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Trafic de drogue

La mer, cette frontière que Maurice peine à contrôler

4 novembre 2026, 15:00

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La mer, cette frontière que Maurice peine à contrôler

Le rapport Lam Shang Leen (photo en médaillon de l’ex-juge) avait déjà pointé les failles de la surveillance maritime, remises en lumière par l’affaire des 1,5 tonne de drogue présumée acheminée vers Maurice.

L’acheminement présumé d’une tonne et demie de cannabis et de haschisch vers Maurice relance le débat sur les failles de la surveillance maritime. Huit ans après les mises en garde de la commission Lam Shang Leen, des questions persistent sur le contrôle des embarcations et la coordination entre les services. Alors que l’ex-assistant surintendant de police (ASP) Hector Tuyau avait déjà tiré la sonnette d’alarme, la police met en avant de nouveaux équipements, la coopération régionale et la formation de ses officiers. Mais ces mesures suffiront-elles à combler les lacunes ?

La lutte contre le trafic de drogue ne se joue pas uniquement dans les quartiers, les entrepôts ou les réseaux de distribution. Elle commence bien avant, au large des côtes, là où les cargaisons sont acheminées, transférées et parfois abandonnées en mer avant d’être récupérées par de plus petites embarcations. L’affaire des quelque 1,5 tonne de stupéfiants qui auraient été acheminés vers Maurice remet ainsi en lumière une question fondamentale : l’État dispose-t-il réellement des moyens nécessaires pour surveiller son espace maritime et empêcher les trafiquants d’en faire une voie d’accès privilégiée ?

Cette interrogation n’est pas nouvelle. Dans son rapport rendu public en juillet 2018, la commission d’enquête sur le trafic de drogue, présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, avait accordé une attention particulière aux vulnérabilités des frontières maritimes. Ses conclusions mettaient en évidence des insuffisances dans le contrôle des petites embarcations, la surveillance des zones d’amarrage et la circulation des renseignements entre les différentes unités chargées de protéger le territoire.

Le constat était préoccupant. Des hors-bords, yachts et autres embarcations de plaisance pouvaient échapper à un suivi suffisamment rigoureux. Certaines unités ne disposaient pas de systèmes permettant de retracer efficacement leurs déplacements. Le contrôle des mouvements dans les ports et les zones côtières présentait également des lacunes. Or, ces faiblesses constituent autant de possibilités pour les réseaux criminels d’organiser des transferts de drogue sans attirer immédiatement l’attention des autorités.

La commission préconisait notamment un encadrement plus strict des permis délivrés aux propriétaires de hors-bords, de yachts et de catamarans, un meilleur contrôle de leurs mouvements ainsi que des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait de licence en cas d’infraction. Elle recommandait également une surveillance renforcée des zones portuaires, des espaces d’amarrage et des points de débarquement.

Sur le plan technologique, la nécessité de moderniser les équipements de surveillance et de communication était également soulignée. La National Coast Guard (NCG) ne pouvait se reposer uniquement sur les dispositifs de suivi disponibles. Le renforcement des patrouilles, l’amélioration du partage des informations et une meilleure coordination avec les services de la douane et les unités antidrogue figuraient parmi les pistes avancées.

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La coopération régionale comme rempart, selon le Police Press Office

Le Police Press Office explique que la Mauritius Police Force entend renforcer ses échanges avec ses partenaires internationaux. Le pays participe aux mécanismes de l’Indian Ocean Commission et s’appuie sur le Regional Maritime Information Fusion Centre à Madagascar, le Regional Coordination Operations Centre aux Seychelles et l’Information Fusion Centre – Indian Ocean Region.

La coopération avec La Réunion se poursuit également dans le cadre du Groupe de contact sur la sécurité Maurice-Réunion. Pour la surveillance de la zone économique exclusive, des collaborations sont maintenues avec l’Inde, la France et les États-Unis, notamment pour les patrouilles et la formation des policiers.

Ces annonces témoignent d’une volonté de renforcer les capacités maritimes du pays. Elles ne répondent toutefois pas encore à toutes les interrogations soulevées par le rapport Lam Shang Leen.

La présence de radars, de systèmes AIS et de futurs moyens aériens ne garantit pas automatiquement qu’une embarcation suspecte sera interceptée. Encore faut-il que les alertes soient analysées, que les renseignements soient partagés sans délai et que les unités disposent des moyens nécessaires pour intervenir.

Le véritable test sera opérationnel. Avec une zone économique exclusive estimée à 2,3 millions de km², Maurice ne peut surveiller chaque mouvement en permanence. Mais l’immensité de cet espace ne doit pas devenir une justification aux défaillances. L’enjeu est désormais de savoir si les nouvelles infrastructures permettront de corriger les lacunes dénoncées depuis 2018, de clarifier les responsabilités entre les services et de prévenir les éventuelles complicités.

