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Jusqu’où irons-nous à crédit ?

16 février 2026, 09:05

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Moody's n’a pas sorti le carton rouge. Pas de déclassement. Pas de changement de perspective. Juste une periodic review, une inspection de routine, nous dit-on. Et pourtant, derrière cette banalité technocratique, le message est clair : Maurice marche sur un fil.

L’agence évoque une croissance «robuste», des institutions encore crédibles, une diversification réelle. Mais elle pointe surtout l’essentiel : dette élevée, déficits persistants, vulnérabilité d’une petite économie ouverte, exposition aux chocs externes. Et une inquiétude centrale : la capacité du gouvernement à reprendre la main sur une trajectoire budgétaire qui s’est dangereusement relâchée. Oui, des réformes sont annoncées – pensions, fiscalité, transferts sociaux. Mais leurs effets seront lents. Et politiquement explosifs.

Traduction : pas d’urgence officielle, mais un compte à rebours silencieux. Cette lecture confirme ce que nous écrivions en amont du Budget 2025-26. Le problème n’est pas cyclique. Il est structurel.

Oui, la croissance tient. Autour de 3 %. Oui, le tourisme performe. Oui, le chômage recule. Oui, l’inflation est contenue, permettant à la Banque de Maurice de maintenir son taux directeur à 4,5 %.

Mais cette stabilité est dans une large mesure une illusion. Elle repose sur la consommation. Sur l’importation massive. Sur une économie de services hypertrophiée. Et sur un État qui dépense comme si la dette n’existait pas. Moody’s le formule avec prudence : dette publique élevée, déficits durables, capacité d’absorption des chocs limitée.

Décryptons : 91 % de dette sur le PIB. Près de 9,5 % de déficit effectif. Un déficit commercial béant. Une production locale en recul. Des entreprises publiques sous perfusion. Une MIC incapable de récupérer les milliards injectés dans des groupes proches du pouvoir. Et une fiscalité qui épargne la rente.

Le cœur du malaise est là.

Maurice consomme plus qu’elle ne produit. Elle subventionne l’inutile. Elle protège les monopoles d’hier et laisse mourir les PME d’aujourd’hui. Elle distribue des allocations universelles qui profitent autant aux villas de Grand-Baie qu’aux foyers précaires de ValléePitot. Elle prêche la rigueur tout en gonflant l’appareil d’État à coups de nominations politiques et de consultants.

Moody’s rappelle un autre pilier : la confiance institutionnelle. Pour l’instant, elle tient. Mais elle est fragile. Elle a déjà été entamée quand des engagements hors budget ont surgi sans transparence.

C’est là que tout se joue. Car la Banque de Maurice peut stabiliser l’inflation. Elle peut gérer la liquidité et préserver des réserves. Elle ne peut pas compenser une politique budgétaire erratique.

Le gouvernement, lui, veut tout : croissance, paix sociale, largesses électorales et approbation des marchés. Mais gouverner, c’est choisir. Moody’s est limpide : une consolidation crédible stabilise la perspective ; un nouveau dérapage mène à la dégradation.

Nous y sommes. Soit Maurice engage un virage productif – agriculture modernisée, formation technique, industrie verte tournée vers l’export régional. Soit elle réforme enfin sa fiscalité en taxant les rentes plutôt que le travail. Soit elle cible ses dépenses sociales au lieu d’arroser tout le monde.

Soit elle poursuit sur la pente douce de l’illusion. Le plus inquiétant n’est pas Moody’s. C’est la cacophonie politique. Un ministre promet des milliers d’emplois. Un autre affirme que les caisses sont vides. Cette dissonance est toxique.

Les marchés peuvent patienter. Les citoyens aussi. Mais pas indéfiniment. Moody’s a gardé son stylo dans la poche. Pour l’instant. La banque centrale temporise. Mais l’économie réelle attend un signal.

Car ce qui est en jeu dépasse les colonnes Excel : c’est la confiance. Et sans confiance, aucune croissance ne tient.

Le monde offre déjà un avertissement. Aux États-Unis, la croissance se fait sans emplois. L’intelligence artificielle enrichit le capital et fragilise le travail. Maurice connaît la même tentation : croissance superficielle, richesse concentrée, base productive qui s’effrite.

On ne bâtit pas un avenir sur la consommation. Ni sur des allocations universelles. Ni sur l’espoir que les marchés resteront indulgents. Le temps des demimesures est terminé. Maurice doit choisir entre une prospérité empruntée et une économie productive. Entre gérer le présent ou préparer l’avenir. Car demain ne se financera pas à crédit.

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