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Logement

Dubreuil : 30 ans à attendre leur terre

23 octobre 2026, 14:00

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Dubreuil : 30 ans à attendre leur terre

■ Dans les «quarters» de l’ex-usine de thé de Dubreuil, 12 familles vivent dans l’attente d’un acte de propriété. © Rishi Etwaroo

Ils y ont travaillé, élevé leurs enfants, vieilli. Mais après plus de trois décennies passées dans les quarters de l’ancienne usine de thé de Dubreuil, 12 familles attendent toujours de pouvoir dire : «Cette terre est à nous.» Entre promesses politiques, démarches administratives et contrats restés sans suite, ces anciens travailleurs lancent un nouvel appel aux autorités.

À Dubreuil, le temps semble s’être arrêté. Dans ces maisons autrefois mises à la disposition des employés de l’usine de thé, les murs portent les traces d’une vie entière. Aujourd’hui, 12 familles réclament toujours leur acte de propriété. Parmi elles, Gohin Itteea fait partie des plus anciens. Il se souvient encore de ses débuts à l’usine, en 1967, alors que son salaire ne dépassait pas Rs 4,10. «J’habite dans les quarters depuis 1970», raconte-t-il. Quelques années plus tard, il est promu et chargé du pesage des camions et du contrôle du travail.

Puis vient la crise de l’industrie du thé à la fin des années 1990. La fermeture de l’usine est évoquée. Les salaires sont faibles. Les travailleurs restent dans les quarters et commencent à multiplier les démarches auprès des autorités. «On a écrit à différents ministères», se rappelle-t-il. Des personnalités politiques se penchent alors sur leur situation. Arvin Boolell, alors ministre de l’Agro-industrie, vient à leur rencontre. Même le président de la République de l’époque, Cassam Uteem, intervient par écrit auprès du propriétaire de l’usine. Les démarches finissent par aboutir à un contrat passé devant notaire. Mais une difficulté demeure : les maisons et les terres ne sont pas dans la même situation juridique. Si les occupants disposent d’un document concernant leur habitation, le terrain reste propriété de l’État.

Depuis 1999, l’attente se poursuit. «Cela fait plus de 27 ans que nous attendons que le gouvernement nous vende cette terre», déplore Gohin Itteea. Aujourd’hui âgé, il ne veut plus entendre parler de délais supplémentaires : «Nous avons travaillé pendant toutes ces années et nous sommes toujours à attendre.»

WhatsApp Image 2026-10-22 at 15.32.39 ■ Gohin Itteea a commencé à travailler à l’usine de Dubreuil en 1967. © Rishi Etwaroo

Chez Peter Nookaloo, l’urgence est encore plus palpable. Son fils est porteur d’un handicap. Sa femme est décédée. Il souhaite simplement mettre les documents en ordre afin que son enfant ne soit pas confronté demain à une situation juridique incertaine. «Mon appel au gouvernement, c’est qu’au moins avant que je ne décède, je puisse faire les démarches nécessaires. Je veux mettre tous les papiers à jour», confie-t-il.

Une habitante, aujourd’hui âgée de 84 ans, connaît, elle aussi, le poids de cette attente. Pendant 25 ans, elle a travaillé comme femme de ménage auprès du manager de l’usine pour un salaire de Rs 1 500. Son époux, d’abord jardinier, est ensuite devenu foreman. Ensemble, ils ont vécu près de 40 ans dans les quarters avec leurs enfants.

Pour ces familles, la revendication n’est pas celle d’un privilège. Elles estiment avoir déjà payé le prix de leur droit, par des décennies de travail et de présence dans ces logements. Le bail symbolique d’une roupie par an leur permet certes de rester sur place, mais ne leur offre pas la sécurité qu’apporterait un véritable titre de propriété.

Les résidents de Dubreuil se tournent désormais vers le ministre des Terres et du logement, Shakeel Mohamed, mais aussi vers ceux qui connaissent déjà ce dossier, à l’instar d’Arvin Boolell.

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