Publicité

Délinquance juvénile

«Est-ce qu’on va criminaliser la misère ?»

30 octobre 2026, 15:55

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

«Est-ce qu’on va criminaliser la misère ?»

Mᵉ Kailash Trilochun et Nando Bodha, les fers de lance du Rassemblement mauricien, face à la presse ce vendredi 30 octobre 2026 à l’hôtel Hennessy Park, Ébène. (© Dev Ramkhelawon)

Le Rassemblement mauricien (RM) rejette l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale de 14 à 12 ans et réclame une commission d’urgence à la place du Select Committee. Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 30 octobre 2026 à l’hôtel Hennessy Park, à Ébène, son leader, Nando Bodha, et Me Kailash Trilochun s’en sont aussi pris au Police (Amendment) Bill et au Criminal Justice (Offenders Assisting Investigations and Prosecutions) Bill 2026.

Deux semaines après la décision du Cabinet de confier la question à un Select Committee, le RM choisit de la ramener sur le terrain social. Nando Bodha parle d’abord des enfants qui décrochent de l’école et grandissent entre logements exigus et foyers éclatés, à la portée des réseaux de drogue et de prostitution. Baisser l’âge pénal reviendrait, selon lui, à s’attaquer aux conséquences en laissant les causes intactes. «Un État qui décide que des enfants de moins de 14 ans peuvent aller en prison est un État qui abdique sa responsabilité», lance-t-il, avant de demander : «Est-ce qu’on va criminaliser la misère ?»

Le leader du RM ne plaide pas pour autant pour l’impunité. Un délit commis doit être jugé, dit-il, mais par un système qui mesure la maturité de l’enfant et sa capacité à comprendre ses actes, l’intention restant au cœur du droit pénal. «Un enfant, c’est un enfant», insiste Mᵉ Kailash Trilochun. Les chiffres qu’il avance révèlent un décalage : le chômage national est à 5,7 %, son niveau le plus bas depuis 20 ans, mais il touche 18,4 % des jeunes. Nando Bodha propose, lui, une commission d’urgence indépendante, tenue par un calendrier et réunissant experts et acteurs de terrain.

«L’arme ultime pour un coup d’État»

C’est sur le Police (Amendment) Bill, voté le 20 octobre, que l’avocat se montre le plus alarmiste. Il y voit «probablement l’amendement le plus dangereux» adopté à ce jour. La Police Act permettait déjà d’émettre un curfew order localisé en période d’urgence. Le texte donne désormais au commissaire de police le pouvoir de décréter un confinement à l’échelle du pays, une assignation à résidence pour toute la population, selon Mᵉ Kailash Trilochun.

Son argument repose sur un déplacement de pouvoir. Depuis l’Indépendance, un confinement national relève du président de la République, sur avis du Cabinet et sous le contrôle du Parlement. L’amendement le confie à un seul homme, sans préciser dans quelles circonstances ni pour combien de temps. L’avocat imagine un commissaire qui couperait les communications et neutraliserait le Cabinet et la Cour suprême : «Mark my words, this is the ultimate weapon for a coup.» Le texte étant voté, le Rassemblement mauricien n’a plus qu’un recours : il demande au président de ne pas donner son assentiment et de le renvoyer à l’Assemblée nationale.

Le contre-exemple du viol collectif

Le parti s’interroge enfin sur l’urgence avec laquelle le gouvernement présente le Criminal Justice Bill. Le texte permettrait au Directeur des poursuites publiques (DPP) de conclure un accord avec un délinquant qui coopère, en échange de l’immunité ou d’une peine réduite. Pour Mᵉ Kailash Trilochun, le DPP étant une institution constitutionnelle, un tel pouvoir exigerait un amendement de la Constitution, «pas par la fenêtre».

L’avocat a repris l’exemple avancé par le Premier ministre : un viol collectif dont la victime ne peut identifier les agresseurs, l’un d’eux pouvant livrer les autres contre une peine allégée. Or, la loi n’oblige pas à consulter la victime, contrairement à ce qu’a affirmé le chef du gouvernement, et rien n’empêche que l’auteur principal en profite. Si la victime venait à dénoncer l’arrangement, c’est elle qui serait passible d’une amende. Le RM prépare des suggestions d’amendements au projet de loi.

***** 

Limitation des mandats : Nando Bodha va plus loin

Interrogé par un confrère sur la proposition des Nouveaux démocrates de limiter à deux les mandats d’un Premier ministre, Nando Bodha se dit favorable à la mesure, qu’il défend depuis longtemps. Sans règle de ce type, les mêmes grandes figures dominent la vie politique mauricienne depuis 50 ans, selon lui. «Ce n’est pas notre faute, c’est notre système», estime le leader du Rassemblement mauricien, qui souhaite aller plus loin. «Tous les postes constitutionnels devraient être limités à deux mandats», affirme-t-il, citant ceux de président de la République et de DPP.

Publicité