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Mauricien de l’année 2023

Le choix de Rashid Ahmine applaudi

25 décembre 2023, 17:00

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Le choix de Rashid Ahmine applaudi

Presque tous ceux que nous avons interrogés hier approuvent le choix de «l’express» d’accorder le titre de Mauricien de l’année 2023 au Directeur des poursuites publiques (DPP). D’autant que son véritable combat commence en 2024 avec la Financial Crimes Commission (FCC)...

C’est l’homme qui fait l’institution, pas le contraire. Me Rashid Ahmine est de ceux qui ont su le faire, selon un avocat que nous avons interrogé, en préservant son indépendance vis-àvis du tout puissant exécutif. Me Rama Valayden est d’avis que cet honneur revient également à tous les légistes du bureau du DPP. Cela, même s’il reconnaît que c’est Me Ahmine qui a su, tout comme son prédécesseur, donner cette impulsion et indépendance d’esprit à toute son équipe. Rama Valayden rappelle d’ailleurs que c’était lorsqu’il était Attorney General qu’il avait renforcé l’indépendance du bureau du DPP en le séparant administrativement de celui de l’Attorney General. &«Malheureusement, après 2015, le nouveau gouvernement a remis le bureau du DPP sous la coupole administrative de l’Attorney General.»* À noter, que cette démarche est actuellement contestée par le DPP devant la Cour suprême.

Et pourquoi pas de «Senior Counsel» ?

Pour Me Sanjay Bhuckory, Senior Counsel (SC), Me Rashid Ahmine mérite amplement le titre de Mauricien de l’année. «Il est grand temps aussi de songer à le nommer Senior Counsel.» Me Rama Valayden est d’accord bien que, personnellement, le titre de Senior Counsel n’est pas tellement important dans une République. «Mais si l’on nomme les autres, pourquoi pas Rashid Ahmine ?» Il rappelle aussi comment le bureau du DPP s’est montré déterminé face aux pressions de la police dans l’affaire Akil Bissessur qu’il a défendue. «Il est donc juste que ceux qui se dressent contre l’injustice soient reconnus. Ce titre de Mauricien de l’année 2023, nous le sentons comme une récompense pour nous aussi avocats qui avons défendu des opposants, inculpés injustement.» Il se souvient comment le bureau du DPP est intervenu non seulement pour le libérer, lui, Valayden, mais aussi pour rappeler à la police le code de conduite à adopter lors d’accusations provisoires. Il est d’avis toutefois que la vraie bataille pour le DPP commence en janvier 2024 face à la FCC. «Nous devons lui accorder tout notre soutien car il y va de la liberté de tous, pas seulement du sort du DPP.»

Pour le Senior Counsel respecté, Me Antoine Domingue, Me Ahmine mérite ce titre de Mauricien de l’année. Tout en ajoutant : «Je sais aussi qu’il est conscient des responsabilités énormes qui vont avec ce titre.» Quant au prédécesseur de Me Ahmine, le Senior Counsel Satyajit Boolell, il félicite l’express pour ce choix. «Au-delà de la personne, je sais que l’express vise plus haut : la défense de la démocratie et des droits de tout un chacun qui sont menacés en ce moment. Je sais aussi que l’express est conscient que le risque de crimes financiers tels que la fraude et la corruption, avec des contrats généreusement alloués ici et là, est bien présent. En accordant le titre de Mauricien de l’année à Rashid Ahmine, l’express veut ainsi défendre le symbole de la lutte contre tous ces maux.» Pour Me Boolell qui connaît bien Rashid Ahmine, celui-ci est quelqu’un d’honnête et d’intègre. «Il a toujours fait son travail en satisfaisant les niveaux d’exigence les plus élevés au bureau du DPP.»

L’activiste et politicien Bruneau Laurette, arrêté le 4 novembre 2022, aura été celui dont le sort allait dépendre de la détermination du bureau du DPP. «Je dis un grand bravo à l’express pour ce titre accordé à Me Ahmine. Il faut le protéger car il représente le dernier rempart contre la dictature (...) Il y a deux traitements différents accordés aux suspects par la police et l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), dépendant de leur appartenance au gouvernement ou à l’opposition.»

L’activiste nous rappelle les affaires Angus Road, Franklin, Kistnen Papers et autres Pack and Blister. «Avec la Financial Crimes Commission, ces dossiers seront rangés à jamais.» Bruneau Laurette nous confirme par la même occasion que depuis sa libération conditionnelle par la magistrate Jade Ngan Chai King et la non-contestation de cette décision par le DPP, la police ne l’a jamais interrogé. «Je me demande si l’enquête est toujours en cours. Ni la police ni l’ICAC ne m’ont interrogé non plus sur les trafiquants de drogue que j’ai dénoncés. Pour moi, c’est parce que certains hauts gradés de la police sont personnellement impliqués dans ces trafics de la mort avec l’aide d’indics.»

