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Interview…

Jérôme Clarenc : «La transition vers des technologies moins carbonées nécessite des investissements importants»

16 octobre 2026, 21:00

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Jérôme Clarenc : «La transition vers des technologies moins carbonées nécessite des investissements importants»

Jérôme Clarenc, «Managing Director» de Mauritius Oil Refineries Ltd (Moroil).

Réduire les déchets, limiter la consommation énergétique et repenser les emballages figurent parmi les défis auxquels l’industrie agroalimentaire est confrontée. Pour Jérôme Clarenc, «Managing Director» de Moroil, la transition vers des pratiques plus responsables repose aussi sur des investissements adaptés, un cadre incitatif et une meilleure valorisation des ressources locales.

■ Les exigences en matière de développement durable se renforcent, tant du côté des consommateurs et des investisseurs que des autorités. Comment une entreprise industrielle s’adapte-t-elle à cette évolution ?

Les entreprises industrielles doivent intégrer progressivement les enjeux du développement durable dans leur stratégie et leurs activités. Cela passe notamment par une meilleure traçabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement et par la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions d’investissement. L’efficacité énergétique, la réduction des déchets et la gestion responsable des approvisionnements font également partie des aspects à considérer, tout comme les risques liés au changement climatique et à l’évolution de la réglementation.

Il est aussi nécessaire de mesurer les performances ESG et de communiquer les résultats obtenus. La transparence est en effet de plus en plus attendue par les consommateurs et les investisseurs.

■ L’industrie agroalimentaire est souvent pointée du doigt pour son impact environnemental. Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels le secteur est confronté aujourd’hui ?

L’un des principaux défis consiste à concilier les objectifs de développement durable avec les réalités économiques, tout en préservant la compétitivité, en maîtrisant les coûts et en assurant la continuité des activités. La transition vers des technologies et des sources d’énergie moins carbonées nécessite des investissements importants.

L’empreinte environnementale du secteur ne se limite pas aux activités en usine. Elle s’étend à l’ensemble de la chaîne de production, de l’agriculture au transport, en passant par la consommation d’énergie et d’eau, les emballages, la distribution et la consommation. Une part importante des émissions de carbone provient ainsi de l’amont, notamment de la production des matières premières.

À cela s’ajoutent des enjeux opérationnels, comme la maîtrise des consommations d’énergie et d’eau, l’optimisation des emballages ainsi que la gestion et la valorisation des déchets.

■ La réduction des déchets est devenue une priorité pour de nombreuses entreprises. Au-delà des obligations réglementaires, comment une entreprise peut-elle inscrire cette démarche dans une véritable stratégie d’économie circulaire ?

La réduction des déchets repose sur une approche d’économie circulaire, qui privilégie leur réutilisation, leur recyclage ou leur valorisation plutôt que leur élimination.

Pour Moroil, cela passe par la réduction des déchets à la source, le tri et le développement de filières de recyclage ou de valorisation afin de limiter le recours à la décharge. Cette démarche repose notamment sur des partenariats avec des acteurs spécialisés, comme Bioil pour la valorisation des huiles usagées et WeCycle pour le recyclage du carton. Elle comprend également l’introduction progressive de R-PET (PET recyclé) dans les emballages, une matière issue du recyclage du plastique et destinée à être réutilisée dans la fabrication de nouveaux emballages. Cette approche nécessite aussi l’implication des équipes en interne, afin que le tri et la réduction des déchets deviennent des pratiques quotidiennes.

■ Moroil collabore avec «Bioil» et «WeCycle» sur plusieurs initiatives de recyclage et de valorisation des déchets. Quels enseignements tirezvous de ces partenariats ?

Les initiatives menées avec Bioil et WeCycle permettent de détourner davantage de déchets de la décharge et de donner une seconde vie aux matières récupérables. Avec Bioil, les huiles usagées sont collectées auprès de certains hôtels et restaurants, ainsi que par l’intermédiaire des BioilBox installées à des points stratégiques de l’île. Elles sont ensuite recyclées et transformées en énergie verte. Ce partenariat contribue également à la préservation de la biodiversité. Pour chaque box remplie, un arbre endémique est planté à Rodrigues, en collaboration avec la Mauritian Wildlife Foundation.

