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La guerre des ex
L’assemblée nationale n’a pas encore fini de panser les blessures de mardi dernier que la prochaine séance s’annonce déjà sous haute tension. L’hémicycle, transformé en théâtre d’affrontements personnels entre anciens compagnons de route, est devenu le miroir d’une crise politique plus profonde : celle d’une classe dirigeante qui peine à distinguer la confrontation démocratique du règlement de comptes. L’échange au vitriol entre Paul Bérenger et Rajesh Bhagwan a fait tomber les derniers masques. Bhagwan n’a pas hésité à pointer du doigt, sans toutefois les nommer, des proches de Bérenger qui cultivent une propriété à Palmar (bref des secrets de famille jusqu’ici bien gardés !) – ce qui aurait fait bondir la paire Bérenger.
Le spectacle fut parfois affligeant. Des mots comme «bourik» (idiot), «imbécile» et «bachara» (escroc) ont pris le pas sur les arguments. Le Hansard, lui, ne connaît ni amnésie sélective ni indulgence politique : il consigne les paroles, y compris celles que l’on aurait préféré ne pas entendre. La controverse autour de ce qui a été prononcé et de ce que la speaker affirme ne pas avoir entendu pose une question autrement plus sérieuse que celle d’un vocabulaire déplacé : l’autorité parlementaire peut-elle rester crédible si l’application des règles paraît fluctuer au gré du tumulte ?
Mais le plus préoccupant reste l’affrontement entre Navin Ramgoolam et son ancien partenaire Paul Bérenger, lors des échanges sur le tir policier qui a grièvement blessé Élodie Thomas. Quand le Premier ministre accuse son contradicteur de vouloir «mettre le feu aux poudres» et que celuici dénonce une tentative de faire porter la responsabilité au chauffeur du véhicule, l’enjeu dépasse la joute oratoire. Il touche à la confiance dans les institutions, à la transparence de l’enquête et à la responsabilité de la force publique. Sur un tel dossier, la retenue n’est pas une faiblesse politique : elle est une exigence démocratique. La vérité judiciaire ne saurait être remplacée par la vérité partisane.
Ce mardi 27 octobre, les questions sur les pertes présumées de Rs 7 milliards liées aux prêts toxiques de l’ancienne Silver Bank, la gouvernance d’Air Mauritius, l’émigration des jeunes et la crise de l’eau offriront à l’opposition autant d’occasions de demander des comptes. Elles sont légitimes. Mais encore fautil que les parlementaires sachent transformer les interrogations en contrôle effectif de l’exécutif. Derrière les chiffres et les dossiers, il y a des citoyens qui attendent des réponses, pas une nouvelle représentation de la colère politique.
Dans cette atmosphère électrique, une décision du gouvernement mérite toutefois d’être saluée : le report des textes législatifs annoncés autour de la National Crime Agency (NCA). Le projet, accompagné d’un ensemble de neuf textes, dont un amendement constitutionnel, avait soulevé de sérieuses objections chez les avocats et dans la société civile. Les interrogations portent notamment sur les pouvoirs de la future NCA, les garanties institutionnelles et les mécanismes de surveillance. Remplacer une Financial Crimes Commission contestée ne saurait justifier la création d’un dispositif plus puissant, mais moins encadré.
En matière pénale, la précipitation est rarement une vertu. Le gouvernement a raison de ne pas confondre urgence politique et urgence législative. Les récents troubles ont mis en évidence des failles sécuritaires et sociales ; ils ne donnent pas carte blanche pour remodeler l’architecture coercitive de l’État sans débat approfondi. Le report n’est cependant qu’un premier pas. Il doit ouvrir la voie à un examen transparent, associant juristes, société civile, professionnels de l’investigation et représentants de l’opposition. Un Select Committee doté d’un véritable mandat, d’un calendrier raisonnable et d’une capacité réelle d’examen serait préférable à une consultation de façade. L’efficacité des enquêtes ne doit jamais se payer d’un affaiblissement des libertés.
La même prudence s’impose face à la proposition de ramener de 14 à 12 ans l’âge minimum de responsabilité pénale. Le projet de comité parlementaire sur la délinquance juvénile peut être utile, à condition qu’il ne serve pas de cheval de Troie à une orientation déjà décidée. Abaisser l’âge pénal, à rebours de la tendance internationale privilégiant la prévention et la justice adaptée aux enfants, risque de répondre à l’émotion du moment plutôt qu’aux causes de la délinquance. Échec scolaire, précarité, décrochage, exposition à la violence et insuffisance de l’encadrement ne se règlent pas en abaissant un seuil juridique. La responsabilité des parents et l’incitation des mineurs à commettre des infractions méritent d’être examinées ; la criminalisation plus précoce des enfants exige, elle, des preuves, des garanties et une expertise indépendante. Le FMP a raison de demander que cette question ne soit pas subrepticement transformée en objectif politique du comité.
La séance de demain sera donc un test à double détente. L’opposition devra prouver qu’elle peut exercer son contrôle sans se laisser absorber par les querelles de personnes. Le gouvernement devra démontrer qu’il sait entendre les critiques, corriger ses projets et résister à la tentation de légiférer sous pression. Quant à la speaker et à la présidence des débats, elles devront rappeler que l’autorité parlementaire ne se proclame pas : elle se construit par l’impartialité et la constance.
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