Publicité
Questions au… Dr Vishal Boolell
«Le cancer de l’utérus augmente de façon exponentielle en Australie»
Par
Partager cet article
Questions au… Dr Vishal Boolell
«Le cancer de l’utérus augmente de façon exponentielle en Australie»
Dr Vishal Boolell , oncologue-cancérologue à Melbourne
? C’est un cancer directement lié à l’obésité
Comme partout ailleurs dans le monde, le cancer est en hausse en Australie et affecte de plus en plus de trentenaires. Celui de l’utérus augmente de façon exponentielle et est directement lié à l’obésité. C’est le constat du Dr Vishal Boolell, oncologue-cancérologue mauricien, établi en Australie et numéro2 du département d’oncologiecancérologie à l’hôpital Melbourne Northern Health. Il évoque les réalités du cancer dans son pays d’adoption et démonte entre autres le mythe de l’impact curatif de l’Ivermectine et du Fenbendazole sur le cancer.
Le cancer augmente-t-il en Australie ?
Oui, il est de plus en plus courant et ce sont surtout des cancers invasifs. Cette maladie affecte un Australien octogénaire sur deux et un sexagénaire sur trois. Le cancer numéro 1 chez les hommes est celui de la prostate, suivi du cancer colorectal et du cancer des poumons alors que chez la femme, le cancer numéro 1 est celui du sein, talonné par le cancer colorectal. En troisième position, c’est le cancer de l’utérus, que l’on voit augmenter de façon exponentielle. Le plus gros facteur de risque du cancer de l’utérus est l’obésité, mal qui est, comme à Maurice, on the rise en Australie.
Quel est le lien entre le cancer et l’obésité ?
Le cancer de l’utérus est stimulé par un excès d’œstrogènes et l’excès de graisse caractérisant l’obésité fait augmenter l’œstrogène.
Quelle est la part de la génétique dans les cancers ?
Dans le cancer du sein, c’est à peu près de 10%, dans celui de l’ovaire, de 20%. Le cancer des poumons est surtout lié au style de vie. Dans le cancer de la prostate, la génétique compte pour 4%. Ce que l’on note, c’est que les cancers génétiques sont plus virulents et les traitements pour ces types de cancer diffèrent de ceux liés au style de vie.
Comment différencie-t-on un cancer génétique d’un cancer lié au mode de vie ?
On l’identifie à travers les antécédents familiaux et par un test sanguin où l’on recherche une quinzaine de gènes marqueurs. Pour le sein, par exemple, ce sont les gènes BRCA1 et BRCA2. Dans le passé, ce test sanguin n’était offert gratuitement qu’aux personnes ayant 10% de risque de développer un cancer et aussi en fonction de leurs antécédents familiaux, du type de cancer et de leur âge. Depuis le début de 2025 en Australie, toutes les personnes qui souffrent d’un cancer du sein, femmes comme hommes, se voient rembourser le coût de ce test sanguin, qui est de 800 dollars australiens, soit environ Rs 24 000.
À part l’obésité, quels sont les autres facteurs de risque connus et prouvés des cancers ?
Le style de vie a sa contribution dans le cancer mais aussi le diabète, qui augmente le taux d’inflammation dans le corps. Pour le cancer des poumons, c’est certes la cigarette qui est en cause mais dans certains de ces cancers, il y a aussi la pollution de l’air qui entre en jeu.
Avez-vous noté un rajeunissement chez les malades du cancer ?
Oui, les malades sont de plus en plus jeunes, surtout dans le cas du cancer colorectal et de celui du sein. Lorsque j’ai commencé à pratiquer comme spécialiste en 2015, les personnes souffrant de ces deux types de cancers étaient des quinquagénaires et je n’avais qu’un ou deux cas de patients trentenaires. Aujourd’hui, pour ces deux cancers, je reçois deux à trois malades trentenaires par mois. Est-ce dû à l’alimentation, aux produits plastiques, à la pollution atmosphérique ou à un cumul de ces trois éléments, on ne le sait toujours pas de façon certaine.
