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Le coût du feuilleton politique

17 septembre 2025, 06:45

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La politique n’est pas qu’un théâtre : c’est une ligne de crédit. Et la France vient d’en recevoir la facture. À peine Sébastien Lecornu franchit-il le perron de Matignon que Fitch retire au pays son «double A». Traduction brute : la valse des Premiers ministres, l’incapacité à stabiliser une majorité, la paralysie des réformes – tout cela a un prix. Il se paie en points de base sur les marchés, en marges amputées pour les entreprises, en budgets rabotés pour les hôpitaux. La démocratie fragmentée coûte – et l’économie trinque.

Le constat est cru : une dette à 114 % du Produit intérieur brut (PIB), 3 346 milliards d’euros fin mars, des intérêts qui dévorent le budget, un déficit qui peine à redescendre vers 5,4 % malgré les promesses. Au lieu de donner à l’investissement une boussole, l’instabilité offre au pays une météo capricieuse : un jour on supprime des jours fériés, le lendemain on recule ; on annonce des économies ici, on temporise là ; on convoque les syndicats à Matignon tout en enterrant des chantiers clés. Résultat : la planification énergétique est en panne, la loi de programmation de la santé s’éternise et le Parlement attend un gouvernement «de plein exercice» pour simplement reprendre la navette.

Les marchés n’aiment ni l’improvisation ni la dramaturgie. Ils lisent les signaux. Or quels signaux envoient des remaniements répétés, des budgets «esquissés» puis reniés, des compromis introuvables ? Un pays qui négocie avec lui-même pendant que les autres exécutent. Pendant que l’Allemagne garde son AAA et que les Pays-Bas déroulent leur feuille de route, Paris discute de tout et décide de peu. La sanction de Fitch n’est pas une lubie : c’est un diagnostic sur la capacité du système politique à tenir une trajectoire budgétaire crédible. Aujourd’hui, il ne la tient pas.

Lecornu pense connaître la mécanique du pouvoir, il sait qu’il doit parler aux syndicats comme aux patrons. Philippe Gustin, son directeur de cabinet «cash», sait cadrer l’appareil. Mais sans majorité stable, l’art du cabinet ne remplacera pas la géométrie variable de l’Assemblée. La démocratie sociale ne se décrète pas à coups de rendez-vous ; elle se reconstruit par des priorités claires, chiffrées, tenables. Trois caps fixeraient l’horizon : une trajectoire pluriannuelle de dépenses crédible, adossée à des réformes acceptables et non punitives ; une sélection assumée des investissements d’avenir – énergie, santé, industrie – protégés des zigzags politiques ; et une méthode : co-construction parlementaire par blocs, avec un calendrier sanctuarisé, pour sortir des psychodrames.

Car le risque n’est pas seulement financier, il est réel. Chaque dixième de point de taux en plus, c’est un choix en moins : une école reportée, une ligne ferroviaire abandonnée, une clinique qui ferme. Le pays se découvre «mauvais élève» non parce qu’il est pauvre, mais parce qu’il est indécis. La souveraineté budgétaire n’est pas un slogan ; elle se prouve par la continuité. Les investisseurs tolèrent la rigueur, pas l’inconstance.

La leçon vaut au-delà de Paris, jusque sur nos côtes : aucune économie ne prospère durablement quand la politique se rêve en feuilleton. Il faut d’urgence refermer la parenthèse des postures, réinstaller le temps long et redonner à la décision publique sa vertu cardinale : la prévisibilité. Nos pays n’ont guère besoin d’un «acte» gouvernemental ; ils ont besoin d’un cap et d’un contrat, au-delà des acteurs.

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