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Mauricienne de l’année 2025

Kimberley Le Court-Pienaar : Notre petite reine

29 décembre 2025, 13:00

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Kimberley Le Court-Pienaar : Notre petite reine

Elle a conquis le monde à coups de pédales. Mais surtout, elle a conquis le cœur d’un pays entier. En cette année 2025, les performances de Kimberley Le Court Pienaar dépassent largement les frontières du sport. Elle est devenue une fierté nationale, une source d’inspiration et, surtout, une figure d’unité pour des Mauriciens souvent en quête de repères communs.

En la désignant Mauricienne de l’année 2025, l’express ne salue pas seulement une championne cycliste exceptionnelle. Votre quotidien, qui l’avait par ailleurs nommée Sportive du mois d’avril cette année, honore une femme – la première sportive de toute l’histoire du palmarès du «Mauricien de l’année» – qui a fait vibrer tout un peuple en portant haut le quadricolore sur les routes du monde.

Son année 2025 est tout simplement historique. La cycliste mauricienne de 29 ans, sociétaire de l’équipe belge évoluant sur le World Tour UCI, AG Insurance-Soudal, a bouleversé la hiérarchie mondiale. En avril, elle est devenue la première cycliste du continent africain, tous sexes confondus, à remporter un monument de la petite reine : la classique Liège Bastogne-Liège. Sur les côtes des Ardennes belges, elle a résisté aux assauts des plus grandes – Demi Vollering, Puck Pieterse, Cédrine Kerbaol – avant de s’imposer au sprint.

Trois mois plus tard, elle a revêtu le maillot jaune du Tour de France, une performance inédite pour un Africain. Elle y a ajouté un succès d’étape, également une grande première. Entre ses succès belge et français, elle s’illustre en enlevant une étape du Tour de Grande-Bretagne et effectue un détour à la maison pour y glaner les titres nationaux en contrela-montre individuel et course sur route. En septembre, elle poursuit son année de rêve aux Championnats du monde sur route, organisés pour la première fois sur le continent africain, au Rwanda.

Kimberley y a de nouveau fait hisser le drapeau mauricien parmi les plus grandes nations de la petite reine mondiale. Si les circonstances de la course en ligne n’ont pas tourné à son avantage avec une échappée mal contrôlée par les grandes équipes et un final tactique difficile, elle a tout de même décroché une très honorable 8e place à l’arrivée, confirmant sa place parmi l’élite mondiale.

Mais au-delà des trophées, des podiums et des statistiques, quelque chose de plus grand s’est produit. Kimberley a gagné le cœur des Mauriciens.

De Curepipe au toit du monde

Ce qui frappe, c’est l’unanimité qu’elle suscite. Sur les marchés, dans les salons, les écoles ou sur les réseaux sociaux, son nom résonne avec affection et fierté. Des personnes qui ne s’étaient jamais intéressées au cyclisme suivent désormais ses courses, scrutant ses classements, partageant ses photos, célébrant chacune de ses victoires comme un triomphe personnel.

Cela traduit en fait que Kimberley Le Court-Pienaar est devenue une héroïne populaire, non pas seulement pour ses exploits, mais parce qu’elle incarne ce que beaucoup de Mauriciens rêvent d’être : déterminé, authentique et fier de ses racines.

Mais que l’on ne s’y trompe pas. Son parcours n’a rien d’un conte de fées. Née en 1996 à Curepipe, d’un père mauricien et d’une mère écossaise, Kimberley a très tôt goûté à la compétition. D’abord passionnée de football – elle est fan de Manchester United et encore de Wayne Rooney –, elle se tourne vers le vélo tout terrain (VTT) à l’adolescence, encouragée par ses parents et son frère, également cycliste.

Ses débuts sont prometteurs sur la scène africaine, mais le passage en Europe, en 2015, est rude. À 18 ans, elle quitte son île pour courir chez Matrix Fitness, équipe anglaise, puis Bizkaia-Durango, formation espagnole. Elle est, semble-t-il, trop jeune et trop seule. Elle avouera plus tard avoir songé à tout arrêter: «Je me sentais perdue. J’aimais le vélo, mais je n’y trouvais plus de sens.»

Elle rentre, travaille, reprend goût à la vie et réalise de très bons résultats enVTT. En mars 2023, elle dispute le Cape Epic, épreuve de référence de cette discipline, en compagnie de la Namibienne Vera Looser. Mais à un moment donné, elle sent qu’elle a fait le tour de ce que pouvait lui offrir le VTT et perd sa motivation. C’est son mari, le Sud-Africain Ian Pienaar, lui aussi cycliste, qui va alors la pousser à trouver un nouveau challenge au sein du cyclisme sur route professionnel. Il envoie des e-mails et des CV à plusieurs équipes. Et c’est l’équipe AG InsuranceSoudal qui lui ouvre ses portes en vue de la saison 2024.

