Publicité

Couvre-feu

La musique en otage

19 octobre 2026, 19:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

La musique en otage

■ (De g. à dr.): Roshan Boolkah, secrétaire de l’Union des artistes, Joëlle Coret, présidente de la MASA, et Bruno Raya, leader d'OSB Crew, accueillis au Prime Minister's Office, jeudi dernier. Photos: Vashish Sookrah.

Depuis mardi dernier, le pays est entré dans une phase de couvre-feu, pour limiter les sorties à la tombée de la nuit et les rassemblements dans les points chauds de l’île. Un système de dissuasion pour éviter les dérapages de lundi soir, mais sans vraiment prendre en compte qui travaillent la nuit, dans les hôtels, pubs, restaurants, discothèques. Et comme souvent dans cette équation, c’est l’artiste qui est pénalisé, n’ayant aucune compensation ni aide pour cette semaine d’arrêt forcé, après une décision étatique.

Pour propager un discours pour un appel au calme, le bureau du Premier ministre a convoqué quelques artistes de la scène musicale pour une rencontre jeudi dernier. Bruno Raya, leader d’OSB Crew ; Joëlle Coret, présidente de la MASA ; et Roshan Boolkah, secrétaire de l’Union des artistes, étaient les trois artistes présents au Prime Minister’s Office (PMO). Au-delà des sujets d’actualité, comme les émeutes, la drogue, entre autres, les artistes ont aussi eu l’occasion de poser sur la table quelques dossiers en attente dans le secteur culturel. «On avait une rencontre avec la Deputy Prime Minister (DPM), Arianne Navarre-Marie, pour avoir le support des artistes pour un appel au calme. Dans la foulée on a rencontré le Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour parler de la situation du pays. Cette rencontre fut aussi une occasion de faire un tour d’horizon sur les attentes des artistes», explique Roshan Boolkah.

Pas de prestations

L’annonce à 19 h 30 mardi soir a bouleversé le plan de travail de bon nombre d’artistes dans les hôtels et ailleurs. Beaucoup d’artistes évoluant dans le circuit hôtelier ont dû rebrousser chemin pour rentrer à la maison, après le couvre-feu de mardi soir. Et dans un contexte où la situation économique est précaire pour ce secteur, la perte d’une semaine de travail pèse lourd dans la balance à la fin du mois. «On a l’impression que le gouvernement n’a pas eu le temps de penser à tous les aspects du couvre-feu avant de l’appliquer. Ils ont juste pensé à arrêter les émeutes, mais sans penser aux conséquences que cela aura sur le travail des autres, surtout les artistes qui bossent en freelance», explique un musicien d’hôtel.

298a1b5f-8b85-498f-b80d-c1d9178c1f64 (3)

Le manque à gagner est conséquent pour ceux qui vivent uniquement de la musique. «La situation dans les hôtels, pub et discothèque devient compliquée. Les annulations en temps de couvre-feu est un coup dur pour les artistes. Les hôtels auraient pu donner un papier de confirmation pour permettre aux artistes de circuler pour aller travailler», ajoute Roshan Boolkah. Bruno Raya précise avoir eu une conversation ouverte et franche avec le Premier ministre. «Depuis deux ans au pouvoir, on nous dit que la Status of the Artist Act (SAA), la One-Stop Shop (Cultural Desk), le stade de la Musique sont en préparation, mais au final il n’y a pas grand-chose à l’ordre du jour. On ne voit pas le changement. Et on veut que les choses bougent dans la bonne direction», avance le leader d’OSB Crew.

Le statut légal des artistes

Cette situation est comme une alerte sur l’urgence de finaliser les amendements à la loi sur le statut des artistes (SAA) pour changer les conditions des acteurs de l’industrie culturelle. Longtemps dans les tiroirs de l’ancien gouvernement, il y avait l’espoir que ce nouvel état-major allait résoudre des problèmes qui perdurent depuis des décennies. «Il faut que l’État vienne avec une solution pour ce genre de problème», poursuit Roshan Boolkhan. Sans un statut légal, le monde de l’industrie culturelle sera toujours en retard dans le développement du pays.

Sans une considération particulière de l’État, ce secteur risque de connaître des années sombres. Pas de sécurité d’emploi, pas de compensation, pas de subvention, juste des applaudissements à la fin du spectacle. «Le gouvernement doit faire avancer les choses. Il lui reste trois ans et on espère que ce gouvernement va tenir ses promesses. Navin Ramgoolam a été réceptif à nos demandes et assure qu’il fera le suivi avec le ministre Mahen Gondeea», poursuit Bruno Raya. Les séances parlementaires reprennent mardi. L’espoir est donc de mise, disent les trois artistes ayant rencontré le Premier ministre. Par ailleurs, la DPM Arianne Navarre-Marie a promis de faire un suivi et d’être un point de contact pour les artistes.

Publicité