Quand j’étais encore étudiant en médecine, je pouvais être sûr que le cancer d’un trentenaire serait plus agressif et résistant aux traitements. Aujourd’hui, ce n’est plus vrai. Mais de nos jours, un trentenaire ayant souffert d’un cancer qui a été guéri, court un risque plus élevé de développer un autre cancer plus tard. La toxicité du traitement a aussi son mot à dire car les traitements ont un impact sur la santé et en particulier sur celle cardiovasculaire. We still do not understand all the risk factors et nous n’avons pas toutes les réponses pour la partie génétique.
De quels nouveaux traitements disposez-vous en Australie ?
La chimiothérapie est toujours utilisée mais elle ne tue pas seulement les cellules cancéreuses, mais aussi des cellules saines. Nous avons à notre disposition des thérapies de précision comme la thérapie ciblée (targeted therapy), l’immunothérapie et les anticorps conjugués (antibody-drug conjugates).
On fait appel à la thérapie ciblée dans des circonstances spécifiques. Certaines cellules cancéreuses développent des voies (pathways) pour continuer à se multiplier et atteindre d’autres organes. Lorsque ces pathways sont identifiées, différents types de médicaments sont injectés au patient en intraveineuse, bloquant ces voies et tuant les cellules cancéreuses. En théorie, la thérapie ciblée est plus efficace que la chimiothérapie. Souvent, des cellules cancéreuses créent une sorte de bouclier autour d’elles, empêchant le système immunitaire de les attaquer et de les tuer. L’immunothérapie que nous utilisons dans certains cas enlève ce bouclier et laisse le système immunitaire faire son travail et détruire les cellules cancéreuses.
Il y a des cancers qui sont plus réactifs que d’autres à l’immunothérapie. Pour ceux qui le sont moins, on doit alors combiner la thérapie ciblée et la chimiothérapie. Il arrive souvent aussi que nous devions utiliser différentes combinaisons thérapeutiques car elles ont plus d’impact sur la maladie et sur le malade. En sus de mon travail, je mène en parallèle des essais cliniques de phases 2 et 3 pour voir quels médicaments sont plus efficaces sur une petite population. À charge pour les compagnies pharmaceutiques de les étudier sur une population plus large par la suite.
L’anticorps conjugué est une molécule complexe sur lequel on fait adhérer un médicament de chimiothérapie toxique. Injecté dans le sang, cette molécule va se coller à la cellule cancéreuse et lâcher sa dose de médicament de chimiothérapie dans la cellule malade pour la tuer. Les anticorps conjugués donnent de très bons résultats. Nous menons actuellement deux essais cliniques d’anticorps conjugués sur le cancer des poumons.
Quels traitements utilisez-vous pour les cancers génétiques ?
Nous pouvons faire appel à la thérapie ciblée et à l’inhibiteur de PARP. Les gènes BRCA1, BRCA2 et PALB2 sont connus pour réparer l’ADN. Lorsque ces trois gènes connaissent une mutation, ils ne jouent plus leur rôle réparateur de l’ADN et un ADN altéré peut déclencher un cancer. C’est le cas dans la moitié des cancers des ovaires. Dans ce cas, nous utilisons l’inhibiteur de PARP, qui est un composé chimique agissant comme une enzyme et qui va endommager les cellules cancéreuses. C’est un médicament administré par voie orale dans les cancers du sein, des ovaires, du pancréas, de la prostate et de l’estomac.
Quels seront les prochains traitements contre le cancer
Je pense que ce sera une prochaine génération d’anticorps conjugués, qui seront combinés à d’autres médicaments d’immunothérapie pour prolonger la vie.
Le tueur numéro1 en termes de mortalité en Australie est-il toujours le cancer ?
Non, le tueur numéro1 est désormais la démence. Avant, c’était le cancer mais de nos jours, on le dépiste précocement, on le soigne mieux et les gens vivent plus longtemps.
Certains médecins et bon nombre de profanes parlent de guérison du cancer avec des agents antiparasitaires comme l’Ivermectine et le Fenbendazole. Qu’en pensez-vous ?
