Publicité

Jiu-jitsu brésilien

Jaunbocus : «Nous défendons la spécificité du JJB pratiqué par la MBJJF»

8 octobre 2026, 10:01

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Jaunbocus : «Nous défendons la spécificité du JJB pratiqué par la MBJJF»

Tawfiq Jaunbocus est le pionnier de la MBJJF à Maurice.

Réagissant aux déclarations de Nuvin Proag, président de la MJJF, qui revendique son organisation comme le ‘governing body’ du jiu-jitsu brésilien à Maurice, Tawfiq Jaunbocus revient sur les origines de la discipline dans l’île. Il évoque la période de la Mauritius Judo Jujitsu Federation, la première affiliation du Ju Jitsu à la JJIF, la venue à Maurice de son président mondial Paul Hoglund, puis la séparation entre le judo et le Ju-Jitsu. Il explique ensuite comment les choses ont évolué pour le Ju Jitsu (qu’il qualifie de traditionnel) selon lui tandis que lui-même s’est tourné vers le Jiu-Jitsu Brésilien et a créé la MBJJF. Tawfiq Jaunbocus dit assumer ses propos.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir aux origines du ju-jitsu organisé à Maurice. Comment les choses se sont-elles mises en place ?

Dans les années 2000- 2010, le ju-jutsu était rattaché à la fédération de judo, sous la tutelle du ministère des Sports, alors dirigé par Sylvio Tang. Une structure commune avait ainsi été mise en place sous le nom de Mauritius Judo Jujutsu Federation. Nous étions plusieurs pionniers à gérer le volet ju-jitsu, notamment Sorab Mowlabacus, Mahun Abelak, Koustar Mahomedhossen, Rajkumar Sahaye, Farook Pirbacosse, Prisila Balaghee, Goolam Cader Ali, Kailash Patan et moi-même.

Vous avez également joué un rôle dans l’affiliation internationale de cette structure ?

Oui. C’est nous, l’équipe de pionniers de l’époque, qui avons entrepris les démarches pour obtenir la première affiliation internationale du ju-jitsu mauricien auprès de la Ju-Jitsu International Federation, la JJIF. Cela nous a demandé beaucoup de temps, d’énergie et de moyens financiers. Nous avons notamment fait venir à Maurice Paul Hoglund, qui était alors président mondial de la JJIF afin de sceller cette reconnaissance internationale. Nuvin Proag était alors secrétaire de la fédération de judo. (NDLR : Selon les archives de l’express, Nuvin Proag était alors secrétaire général de la Mauritius Judo Ju Jutsu Federation).

Pourquoi cette organisation commune entre le judo et le ju-jitsu a-t-elle finalement éclaté ?

Il y avait des blocages administratifs et des désaccords au sein de la fédération judo-jujitsu. Pendant près de deux ans, nous avions effectué de nombreuses démarches auprès de la fédération internationale de l'époque, en consacrant beaucoup de ressources, sans obtenir le soutien et la reconnaissance que nous espérions. Le climat de travail était devenu très difficile. Finalement, le judo et le ju-jitsu se sont séparés et chacun a poursuivi son chemin.

Et après cette séparation, qu’est-il advenu du ju-jitsu ?

Après la séparation d’avec le judo, les fondateurs de la structure du Ju Jitsu au début des années 2000 à Maurice ont appris que leur groupe avait perdu son affiliation à la fédération internationale de ju Jitsu. Ils ont aussi appris que Nuvin Proag (NDLR : qu’ils n’arrivaient pas à joindre au départ, dit Tawfiq Jaunbocus) avait obtenu la représentation de la JJIF à Maurice. Il a par la suite poursuivi cette activité au sein de la MJJF, dans la continuité du courant de ju-jitsu qui avait été développé auparavant et avec les références de la JJIF. De mon côté, je me suis tourné spécifiquement vers le Jiu-Jitsu Brésilien et ai commencé à travailler à son développement autonome à Maurice. C’est dans cette démarche que la Mauritius Brazilian Jiu-Jitsu Federation, la MBJJF, a été créée.

Quand cette nouvelle étape commence-t-elle réellement ?

Après cet épisode, nous avons commencé à nous consacrer au Jiu-Jitsu Brésilien, à le découvrir, à le pratiquer et surtout à le structurer. C’était une orientation différente. Nous voulions développer le BJJ comme une discipline avec ses propres références et sa propre identité. L’entité a ensuite été enregistrée en 2011 et, en 2013, elle a obtenu le statut de Fédération nationale (NSF), qu’elle a conservé jusqu’en 2016.

Donc, selon vous, la MJJF et la MBJJF sont issues de deux orientations différentes après la séparation ?

Exactement. Il faut comprendre cette filiation historique. La MJJF a poursuivi le développement du ju-jitsu dans la continuité de la structure (de départ) et de l’affiliation JJIF. Pour ma part, j’ai choisi de développer spécifiquement le Jiu-Jitsu Brésilien. Ce sont deux trajectoires qui ont coexisté pendant de nombreuses années. Il y avait d’ailleurs une excellente entente et un respect mutuel absolu pendant très longtemps. Des entraînements croisés étaient même organisés et des pratiquants venant d’autres disciplines, y compris du judo ou de la MJJF, venaient très régulièrement s’entraîner à la MBJJF pour perfectionner leur travail au sol. Il n'y avait aucun conflit, chacun travaillait dans le respect des compétences de l'autre.

