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Enquête du Telegraph

L’accord des Chagos coûte £34,7 milliards, pas £3,4 milliards

12 août 2025, 14:30

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L’accord des Chagos coûte £34,7 milliards, pas £3,4 milliards

Selon une enquête du Telegraph, publiée dimanche, l’accord conclu entre Londres et Port-Louis pour la rétrocession de l’archipel des Chagos pourrait coûter dix fois plus cher que ce qu’avait affirmé le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, en mai, lors de la signature de l’accord, soit £3,4 milliards en 99 ans. Citant des estimations du UK Government Actuary’s Department, le journal avance que le montant total versé à Maurice sur la durée du bail de 99 ans atteindrait les £34,7 milliards, soit environ Rs 2 100 milliards au taux actuel.

Cette estimation, issue d’un document officiel, obtenu via la Freedom of Information Act (FOIA), chiffre à £34,7 milliards en valeur nominale le coût global de l’accord. Le détail comprend: un loyer annuel de £165 millions pendant les trois premières années pour la base militaire de Diego Garcia, puis, un loyer de £120 millions par an. À partir de la 14ᵉ année, les paiements sont ajustés selon une formule tenant compte de l’inflation et d’autres paramètres pour la durée restante du bail de 99ans; ainsi qu’un paiement unique de £40 millions à un fonds destiné aux Chagossiens.

Le gouvernement britannique, lui, réduit ce coût affiché à £3,4 milliards en appliquant deux ajustements comptables : un taux d’inflation de 2,3 % par an, ce qui diminue la valeur réelle des paiements futurs (ramenant par exemple £120 millions à environ £89,2 millions annuels) ; et la méthode dite du Social Time Preference Rate, entre 2,5 % et 3,5 % par an, qui considère qu’une somme aujourd’hui vaut plus qu’une somme demain. Ainsi, un paiement de £89 millions la 40ᵉ année est comptabilisé comme valant £23 millions en valeur actuelle, permettant d’afficher une valeur nette actualisée de £3,4 milliards – soit environ 10 % du coût réel en espèces.

Express.mu (620 x 330) (4) (1).png ■ Document officiel produit par le «UK Government Actuary’s Department».

À Maurice, les autorités s’étaient jusqu’ici basées sur le chiffre communiqué par Londres, en mai : £3,4 milliards. Cette révélation soulève donc des questions : Maurice a-t-elle été tenue dans l’ignorance du coût nominal ou a-t-elle validé cette présentation de £3,4 milliards ? Contacté par l’express, le Prime Minister’s Office n’a pas souhaité réagir, pas plus que les autres parties prenantes. Mᵉ Gavin Glover, Attorney General, et un des acteurs majeurs du deal Chagos renégocié, s’est abstenu de commentaires car cela est «internal to the UK». Parmi les questions transmises et pour lesquelles nous n’avons obtenu aucune réponse : «Les affirmations du UK Government Actuary’s Department sont-elles correctes concernant la somme de £35 milliards ?» et «comment la structure de paiement sur les 99 ans évoluerait-elle pour Maurice ?»

Au Royaume-Uni, l’opposition conservatrice accuse sir Keir Starmer et son ministre des Affaires étrangères, David Lammy, d’avoir trompé le Parlement et l’opinion. Dame Priti Patel dénonce un «tour de passe-passe comptable» et une «trahison de la transparence et de la sécurité nationale». Kemi Badenoch va plus loin, affirmant que «Starmer a creusé un trou de £50 milliards dans les finances publiques, et, maintenant, on découvre que l’accord des Chagos coûte £35 milliards de plus.» Les Tories réclament des excuses et une correction officielle des chiffres, accusant le gouvernement d’avoir violé les règles de transparence en refusant d’abord de publier les documents de la FOIA.

Le gouvernement britannique défend sa méthodologie, la jugeant «standard» pour les engagements à long terme. La ministre Alex Davies-Jones insiste que la valeur nette actualisée de £3,4 milliards représente «moins de 0,2 % du budget de la défense» et qu’il s’agit du prix nécessaire pour garantir la sécurité nationale via la base de Diego Garcia.

Sur le plan géopolitique, Londres met en avant le soutien de ses alliés – États-Unis, Canada, Australie, OTAN – mais la polémique est ravivée par le soutien affiché de la Chine, de la Russie et de l’Iran, selon The Telegraph, à Maurice, ce qui brouille le récit sécuritaire avancé par le Royaume-Uni. En l’absence de réponses officielles de Port-Louis, le flou persiste autour de la portée financière de ce traité et des retombées.

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