le MDAC

Le MDAC est composé de personnalités issues de divers horizons : la Dr Devina Lobine, chercheuse au Mauritius Institute of Biotechnology et présidente du comité ; le Pr Carl Jones, biologiste de renom du Durrell Wildlife Conservation Trust ; Ananda Devi, écrivaine mauricienne mondialement primée ; Joya Bhandari, consultante en environnement et conseillère en politiques vertes ; Kallyanee Bodha, enseignante en chimie et auteure engagée ; le Dr Dhanjay Jhurry, directeur de l’Uniciti International Education Hub ; Kevin Ramkaloan, le Chief Executive Officer de Business Mauritius ; Mehul Bhatt, stratège chez Savanne Life Sciences ; la Dr Vidushi Neergheen, chercheuse en innovation biopharmaceutique à l’Université de Maurice ; Krishna Pentayah, ingénieur et auteur, impliqué dans la diplomatie scientifique et le climat ; Meiya Gujjalu, étudiante en conservation et cofondatrice de Daring Dodos ; Vikash Rupear, directeur du Musée d’histoire naturelle de Maurice ; et Vikash Tatayah, directeur de la conservation à la Mauritian Wildlife Foundation.

Le MDAC veille à ce que le projet de Colossal s’intègre dans la réalité mauricienne, en tenant compte des besoins des communautés locales, de la biodiversité insulaire et de la mémoire collective autour du dodo.

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