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Pénuries de devises

La Banque de Maurice ne vend plus des dollars, mais en achète

6 février 2024, 19:00

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La Banque de Maurice ne vend plus des dollars, mais en achète

Depuis décembre, la Banque centrale achète des dollars sur le marché local, pourtant déjà sous stress. Les banques locales, elles, vendent les devises aux taux, décidés de gré à gré, très supérieurs à ceux du marché.

Les banques se (re)plaignent du manque de devises sur le marché en ce début d’année. Il y a bien sûr notre problème systémique de trop grande dépendance des importations d’une part et d’autre part la baisse de nos exportations. La reprise du tourisme était supposée apporter un peu d’air frais, mais la balance des comptes courants du pays, même si en amélioration, reste toujours déficitaire. Cependant, il est manifeste que les devises apportées par les touristes ne suffisent plus ou ne sont pas réinjectées dans le marché, ou les deux à la fois. À part les banques, des importateurs aussi nous parlent de pénuries de devises. Et que dire de ces longues queues de travailleurs étrangers que l’on voit régulièrement devant les banques et qui créent de mauvaises impressions !

Cependant, cette pénurie de dollars en particulier est accompagnée d’une démarche de la Banque de Maurice (BoM) qui peut paraître étrange : elle achète des dollars sur le marché local au lieu d’en vendre. A priori, cela pourrait s’expliquer par le fait que les recettes de fin d’année du tourisme, principalement des euros, réalimentent, comme tous les ans, les caisses. Mais ce faisant, la BoM contribue à assécher encore plus le marché des devises, ce qui exerce en même temps une pression vers le haut sur le prix du dollar. Ainsi, du 18 décembre au 2 février, la BoM a acheté pour 7,8 millions de dollars sur le marché local – elle recherchait $13 millions mais n’en a eu que $7,8 millions – et cela à des prix supérieurs à ceux offerts par les banques commerciales, dans un cas jusqu’à 72 sous par dollar. […] Autrement dit, la BoM fait de la surenchère. De plus, en achetant des devises sur le marché local, elle lance un mauvais signal aux détenteurs de devises, notamment le peu d’exportateurs qu’il nous reste et les hôteliers qui voient en cette démarche la difficulté de la BoM à se procurer des devises étrangères qui leur fait craindre, dès lors, que la roupie dévissera encore. Ce qui les pousse à conserver leurs euros et leurs dollars.

La Banque centrale qui fournissait le marché en devises – $100 millions entre le 15 novembre et le 6 décembre – est passée donc à partir du 18 décembre à une position de demandeuse de cette précieuse devise. On ne sait pas d’où elle s’était procuré ces $100 millions mais il semble bien que sa source se soit tarie depuis, car elle se tourne désormais vers les banques commerciales et autres institutions.

devise.jpg (Avis d’achat de dollars par la Banque centrale pour la journée du 2 février, avec un «forward rate» de Rs 46,28.)

On ne peut dire que les «interventions» de la BoM avaient pour objet de diminuer l’offre de dollars puisque le marché semble manquer justement de cette devise. De toute manière, les achats de dollars par la Banque centrale sont relativement minimes comparés aux besoins pour rétablir l’équilibre.

Far-West

L’exemple donné par la BoM qui est pourtant supposée modérer le marché a eu pour conséquence que les banques commerciales s’en donnent aussi à coeur joie. Elles vendent parfois le dollar à presque une roupie au-dessus du prix du marché. Silver Bank, elle, a établi le record. Elle aurait vendu le dollar à Rs 50 à devinez qui ? Mercantile & Maritime Group (MMG), le fournisseur de produits pétroliers ! Et l’on se demande pour quelles raisons la Silver Bank ne publie pas ses taux de change sur le site de la BoM comme le font les autres banques et forex dealers.

«Le marché des changes est devenu un véritable Far-West», nous confie un cambiste. Un banquier se pose la question : «Comment la BoM peutelle accepter que les taux du dollar entre les banques (interbank rate) soient supérieurs au taux de vente ? Comment la banque centrale peut-elle accepter un tel désordre, les banques vendant et les clients achetant à des taux aussi élevés alors que Maurice se veut être un centre financier ? Cela ne fera-t-il pas fuir les investisseurs qui voient dans cette situation une certaine incertitude ?» Ce qui est certain, c’est que le taux élevé du dollar notamment frappe surtout les petits importateurs qui passeront la hausse aux consommateurs.

Et les amendes ?

Si le gouverneur a menacé à plusieurs reprises les banques, les exportateurs et les hôteliers, on ne sait si la BoM compte imposer des amendes comme elle l’aurait fait en 2023. D’autant que ces banques, surtout les grosses, en vendant les devises aux plus offrants et à plus cher, réalisent encore plus de bénéfices, sachant que les opérations de change rapportent gros. Mais comment la BoM pourra-t-elle mettre à l’amende les banques commerciales alors qu’elle-même pratique des taux élevés ?


Nous avons adressé les questions suivantes à la BoM et sommes dans l’attente de son retour:

Why has BoM been buying USD on the local market since December?

Why has BoM been prepared to buy USD at rates well above the market price?

Is BoM aware that customers are complaining of lack of FC on the market?

Is BoM aware that many commercial banks are also charging selling price of USD and other foreign currencies at rates well above the indicative rates?

Has any bank been fined for this practice? If yes, can you give the number of banks and the amount of fine levied?