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Sécurité en mer

Faut-il sanctionner les imprudents malgré les alertes ?

10 août 2025, 14:30

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Faut-il sanctionner les imprudents malgré les alertes ?

■ Kheshaw Kumar Jhummun, avocat.

L’île Maurice a été marquée par deux drames liés à la noyade en l’espace de 24 heures en début de semaine. Le premier corps retrouvé était celui de Jean Curtis Felix, 39 ans, découvert au large de La Cuvette, à Grand Baie, le lundi 4 août. Le même jour, un second cas a été enregistré à St-Pierre, où le corps sans vie de Moteelalljee Senrundon, pensionné de 70 ans, a été repêché dans un bassin de La Laura Guest House. Les circonstances exactes de ce décès font l’objet d’une enquête.

Ces incidents surviennent dans un contexte météorologique particulièrement défavorable. En effet, un avertissement de fortes houles de la station météo de Vacoas était en vigueur du 5 au 6 août. Il signalait la présence d’un anticyclone au sud-ouest des Mascareignes, engendrant un temps venteux et relativement froid, avec des houles pouvant atteindre quatre mètres et des rafales jusqu’à 70 km/h.

Ces conditions météorologiques imposent une vigilance accrue et des restrictions, notamment en déconseillant aux pêcheurs et plaisanciers ainsi qu’au public de s’aventurer en mer ou sur les plages. Pourtant, malgré ces alertes répétées, certains Mauriciens persistent à ignorer les recommandations de prudence.

Le jeudi 6 août, une scène spectaculaire s’est produite au Pont Naturel, dans le sud : un homme en difficulté sur une falaise a dû être secouru en urgence par le Police Helicopter Squadron. Incapable de se dégager, et face à la dangerosité du terrain, il a dû être hélitreuillé après une intervention délicate malgré les vents violents.

Ces événements soulèvent une question cruciale : faut-il instaurer une loi sanctionnant ceux qui accèdent aux plages, rivières ou zones à risque pendant les alertes météorologiques officielles ? Pour apporter un éclairage juridique, nous avons consulté Me Kheshaw Kumar Jhummun.

?Peut-on introduire une loi sanctionnant les comportements à risque en période d’alerte ?

Selon Mᵉ Jhummun, bien que des avertissements à haut risque soient régulièrement émis par les services météorologiques, la Mauritius Meteorological Services Act 2019 ne prévoit aucune sanction pour ceux qui ne respecteraient pas ces consignes. Le cadre juridique relatif à la gestion des risques, la National Disaster and Risk Reduction Management Act, organise surtout la coordination des réponses nationales aux catastrophes mais ne prévoit pas de pénalités pour les comportements à risque.

Une nouvelle loi pourrait être adoptée, soit en créant un texte spécifique, soit en modifiant des lois existantes telles que la Beach Authority Act ou la Mauritius Meteorological Services Act. Cette législation devrait définir clairement les comportements interdits (accès à des zones à risque pendant une alerte officielle), prévoir un barème de sanctions (amendes fixes, amendes progressives, travaux d’intérêt général) et accorder des pouvoirs d’application aux forces de l’ordre.

?Quels obstacles juridiques ?

Liberté de circulation et liberté individuelle

Le principal frein légal serait le respect des droits constitutionnels garantissant la liberté de circulation. Une restriction d’accès aux plages pourrait être contestée, sauf si le gouvernement peut démontrer que la mesure est proportionnée et justifiée par un danger clair et immédiat.

Difficultés pratiques d’application

Le contrôle et la surveillance des zones à risque lors de conditions météorologiques sévères posent un réel défi. Il serait dangereux, voire impossible, pour les autorités de patrouiller toutes les plages simultanément lors de fortes houles ou vents violents.

?Des exemples à suivre ?

Certains pays ont déjà des dispositifs similaires. Aux États-Unis, plusieurs états côtiers peuvent fermer leurs plages en cas d’ouragans, avec des sanctions pour les contrevenants. En Australie, des lois autorisent les fermetures de plages et des amendes en cas d’infraction. Le Japon impose des ordres d’évacuation obligatoires assortis de sanctions légales. La Réunion, voisine de Maurice, interdit la circulation lors des alertes rouges et sanctionne les contrevenants, un modèle pertinent pour Maurice.

?Conclusion : loi ou sensibilisation ?

Mᵉ Jhummun insiste cependant sur le fait que la meilleure approche n’est pas nécessairement une sanction immédiate, mais plutôt un effort accru de sensibilisation et d’éducation du public. Informer et responsabiliser la population sur les dangers liés aux intempéries est souvent plus efficace et moins contraignant que des mesures coercitives. Face à la gravité des incidents récents, il est urgent de combiner campagnes d’information, implication des autorités, des médias et des acteurs locaux afin d’atteindre un comportement plus responsable des citoyens.

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