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Le gouvernement renforce son arsenal de surveillance

À l’Assemblée nationale, la semaine dernière, le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, a présenté les mesures engagées dans le cadre du programme gouvernemental 2025-2029 pour renforcer la sécurité maritime. Le gouvernement entend notamment améliorer les capacités de la police face aux crimes transnationaux, au trafic de drogue, à la traite humaine et à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Parmi les projets majeurs figure la création du National Maritime Information Sharing and Coordination Centre, dont l’entrée en service est prévue en 2027. Cette structure doit permettre de centraliser les renseignements et de faciliter la coordination entre les différentes agences concernées.

Le dispositif technologique connaît également des développements. En septembre 2026, un système japonais de surveillance côtière comprenant sept stations radar, dont une à Rodrigues, et cinq stations Automatic Identification System (AIS) a été installé. Des récepteurs AIS supplémentaires à Maurice et à Rodrigues sont par ailleurs prévus en collaboration avec les États-Unis. Ces travaux doivent être achevés à la fin de novembre 2026. Le gouvernement prévoit aussi l’acquisition d’un Offshore Patrol Vessel grâce à une ligne de crédit indienne. Le processus devrait aboutir d’ici fin 2028. Quatre hélicoptères utilitaires légers provenant de l’Inde sont également annoncés, avec un début d’acquisition prévu en 2029.

Sur le plan des communications, le système INTERPOL I-24/7 a été étendu à Maurice et à Rodrigues en 2025. Le PM a également indiqué qu’environ 400 policiers, y compris de Rodrigues, avaient bénéficié, depuis 2025, de formations spécialisées en surveillance et en connaissance du domaine maritime.

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Hector Tuyau : «l’ADSU ne dispose pas de bateau pour se rendre en mer»

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L’ex-ASP Hector Tuyau (photo), ancien enquêteur en chef de la commission, avait déjà exprimé ses préoccupations. Son intervention mettait surtout en évidence un problème récurrent : l’absence d’une coopération suffisamment structurée entre les institutions. Pour cet ex-enquêteur, la superficie de l’espace maritime rend illusoire l’idée qu’un seul service puisse tout contrôler. La réponse doit passer par une collaboration permanente entre la NCG, l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU), la douane, la Port Authority et les services des Fisheries. Chacun doit pouvoir transmettre ses renseignements et participer aux opérations sans cloisonnement administratif ni rivalité entre les unités. «Chacun se bat pour dire que c’est son unité qui a reçu des renseignements», souligne Hector Tuyau. Il soulève également la question des moyens logistiques de l’ADSU pour intervenir en mer. Lorsqu’un renseignement nécessite une intervention au large, encore faut-il disposer d’embarcations, d’équipements et d’une organisation permettant de passer rapidement de l’information à l’action. «L’ADSU ne dispose pas de bateau pour se rendre en mer», ajoute l’ancien enquêteur.

Autre sujet sensible évoqué : les éventuelles complicités au sein des forces de l’ordre. Hector Tuyau affirme que des noms avaient été signalés, sans que les suites attendues n’aient été, selon lui, données. Ces déclarations soulèvent la question des mécanismes de contrôle interne et de la nécessité de traiter avec rigueur tout soupçon de fuite d’informations ou de protection accordée à des trafiquants.

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La justice ordonne la saisie du yacht «Dreamer» et des devises

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La Financial Crimes Commission (FCC) a entrepris des démarches, conformément aux pouvoirs qui lui sont conférés par la Financial Crimes Commission Act 2023, après avoir reçu, le 23 octobre 2026, un renvoi du commissaire de police concernant une affaire de complot en vue de commettre une infraction liée à l’importation de cannabis à Maurice. Dans le cadre de cette affaire, le yacht Dreamer, battant pavillon thaïlandais, a fait l’objet d’une opération menée par la police le 21 octobre 2026. Lors de la fouille, plusieurs sommes en devises étrangères ont été retrouvées à bord. Le 30 octobre 2026, la FCC a présenté une demande ex parte devant la Cour suprême, en vertu des articles 88(1)(a), 88(1)(b) et 88(3) de la FCC Act 2023, afin d’obtenir une ordonnance de saisie civile (Civil Attachment Order) concernant les sommes d’argent retrouvées à bord du yacht. La FCC a également demandé la saisie du yacht, celui-ci étant considéré comme un instrument ayant servi à la commission présumée d’une infraction (instrumentality), au sens de l’article 2 de FCC Act 2023.

Par une ordonnance rendue le 3 novembre 2026, la Cour suprême a accédé à la demande de la FCC. Les sommes concernées comprennent 38 000 euros, 900 dollars américains, 28 330 bahts thaïlandais et 1 865 dollars singapouriens. Conformément à l’ordonnance, les sommes en euros et dollars américains seront déposées sur les comptes de saisie civile et pénale de la FCC auprès de la SBM Bank (Mauritius) Ltd. Les bahts thaïlandais et les dollars singapouriens seront conservés dans un coffre-fort auprès de cette même banque.

La Cour a également ordonné que le yacht «Dreamer», actuellement amarré au port de Port-Louis, demeure sous la garde du commissaire de police et soit maintenu en bon état. Aucune autorisation de départ ne pourra être délivrée par le Port Master pour permettre au yacht de quitter le port.

La FCC poursuit ses actions dans le cadre de ses attributions légales afin de préserver les biens susceptibles d’être liés à des activités criminelles.

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