En 2025-2026, la collaboration avec WeCycle a permis de récupérer 2,8 tonnes de carton, soit une hausse de 13 % par rapport à l’exercice précédent. Parallèlement, Moroil a étendu le tri à la source à de nouveaux types de déchets et renforcé ses partenariats avec les recycleurs et les ONG. Un programme de tri à l’échelle du site a ainsi été lancé en mai 2026, en complément des filières déjà en place pour la ferraille, le carton et les déchets électroniques.

■ La réduction des emballages constitue un enjeu pour les industriels. Quels résultats attendezvous de l’utilisation des conteneurs «Intermediate Bulk Container» (IBC) dans vos opérations ?

Les conteneurs IBC de 1 000 litres permettent de réduire le recours aux emballages à usage unique grâce à un système de distribution en vrac réutilisable. Cette solution permet de livrer de l’huile comestible aux partenaires commerciaux qui achètent de gros volumes, sans utiliser les emballages individuels ni les cartons associés. En 2025-2026, ces livraisons en vrac ont permis de réduire de 10 tonnes la quantité de plastique à usage unique utilisée et de 6 tonnes celle des emballages en carton.

■ La maîtrise de la consommation énergétique est devenue un enjeu économique autant qu’environnemental. Quelles sont aujourd’hui les priorités de Moroil dans ce domaine ?

Nous misons progressivement sur des équipements plus performants pour optimiser notre consommation énergétique. Cela passe notamment par l’installation de variateurs de vitesse et par la transformation, à terme, de notre chaudière afin de recourir à des solutions énergétiques moins carbonées.

Sur le plan électrique, avec l’appui technique de GreenYellow, nous participons au projet Carbon Neutral Industrial Sector, mis en place par le Central Electricity Board, à travers l’installation de panneaux solaires visant à compenser notre consommation d’électricité sur le réseau national. L’objectif est d’améliorer l’efficacité de notre production, de réduire notre dépendance aux ressources à forte empreinte carbone et de renforcer notre capacité à faire face aux effets du changement climatique.

■ Maurice s’est engagé à accélérer sa transition énergétique et à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Selon vous, quelles conditions doivent être réunies pour permettre aux industriels d’accompagner efficacement cette transition ?

Il faut donner aux entreprises les moyens de concrétiser leurs ambitions. Cela suppose un cadre réglementaire clair, mais aussi des incitations fiscales, des exemptions ou des mécanismes de soutien permettant aux industriels d’investir dans des technologies plus propres et plus efficaces. L’accompagnement par des experts est également essentiel pour identifier des solutions techniques adaptées aux besoins de chaque entreprise.

Les industries sont particulièrement concernées par cette transition en raison de leur consommation énergétique. Toutefois, les efforts doivent mobiliser l’ensemble des citoyens, des entreprises et des institutions publiques. Une approche collective est nécessaire pour accélérer la transition énergétique et réduire les émissions de gaz à effet de serre à Maurice.

■ Selon vous, quels sont les principaux avantages de la production locale, par rapport à l’importation, pour contribuer à une île Maurice plus durable ?

La production locale contribue à la sécurité alimentaire en réduisant la dépendance aux importations et en limitant l’exposition aux perturbations du commerce international. Elle peut également favoriser une meilleure maîtrise de l’approvisionnement face aux aléas climatiques qui affectent les chaînes de production et de distribution.

Elle offre aussi une meilleure visibilité sur l’origine des matières premières et les différentes étapes de la chaîne de valeur. En limitant les distances de transport, elle peut contribuer à réduire certaines émissions liées à la logistique, ainsi que les emballages associés aux longs circuits d’approvisionnement.

Enfin, la production locale favorise les échanges entre entreprises mauriciennes et peut faciliter le recyclage et la réutilisation des ressources dans le cadre de démarches d’économie circulaire. Elle peut ainsi contribuer à la réduction de certaines pressions environnementales tout en soutenant l’activité économique nationale.

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