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Abandonnée alors qu’elle était bébé à l’aéroport d’Orly ouest
Emilie M., aux correspondances d’ADN mauricien, veut compléter le puzzle de sa vie
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Abandonnée alors qu’elle était bébé à l’aéroport d’Orly ouest
Emilie M., aux correspondances d’ADN mauricien, veut compléter le puzzle de sa vie
Un peuple ignorant de son histoire est comme un arbre sans racine, disait l’activiste politique jamaïcain Marcus Garvey. C’est un peu le sentiment d’Emilie M. dont l’histoire est peu commune. Abandonnée alors qu’elle était encore bébé à l’aéroport d’Orly à Paris et adoptée par un couple de Français au grand coeur, cette jeune femme aujourd’hui trentenaire a grandi avec une pièce du puzzle manquante à sa vie. Le test d’ADN qu’elle a effectué ayant montré principalement des correspondances mauriciennes, elle cherche depuis à retrouver sa mère, voire toute personne qui pourrait l’éclairer sur ses origines. Pour l’express, elle se dévoile.
C’est à travers une poignante vidéo faite à la fin août 2023 par les journalistes françaises Anaïs Merad et Emma Duffrene, avec et pour le média Origines, postée sur le site Buzzly. fr et qui nous a été récemment transférée, que nous avons pris connaissance de la quête d’Emilie M. qui vient d’avoir 31 ans en décembre dernier mais à qui l’on donnerait bien une dizaine d’années de moins. Vu qu’elle a été abandonnée sans papier près des toilettes de l’aéroport d’Orly Ouest, le samedi 17 septembre 1994, les médecins qui l’ont auscultée ont estimé qu’elle avait neuf mois. «Ma date de naissance a alors été déterminée par rapport à la date de mon abandon.»
Le bébé qu’elle était a été remarqué par une jeune femme qui se rendait aux toilettes de l’aéroport et qui a trouvé étrange qu’aucun adulte n’accompagne l’enfant qui gazouillait dans sa poussette. Celle-ci a alors donné l’alerte. Prise en charge par l’ex-direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS), devenue depuis 2010 l’agence régionale de santé, après six mois en pouponnière, Emilie M. a été adoptée par Philippe et Monique M., un couple de Français au cœur d’or, qui avait déjà un fils adoptif nommé Antoine, de deux ans l’aîné de la petite fille. Philippe M. travaille dans l’administration française alors que sa mère qui est aujourd’hui retraitée, a eu une longue carrière d’aide-soignante. Ils l’ont accueillie à bras ouverts et l’ont aimée dès le début. «J’ai grandi à la campagne dans une famille aimante où j’ai toujours été choyée. Mon frère adoptif et moi avons passé beaucoup de temps avec nos cousins et cousines. Je me sens très chanceuse de l’enfance et l’adolescence que j’ai eues.»
Ses parents adoptifs ne lui ont jamais caché la vérité sur son adoption. «C’est comme si que je l’avais toujours su.»
Un champ infini de possibles
Emilie M. a une vie bien établie. Mariée à Nelson et mère d’un petit garçon, elle exerce comme assistante administrative au sein d’une entreprise depuis une dizaine d’années. Qu’est-ce qui l’a alors poussée à vouloir connaître ses origines et à retrouver sa famille biologique ? «J’utilise parfois une métaphore : C’est comme si que ma vie était un château de cartes. Très bien fait, car oui j’ai des parents adoptifs, une famille au sens large et maintenant un mari et un petit garçon merveilleux mais que ce château flottait au-dessus du vide, sans socle. Car quand les médecins ont supposé que j’avais neuf mois lorsque j’ai été trouvée le 17 septembre 1994, en réalité, j’avais peut-être sept mois, huit mois, dix ou onze mois… Mais je ne sais rien de ces mois, de ma naissance à cette date donnée. Je ne sais pas si je suis née en France, qui s’est occupé de moi, pourquoi on a dû me laisser, quelles sont réellement mes origines et aussi quel était mon prénom de naissance... C’est tout ce mystère qui est obsédant, toutes ces questions qui appellent de nouvelles questions sans cesse. Bien sûr, je n’y pense pas au quotidien mais quand j’y pense, c’est difficile d’accepter de ne pas avoir de réponse, de vraie piste, d’information à laquelle se fier.» Le plus insupportable pour elle «c’est de ne pas savoir car cela ouvre un champs infini des possibles et cela ne finit jamais.»

Emilie M. ne porte aucun jugement sur ses parents biologiques et sur le pourquoi de son abandon. «Pour être vraiment honnête, je trouve cela assez incroyable d’avoir été abandonnée bébé dans un aéroport. Incroyable parce qu’un aéroport appelle le voyage et donc quelque part, le rêve. Incroyable aussi parce que c’est assez atypique, même si j’ai déjà entendu d’autres histoires de bébés abandonnés dans des aéroports, notamment un en Angleterre mais cela reste quand même assez rare. Mais au-delà de cela, je trouve surtout incroyable que personne n’ait rien vu, qu’il n’y ait pas d’indices dans un tel endroit.
Non, je ne juge pas du tout mes parents biologiques d’avoir fait ça. Pas du tout. Car oui, je pense que ma mère biologique ou la personne qui m’a laissée là avait une bonne raison de le faire et l’a fait intelligemment. C’était un endroit sécurisé où j’ai rapidement été prise en charge. Pour moi c’était un acte bienveillant.»
