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Jaydeo Coonee, de la pirogue au restaurant
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Jaydeo Coonee, de la pirogue au restaurant
Après 45 ans passés en mer, ce pêcheur de Grand-Baie a su transformer son travail en une véritable aventure familiale. Parti d’une petite pirogue, il possède aujourd’hui quatre bateaux et a ouvert son propre restaurant, Lakaaz Lamer. Mais derrière cette réussite se cachent des années d’efforts, des sacrifices et une épreuve qu’il n’oubliera jamais : le naufrage de son bateau.
À Grand-Baie, la mer a longtemps été son lieu de travail, mais aussi son principal moyen de subsistance. Pour Jaydeo Coonee, tout a commencé avec une petite pirogue et l’envie de s’en sortir.
Son histoire commence dans un contexte familial difficile. Les moyens manquent et les conditions de vie sont modestes. Il se souvient notamment de la maison en paille dans laquelle il vivait avec sa famille. Alors qu’il fréquente encore l’école, il découvre peu à peu le monde de la pêche aux côtés de ses camarades. La mer, toute proche, exerce sur lui une certaine fascination. Ce qui commence comme une activité partagée avec ses amis devient progressivement un métier, auquel il se consacre avec l’espoir de construire une vie meilleure. Il raconte : «J’ai commencé avec une petite pirogue. C’était mon moyen de gagner ma vie. Petit à petit, j’ai continué à travailler.»
Au début, le travail est loin d’être facile. Les sorties en mer demandent de l’endurance et les revenus ne sont pas toujours réguliers. Mais Jaydeo Coonee ne se décourage pas. Avec le temps, il se rapproche d’autres pêcheurs et l’idée de voir plus grand prend forme. Le lagon étant déjà très fréquenté, ils décident de construire un bateau plus important afin de pouvoir aller pêcher plus loin.
Les efforts finissent par porter leurs fruits. En s’éloignant des côtes, ils parviennent à ramener de plus belles prises et à développer leur clientèle. Les livraisons aux restaurants se multiplient, tandis que des clients viennent acheter leur poisson directement au débarcadère de Grand-Baie.
L’activité prend de l’ampleur. Un premier bateau ne suffit bientôt plus. Il faut investir, s’organiser et continuer à avancer. Un deuxième bateau vient renforcer l’activité, puis d’autres embarcations rejoignent la flotte au fil des années. Il en possède aujourd’hui quatre. Ses enfants lui prêtent main-forte.
C’est d’ailleurs avec eux qu’une nouvelle idée voit le jour : pourquoi ne pas ouvrir un restaurant pour proposer directement aux clients le poisson pêché par la famille ? L’idée fait son chemin et devient réalité avec Lakaaz Lamer. Le nom n’a pas été choisi au hasard : il fait référence à leur métier et à cette mer qui leur a permis de construire leur vie.
«Il faut faire son travail avec amour»
Pour Jaydeo Coonee, la réussite ne repose pas uniquement sur le nombre de bateaux ou sur l’activité commerciale. Elle tient surtout à sa manière de travailler. Il insiste sur l’importance de la discipline, de la prévoyance et de l’amour du métier : «Comme lorsqu’on mange avec appétit, il faut aussi faire son travail avec amour. C’est ainsi qu’on peut bien le faire.»
Cette philosophie lui a permis de traverser des périodes difficiles. Il dit avoir toujours veillé à mettre de l’argent de côté pour faire face aux mauvais jours, lorsque la météo ne permet pas de prendre la mer. Une précaution essentielle, selon lui, dans un métier aux revenus incertains.
Mais même avec 45 ans d’expérience, la mer reste imprévisible. Il en a fait la douloureuse expérience le jour où son bateau a fait naufrage. Il se souvient : «Le bateau a chaviré et a fini par couler. Nous étions en difficulté, mais nous avons réussi à rester en contact. La Coast Guard a été alertée et un hélicoptère est également intervenu. Il tournait au-dessus de l’endroit où nous nous trouvions avant que les secours ne viennent nous récupérer.»
Un moment particulièrement éprouvant pour lui et ceux qui l’accompagnaient. Il mesure encore aujourd’hui la chance qu’ils ont eue d’être secourus.
Cette épreuve ne l’a pas détourné de la mer. Elle semble au contraire avoir renforcé sa conscience des risques du métier. Il comprend d’ailleurs pourquoi les jeunes sont de moins en moins nombreux à vouloir se lancer dans cette profession : les longues heures en mer, les conditions parfois difficiles et les dangers rendent ce métier particulièrement exigeant.
De sa petite pirogue à ses quatre bateaux, jusqu’à l’ouverture de son restaurant, Jaydeo Coonee a construit son activité étape par étape. La mer lui a apporté son lot de difficultés, mais aussi les moyens de bâtir sa vie. Son histoire continue aujourd’hui de s’écrire avec ses enfants, à travers le poisson fraîchement pêché qu’ils proposent à leurs clients.
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