Il y a beaucoup de désinformation à ce sujet. À l’origine, l’Ivermectine est un antiparasitaire administré surtout aux animaux tels que les chevaux, le bétail, les chiens et les chats, qui ont contracté différents parasites comme des vers et des champignons. Il est parfois administré chez l’humain pour traiter deux infections parasitaires spécifiques. Le Fenbendazole traite aussi les infections parasitaires chez les animaux tels que les chiens, le bétail, l’espèce caprine et les chevaux.
Il n’y a pas eu suffisamment de recherches prouvées sur l’humain pour dire que l’Ivermectine et le Fenbendazole ont un impact sur le cancer. Pris par des malades du cancer qui sont déjà en traitement, ces agents parasitaires peuvent possiblement être dangereux en raison d’interactions avec les traitements.
Il y a beaucoup de traitements alternatifs qui reviennent sur le tapis par vague. À un moment, il était question que le cannabis traitait le cancer. Or, ce n’est pas le cas. On l’utilise parfois pour calmer les douleurs et les nausées liées au cancer, voire pour redonner de l’appétit au malade mais les recherches ont montré que le cannabis n’a aucun effet sur le cancer lui-même.
Le cancer restant une maladie incurable s’il n’est pas dépisté à un stade précoce, les malades sont désemparés et il y a toute une industrie qui exploite ce désespoir. Il y a des tas d’idées reçues sur le cancer comme par exemple que le sucre alimente les cellules cancéreuses. Or, si le malade se met au régime et ne mange plus de sucre, il va perdre du poids. Et il n’aura pas suffisamment de calories pour lutter contre la maladie et nous ne pourrons le soigner.
En revanche, il y a de plus en plus de preuves que les exercices physiques réduisent le risque de cancer. Il faut faire de l’exercice trois à quatre fois la semaine et ces exercices doivent être d’intensité modérée à forte. Il faut les pratiquer de façon régulière car ils contribuent au développement de la masse musculaire, le malade ressent moins d’effets secondaires de ses traitements et les exercices physiques réduisent aussi le risque que le malade présente un deuxième cancer plus tard.
La marche est-elle recommandée ?
Oui, il faut que ce soit de la marche rapide pendant plus d’une demi-heure mais aussi des exercices de port de poids en gymnase car ils développeront la masse osseuse et musculaire.
Un jeune spécialiste à la carte de visite étoffée
À 42 ans, Vishal Boolell, fils de Satish et d’Hema Boolell, a une carte de visite impressionnante. Après une scolarité complétée dans la filière scientifique au collège Royal de Curepipe, il opte pour des études supérieures de médecine en Australie et choisit comme spécialisation l’oncologie et la cancérologie car «le cancer est la seule maladie où il y a encore des zones grises, c’est-à-dire qu’il n’est pas toujours facile à diagnostiquer précocement et on n’a toujours pas trouvé de solutions pour le guérir. Je trouve cette spécialité très stimulante intellectuellement». Admis à l’université de Melbourne, il a obtenu un Bachelor in Medical Science, un Bachelor of Medicine et un Bachelor of Surgery. Il a ensuite fait un an d’internat à l’hôpital Austin Health, suivi de trois années de médecine interne et trois ans de spécialisation supplémentaire en oncologie au Bendigo Health, Western Health et Monash Health. Fellow of the Royal Australian College of Physicians, il a participé à des essais cliniques sur le cancer de phases 1,2 et 3. Il a passé cinq ans à l’hôpital régional Ballarat Health avant de rejoindre le Northern Health à Melbourne où il exerce toujours comme Deputy Director of Medical Oncology, soit le second in charge. Il se concentre davantage sur le cancer des poumons, du sein et sur les cancers gynécologiques et génito-urinaires. Il est Senior College Examiner pour le Royal College of Physicians et supervise la formation des médecins auprès de cette même institution. Le Dr Boolell mène aussi des études cliniques sur le cancer des poumons. Il est marié à une Australienne d’origine chilienne et a deux fils âgés respectivement de huit et cinq ans. Il est revenu au pays pour des vacances après six ans d’absence.
Publicité
Publicité
Les plus récents