Après quelques courses alors que son statut est d’abord celui de domestique (Ndlr : équipier travaillant dans l’ombre pour protéger, abriter du vent, ravitailler, et aider mécaniquement son leader pour maximiser ses chances de victoire), elle décroche sa première victoire de prestige lors de la dernière étape du Tour d’Italie, le 14 juillet 2024. En 2025, la confiance retrouvée, elle explose. Et tout un pays, voire le monde, découvre une championne qui avait longtemps roulé dans l’ombre.

Rêver grand avec de petits moyens

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Ce qui rend Kimberley si attachante, c’est sans aucun doute sa fierté tranquille d’être Mauricienne. Elle ne cache jamais son drapeau, elle le revendique. Les bandes rouge, bleue, jaune et vert de son maillot de championne nationale attirent souvent la curiosité et sèment parfois la confusion, à cause de la ressemblance avec le maillot arc-en-ciel de championne du monde. Mais Kimberley en rigole :«Je n’ai pas créé le drapeau de mon pays ! Nous avons juste le plus beau du monde, je n’y peux rien.»

Chaque victoire est pour elle une déclaration d’amour à son île. Elle avoue qu’à Liège, elle a eu peur que l’hymne mauricien ne soit pas disponible pour la cérémonie protocolaire : «J’avais peur qu’ils n’aient pas l’hymne national, le Motherland. Mais quand les premières notes ont résonné, j’ai eu les larmes aux yeux.» Ce moment symbolise la reconnaissance d’un pays invisible sur la carte du sport mondial.

Aujourd’hui, Kimberley Le CourtPienaar est devenue un phénomène social, citée en exemple dans les écoles, les entreprises, les discussions familiales. Elle symbolise l’excellence mauricienne, mais aussi la possibilité de rêver grand malgré les moyens limités. Sur les réseaux sociaux, chaque publication à son sujet devient virale. Les internautes la remercient de «faire rayonner Maurice», de «montrer au monde ce dont une fille d’ici est capable». Même ceux qui ne suivent pas le cyclisme se sentent concernés.

Il faut dire que Kimberley reste proche des gens. Sans artifices, sans pose, elle partage ses doutes, ses moments de joie, son attachement à sa famille. Elle s’impose par la sincérité. Cette simplicité, alliée à une détermination d’acier, la rend profondément humaine. Elle le dit elle-même : «Je veux être unique, mais rester fidèle à moi-même. Je viens de l’île Maurice et pas d’un autre pays.»

Ce qui émeut tant dans le parcours de Kimberley, c’est qu’il incarne la réussite par la persévérance. À une époque où les jeunes Mauriciens doutent parfois de leurs chances à l’international, elle prouve que le talent n’est pas une question de géographie. Son maillot jaune sur les routes de France est devenu un symbole. Celui d’une île minuscule capable de briller sur la plus grande scène.

À travers elle, Maurice découvre une nouvelle manière de se voir : ambitieuse, audacieuse, capable d’exister face aux géants. «Elle nous a rendus fiers d’être Mauriciens, même ceux qui ne s’y attendaient pas», écrit un compatriote installé à l’étranger sur Facebook.

L’histoire n’est pas finie

Bitmap (2).jpg À 29 ans, Kimberley Le CourtPienaar est encore loin d’avoir donné son dernier coup de pédale. Elle apprend encore, progresse, rêve de porter un jour le maillot arc-en-ciel de championne du monde, de briller aux Jeux Olympiques. Mais quoi qu’il advienne, son nom restera gravé dans l’histoire du sport mauricien et dans la mémoire collective. Car au-delà de ses victoires, elle a réussi ce que peu d’athlètes mauriciens ont accompli avant elle : rassembler un peuple entier autour de son courage et de ses exploits.

En 2025, Kimberley Le Court-Pienaar n’est pas seulement la cycliste venue d’Afrique qui voit la vie en jaune. Elle est le sourire d’une île fière, l’énergie d’un pays qui se sent pousser des ailes, la preuve que la grandeur peut naître sur les routes les plus étroites. Et s’il fallait résumer ce qu’elle inspire, on pourrait dire dans notre kreol morisien : Kim, li pa zis enn sampione, li nou sampione!

Le mot de la championne Bitmap (5).jpg

«I am deeply honoured and truly grateful to l’express for this distinction. Being named Mauricienne de l’année 2025 is incredibly meaningful to me, not just on a personal level, but because it represents what is possible for a small island nation on the world stage. Everything I do, I do with Mauritius in my heart. Every race, every challenge, every victory. I hope this recognition inspires young Mauritians, especially girls, to believe that they can dream big, work hard, and represent our country with pride, wherever they are in the world. This award belongs as much to my family, my team, my coaches, and everyone back home who supports me and believes in me. I wear our flag with pride, always.»

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