«Il nous fait une révélation : ‘ti Kavi’, qui était le commanditaire de la drogue saisie à Cascavelle par l’ADSU, a déjà quitté le pays, tout comme Vicky Juliette l’avait fait, nous dit-il. «Et Percy Tuyau ? Pourquoi n’entend-t-on plus parler de son ‘case’ ?» Alors que l’on s’acharne sur des innocents mais opposants du régime.»

Les autres réactions

Narendranath Gopee (président de la Fédération des syndicats du service civil) : «Un très bon choix. C’est un homme intègre et juste, qui se bat seul contre les dérives de la police et du diktat du régime. C’est très bien qu’il ait le soutien de la presse et par ricochet, des démocrates.»

Xavier-Luc Duval (leader du l’opposition): «C’est un excellent choix. Il faut bien qu’il soit encouragé, non pas seulement par la presse mais par toute la population. Je le félicite et tout son personnel également. Déjà, il y a eu des transferts d’employés du bureau du DPP vers d’autres départements. On doit aussi le soutenir pour contester la constitutionnalité de cette loi qu’est la Financial Crimes Commission Act.»

Paul Bérenger (leader du MMM) : «C’est le meilleur choix que l’express ait pu faire. Ce n’est pas un commentaire de parti pris et de partisanerie. C’est un homme courageux, intègre et honnête qui mérite bien ce titre.»

Nando Bodha (leader du RM) : «Ce titre honore l’institution qui est au centre de l’équilibre de notre système démocratique.»

Deepak Benydin (président de la Fédération des syndicats des corps constitués) : «C’est une reconnaissance pour le bon travail qu’il accomplit. Je suis d’accord qu’il a été nommé Mauricien de l’année, surtout qu’il est un homme impartial et que nous devons avoir ce genre de personnes au sein de la justice.»

Haniff Peerun (président du MLC et de All Workers Federation) : «Un choix justifié. Un homme qui se fait le porte-parole des Mauriciens. Il occupe un poste constitutionnel et il fait honneur à ce poste. Il ne se laisse pas intimider par la police et des personnes haut placées. C’est encourageant de récompenser de telles personnes et l’express, comme un contre-pouvoir, a bien fait de lui décerner ce titre. Que d’autres personnes qui occupent des postes importants emboîtent le pas au DPP qui fait son travail sans peur, sans pression et avec une certaine justice.»

Arvin Boolell (chef de file du Parti travailliste au Parlement) : «C’est un choix que je respecte. Je souhaite que le DPP se lance maintenant dans la contestation de cette loi scélérate qu’est la FCC et je lui souhaite bon courage.»

Dr Michael Atchia (Democracy Watch) : «S’il y avait le diable de l’année, je l’aurais décerné à ceux qui font la guerre : Poutine,Le Hamas et Netanyahu. Homme de l’année ? Un très bon choix de l’express pour son courage (Rashid Ahmine) de faire son travail selon la Constitution et sans magouille. Car il y a trop de personnes qui n’hésitent pas, comme on dit, à magouiller pour leurs profits.»

Vikash Nuckcheddy (PPS) : «Je n’accorde pas trop d’importance à ces récompenses sur le plan national. Je préfère accorder plus de considération au couronnement du ministre Renganaden Padayachy, nommé meilleur ministre des Finances de l’Afrique, et à Kailesh Jagutpal, récemment nommé African Public Healthcare Leader of the Year, accordées par des institutions internationales.»

Faizal Jeerooburkhan ( Think Mauritius) : «Rashid Ahmine est un défenseur déterminé de la démocratie, de la justice, de l’État de droit et de la séparation des pouvoirs. Il est un modèle de professionnalisme, de patriotisme, de rigueur et d’éthique personnelle. C’est une personne intègre, indépendante, sans crainte, ni faveur qui a résisté aux pressions venant du commissaire de police, soutenu par l’exécutif. En son absence, il y aurait eu des innocents en prison en ce moment tandis que des personnes coupables de blanchiment d’argent et d’autres crimes sont en liberté et même graciées par le président de la République. Malheureusement la FCC vient de le mettre hors-jeu pour les crimes financiers et le trafic de la drogue. Mais je sais que, fidèle à son image de ‘fighter’, il saura contester la FCC.»