Un besoin de réponses
Ce qu’elle regrette c’est simplement qu’il n’y ait pas d’information pour elle, pour qu’elle puisse comprendre ce qui s’est passé. En 2017, elle décide de se rendre à Maurice après avoir ouvert et consulté son dossier d’adoption à la DDASS. «Il y avait uniquement écrit que d’après les premiers constats des médecins, il était possible que je vienne de l’océan Indien. Même si c’était vague, Maurice a été le premier endroit où j’ai voulu me rendre. J’ai trouvé l’île comme on l’a décrite, c’est-à-dire magnifique ! Et les Mauriciens sont très chaleureux et accueillants. Plusieurs m’ont demandé si j’étais mauricienne dès le débarquement à l’aéroport d’ailleurs.»
Et en juin 2020, elle décide de se prêter à un test d’ADN qui lui a révélé qu’elle est métissée. «J’ai 50 % d’origine indienne, 40 % d’origine française/allemande, les deux sont regroupés, et 10 % d’origine turque. Ce qui est aussi intéressant avec ces tests, ce sont les correspondances ADN avec des personnes qui ont aussi fait le test et avec qui je partage de l’ADN. C’est comme ça que j’ai vu que j’avais des correspondances avec des personnes de l’île Maurice principalement.»
Ses parents adoptifs ont très bien réagi lorsqu’ils ont appris qu’elle voulait en parler publiquement. «Ils ont toujours su que je me posais des questions. Je leur ai annoncé que je voulais en parler publiquement pour essayer de trouver des réponses et ils m’ont tout de suite beaucoup soutenue et accompagnée.»
Elle n’attend qu’une chose après la parution de cet article, c’est qu’une personne se manifeste pour lui donner des réponses. «Je n’attends que ça ! J’aimerais tant que 2025 m’apporte des réponses. Parfois, je n’ai plus d’espoir mais je serai très heureuse que quelqu’un se manifeste et accepte de me parler de mon/notre histoire.»
Elle serait prête à effectuer le déplacement pour rencontrer cette personne si cette dernière accepte de la voir. «Je reviendrai à Maurice, c’est sûr ! Et si une personne se manifeste et souhaite que l’on se rencontre je serai tout à fait ouverte à ça.»
(La poussette dans laquelle Emilie M a été découverte le 17 septembre 1994 à l'aéroport d'Orly.)
Elle ne craint pas les mauvais plaisantins. «Je pense que depuis bientôt cinq ans maintenant que mes recherches sont ‘publiques’, j’ai pas mal ‘roulé ma bosse’ comme on dit. Je pense être capable de comprendre assez facilement si une personne est sérieuse ou pas. Je pourrais par exemple demander que la personne me décrive les vêtements que je portais lorsque j’ai été abandonnée ou encore ce qu’il y avait dans mon sac à langer, par exemple. Après, je pense que ce sera aussi un ressenti global.»
Plus le temps passe, plus Emilie M. se demande si sa maman biologique est encore en vie. «Honnêtement plus le temps passe et plus j’espère retrouver n’importe qui qui sache me fournir des réponses honnêtes. Peut-être qu’une tante, une cousine, un/une ami(e) d’un de mes parents serait plus à même de me donner des informations. De me raconter les circonstances de mon abandon. En étant devenue moi-même maman, cela me semble inconcevable qu’une femme puisse passer neuf mois de grossesse puis environ neuf mois avec son bébé et l’abandonner en continuant à vivre sa vie comme si de rien n’était. Je précise que ce n’est pas un jugement mais plutôt un sentiment. En fait, je me demande si ma mère est toujours vivante. Evidemment que je serai triste de ne jamais pouvoir la (re)voir elle, mais si une autre personne qui a été proche d’elle est à même de me parler j’en serai déjà vraiment très heureuse. C’est peut-être bête mais je pense que mon père n’est pas au courant de mon existence. Après je suis vraiment dans un état d’esprit ouvert. Je suis ouverte à la rencontre et à la discussion.»
Et si elle retrouvait sa mère ou son père biologique, quelles seraient ses premières paroles ? Elle l’ignore. «Je ne sais pas du tout. Mais je sais que je serai forcément très émue. Finalement, je pars de tellement loin dans mes recherches que je n’ai jamais projeté de rencontre dans ma tête.»
Emilie M., qui vit avec sa petite famille à Aix-en-Provence, est intimement convaincue que les vraies réponses à son histoire se trouvent à Maurice. «Merci de m’avoir accordé du temps et de la visibilité. Cela me fait beaucoup de bien de sentir que certains(nes) ont envie de m’aider à les obtenir. J’espère surtout faire comprendre aux Mauriciens que je ne suis pas dans le jugement. Je ne cherche pas à m’immiscer dans une famille. Je ne fais pas cela pour obtenir de l’argent - je préfère le dire clairement au cas où -, pas du tout. Je souhaite simplement reconstituer le puzzle de mon histoire, comprendre et transmettre ce que je sais à mon fils, qui aura peut-être des questions sur mes origines et donc sur les siennes dans les années à venir. Si une personne sait quelque chose mais souhaite rester discrète, je respecterai cela. Si j’expose mon histoire ce n’est pas du tout pour briller ou je ne sais quoi, c’est parce que je n’ai pas le choix… »
Emilie M peut être contactée à l’adresse mél suivante: emilie. [email protected]
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