Qu’est-ce qui change en 2016 avec l’entrée en vigueur du Sports Act ?

Le Sports Act de 2016 a modifié les critères pour être reconnu comme National Sports Federation. Il fallait notamment compter au moins 50 athlètes, avoir une présence dans trois régions et être affilié à SportAccord. La MBJJF remplissait, selon nous, les critères concernant le nombre de pratiquants et la présence régionale, mais pas celui de l’affiliation à SportAccord. Nous avons donc cessé d’être reconnus comme National Sports Federation. Je ne prétends pas aujourd’hui que la MBJJF possède ce statut au sens de la loi actuelle. Ce que je conteste, c’est qu’on puisse en déduire que la MBJJF n’aurait plus de légitimité pour développer le Jiu-Jitsu Brésilien à Maurice.

Vous avez pourtant contesté la pertinence de certains de ces critères.

Oui. Je me suis notamment interrogé sur la pertinence de l’exigence liée à SportAccord. En 2017, nous avions organisé une manifestation à Bel Air pour exprimer notre position. Il y avait, selon mon estimation, entre 600 et 700 personnes. Cela démontrait qu’il existait une communauté importante autour du BJJ et qu’il ne s’agissait pas d’une activité marginale.

Pourquoi insistez-vous autant sur le fait que le Jiu-Jitsu Brésilien pratiqué par la MBJJF constitue une discipline à part entière ?

Parce que le BJJ possède sa propre identité. Il a ses règles de compétition, son système de grades, sa culture, son histoire, ses enseignants, sa filiation et ses circuits internationaux. Ce n’est pas parce que certaines techniques sont communes à plusieurs disciplines qu’elles deviennent une seule et même discipline. La boxe, le kick-boxing, le muay-thaï et la savate peuvent également avoir des techniques qui se ressemblent. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils constituent une seule discipline.

Vous accordez une importance particulière à la notion de filiation (lineage). Pourquoi ?

Parce qu’elle est fondamentale dans le Jiu-Jitsu Brésilien (NDLR : tel qui’ il est pratiqué par la SJJIF et la MBJJF). Il existe une continuité dans la transmission entre les professeurs, leurs enseignants et leurs maîtres. Le système de ceintures et la progression technique font partie de cette identité. C’est une histoire qui se transmet. Selon moi, on ne peut pas simplement prendre certaines techniques du BJJ et considérer que cela suffit à définir la discipline.

WhatsApp Image 2026-10-08 at 09.33.36 La dernière édition de l’Open Africa organisé par la MBJJF a eu lieu à Côte d’Or en août dernier.

Cette question de l’identité du BJJ s’est particulièrement posée autour du Ne-Waza et des championnats d’Afrique organisés sous l’égide de la JJIF ?

Oui. Les événements de 2024 ont marqué un tournant. Selon moi, le Ne-Waza (NDLR : pour la JJIF et la MJJF présidée par Nuvin Proag, ainsi que d’autres organisations internationales, le Ne-Waza et le Jiu Jitsu brésilien sont la même discipline) et le BJJ peuvent avoir des similitudes techniques, mais cela ne signifie pas qu’il faut automatiquement les assimiler. Ils ont des réalités sportives, culturelles et institutionnelles différentes. Après les championnats d’Afrique organisés en 2024 sous l’égide de la JJIF, nous avons notamment contesté le fait que certains résultats soient présentés publiquement comme ceux de champions d’Afrique de Jiu-Jitsu Brésilien. C'est ce genre de confusion qui a rompu le climat d'entente qui prévalait jusqu'alors.

Pourtant, la MJJF s’appuie sur son affiliation à la JJIF pour se déclarer l'instance dirigeante du Brazilian Jiu Jitsu.

La JJIF est une organisation internationale reconnue et elle régit plusieurs formes de ju-jitsu. Je ne remets pas cela en cause. Mais le fait qu’elle soit une organisation de référence pour certaines formes de ju-jitsu, notamment le Ne-Waza, ne signifie pas automatiquement qu’elle est l’organisation de référence pour l’ensemble du Jiu-Jitsu Brésilien mondial. Le BJJ possède ses propres organisations internationales, ses propres compétitions et ses propres références.

Est-ce le cas de la SJJIF et de l’IBJJF ?

Exactement. Ce sont des organisations internationales majeures qui se consacrent spécifiquement et exclusivement au Jiu-Jitsu Brésilien. C’est dans cet environnement mondial que nous avons inscrit le développement de la MBJJF dès le départ. Notre démarche n’est pas de nier le ju-jitsu pratiqué par la MJJF. Nous disons simplement que le BJJ a sa propre réalité internationale et qu’elle doit être respectée.

Venons-en à la question de la représentation de Maurice et aux exigences réglementaires comme la lutte antidopage. La MBJJF respecte-t-elle ces critères ?

