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Questions à... Dr Béatrice Antonio-Françoise

«Grâce à notre coordination, les manuels pour le Grade 12 sont actuellement en phase de finalisation»

8 décembre 2023, 21:04

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«Grâce à notre coordination, les manuels pour le Grade 12 sont actuellement en phase de finalisation»

Dr Béatrice Antonio-Françoise, linguiste et pédagogue au Mauritius Institute of Education

La ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, a annoncé, samedi, lors du lancement du «Festival kiltir ek langaz kreol morisien», que le créole sera intégré en classe de terminale, soit lors du Higher School Certificate. Plusieurs institutions demandent que cette matière, le «kreol morisien», soit introduite dès 2024. À cet égard, la Dr Béatrice Antonio-Françoise, linguiste et pédagogue au Mauritius Institute of Education (MIE), affirme que les manuels sont en cours de finalisation.

Depuis quelques années, il est question d’introduire le «kreol morisien» (KM) en Grade 12. Quelles seraient les implications pour que cette matière puisse être lancée en 2024 ?

Il aurait été nécessaire de disposer d’un cadre national des programmes d’études (National Curriculum Framework), et d’un programme d’enseignement et d’apprentissage (Teaching and Learning Syllabus). La bonne nouvelle est que ces deux documents ont déjà été préparés par une équipe, sous la coordination du MIE. De plus, ces documents ont reçu l’approbation de l’université de Maurice (UoM), représentant ainsi une étape importante. Ces documents ont été élaborés pour les classes des Grades 10 à 13, et le travail a été achevé et approuvé par l’UoM.

Actuellement, je coordonne la création des manuels pour le Grade 12, et le travail a déjà été lancé et finalisé à notre niveau. Cette réalisation a été rendue possible grâce à une équipe d’éducateurs, et le manuel devrait être lancé au début de l’année prochaine. Tout est donc prêt pour ce sujet, s’il est proposé aux élèves en 2024.

Dispose-t-on de suffisamment d’œuvres littéraires pour lancer cette matière l’année prochaine ?

Je peux confirmer que oui. Depuis quelques mois, un comité interinstitutionnel a été mis en place au sein du MIE. Je coordonne ce groupe composé de représentants de l’UoM, du MIE, du Mauritius Examinations Syndicate (MES), du ministère et du Service diocésain de l’éducation catholique (Sedec). Nous avons tous travaillé de concert pour établir une liste des différents ouvrages de littérature créole qui pourraient être utilisés. Nous avons déjà effectué une catégorisation par genre, incluant le roman, la nouvelle, le conte, le ti zistwar, la poésie et le théâtre. Dans chaque catégorie, nous avons sélectionné au moins cinq ouvrages. Bien que cela ne soit pas une liste exhaustive, nous avons fait des choix en tenant compte du niveau des élèves. La décision finale reviendra au MES et aux institutions concernées pour sélectionner les ouvrages qui seront utilisés l’année prochaine. Il faut savoir que c’est un domaine extrêmement riche et qui ne demande qu’à être exploité à des fins pédagogiques.

Beaucoup se demandent : apprendre le KM, c’est bien, mais à quoi cela leur servira-t-il ? D’autant plus qu’à Maurice et même à l’étranger, l’anglais et le français sont les langues les plus privilégiées…

C’est une question qui a souvent été posée au cours de ces dernières années. Et je préfère me référer à deux interventions qui ont eu lieu samedi lors du «Festival kiltir ek langaz kreol morisien» autour de ce sujet. Le professeur RughoonundunChellapermal a mis en avant le fait que l’enfant de la République de Maurice a le choix d’opter pour cette matière. C’est une manière pour lui d’être réhabilité dans sa dignité et dans son identité en tant que Mauricien. De plus, le professeur Arnaud Carpooran a mis l’accent sur la justice sociale, où l’enfant de la République a le droit d’apprendre dans et à travers sa langue première. Ces deux arguments viennent expliquer le pourquoi de son importance dans le système scolaire.

Le choix final, bien sûr, revient aux parents et à l’enfant qui décidera s’il veut suivre cette matière ou pas.

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