Absolument. En ce qui concerne l'antidopage, lorsque nos athlètes participent à des compétitions internationales sous l'égide d'organisations de BJJ reconnues mondialement comme la SJJIF, ils sont soumis au même processus que ceux prévus par l'Agence mondiale antidopage (AMA/WADA). Nous faisons respecter ces exigences strictes au même titre que n'importe quelle entité sportive responsable. Quant à la représentation internationale, il faut faire une distinction : la MBJJF ne prétend pas représenter officiellement l’État mauricien au sens administratif du Sports Act de 2016. Mais lorsqu’un athlète mauricien participe à une compétition internationale de BJJ organisée par une fédération mondiale spécifique à notre discipline, il reste Mauricien. S’il monte sur le podium, il peut être identifié comme Mauricien et célébrer avec le drapeau national. Il faut distinguer la représentation institutionnelle de l’État de l’identité sportive et nationale de l’athlète.

Vous contestez donc l’idée selon laquelle une seule structure pourrait revendiquer le jiu-jitsu brésilien à Maurice ?

Oui. Le sport n’appartient à personne. La MJJF développe sa vision du jiu-jitsu (brésilien) avec ses références et ses circuits internationaux. La MBJJF développe le Jiu-Jitsu Brésilien avec ses propres règles, son système de grades, sa filiation et ses organisations internationales. Les deux peuvent coexister. Il n’est pas nécessaire que l’une cherche à englober l’autre.

Vous remettez également en question la notion de représentativité nationale sur le terrain ?

Oui. Pour moi, la représentativité ne devrait pas se mesurer uniquement à un nombre minimum de pratiquants ou à une présence administrative dans trois régions. Elle devrait aussi tenir compte du développement réel de la discipline sur tout le territoire. Il faut notamment regarder quels clubs et quels pratiquants sont réellement représentés dans la structure qui revendique cette position. Par ailleurs, il existe des clubs historiques de ju-jitsu qui, malgré leur présence et leur contribution majeure au développement de la discipline, méritent également d’être pris en considération.

Vous estimez donc que le débat dépasse aujourd’hui la simple question du statut administratif ?

Ce qui est en jeu, c’est la reconnaissance de la spécificité du Jiu-Jitsu Brésilien. Nous ne demandons pas de supprimer la MJJF. Nous demandons que le BJJ développé par la MBJJF puisse être reconnu pour ce qu’il est, avec ses règles, son système de grades, sa filiation, son histoire et ses circuits internationaux.

Envisagez-vous des démarches pour faire valoir cette position ?

Nous étudions les différentes voies possibles auprès des autorités compétentes. Cela peut passer par les instances sportives concernées, voire par une procédure d’arbitrage ou une juridiction sportive. Nous voulons que cette question soit examinée sur le fond et que l’histoire du BJJ à Maurice soit également prise en compte.

Vous avez beaucoup insisté sur l’histoire. Pourquoi est-ce si important pour vous aujourd’hui ?

Parce qu’on ne peut pas séparer la situation actuelle de ce qui s’est passé à l’origine. Nous avons participé à l’introduction du ju-jitsu organisé à Maurice, aux premières démarches auprès de la JJIF et à la venue de Paul Hoglund, l’ancien président de la JJIF. Après la séparation du judo et du ju-jitsu, chacun a pris une direction. Nuvin Proag a poursuivi (entre autres) le ju-jitsu à travers la MJJF et, de mon côté, j’ai choisi le Jiu-Jitsu Brésilien et contribué à créer et développer la MBJJF. J’assume donc pleinement ce que je dis. Je parle d’une histoire à laquelle j’ai participé et d’une discipline que nous avons contribué à développer à Maurice.

Petit rappel de la MJJF sur la question

Pour Nuvin Proag, président de la Mauritius Ju-Jitsu Federation (MJJF), sa fédération est le governing body du Jiu-Jitsu brésilien à Maurice, qu’elle compte parmi les disciplines qu’elle encadre, aux côtés du Ju-Jitsu Fighting, du Contact Ju-Jitsu, du Duo Show et du Para Jiu-Jitsu.

Il souligne que la MJJF détient le statut de National Sports Federation (NSF) sous le Sports Act 2016, contrairement à la Mauritius Brazilian Jiu-Jitsu Federation (MBJJF), qu’il considère comme une organisation sportive. Selon lui, ce statut confère des prérogatives et des responsabilités spécifiques, notamment en matière de lutte antidopage, de structures régionales et de représentation officielle de Maurice à l’international. Nuvin Proag met également en avant les affiliations de la MJJF à la Ju-Jitsu International Federation (JJIF), notamment auprès de SportAccord, de l’AIMS, de l’IWGA, de l’OCA et de la FISU. Il rappelle enfin que le statut de NSF permet à ses athlètes, sous réserve des critères applicables, d’accéder à certains dispositifs, dont l’accompagnement de la High Level Sports Unit et le Trust Fund for Excellence in Sports. Selon lui, les athlètes de la MBJJF ne sont pas éligibles à ces dispositifs en tant que simple organisation sportive.

Publicité