Publicité

Journée internationale

Drogues: arrêtons la stigmatisation et renforçons la prévention

22 juin 2024, 21:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Drogues: arrêtons la stigmatisation et renforçons la prévention

La maison coloniale plus que centenaire de 12, rue St Georges (à g.) avait besoin de travaux majeurs pour continuer l’accueil de centaines de personnes marginalisées et le travail de prévention.

Cette journée décrétée par l’Onu en 1987 et célébrée chaque année le 26 juin vise à renforcer la sensibilisation au danger des drogues illicites pour notre société. L’objectif cette année est de rappeler l’importance de traiter les usagers de drogues avec respect, empathie et compassion, d’offrir des alternatives à la répression, de donner la priorité à la prévention et de lutter contre la discrimination à leur égard. Dans ce contexte, nous avons rencontré l’ONG Groupe A-Lacaz A – engagée depuis plus de 40 ans dans ce combat et a développé une approche spécifique au problème sans équivalent à Maurice.

Le Groupe A (Amour, Accueil, Amitié, Avenir) de Cassis existe depuis 40 ans (juin 1986). Il a été l’un des pionniers dans la mise sur pied du Centre d’Accueil de Terre-Rouge, du Centre de Solidarité, du Centre Lotus à la prison, d’autres groupes comme Elan, CUT, et il a été actif également à Rodrigues. Initialement l’activité de l’association était uniquement consacrée à la prévention de l’abus des drogues, à la désintoxication et réhabilitation des usagers. Le Groupe A de Cassis a ensuite étendu son champ de compétences aux risques liés à la toxicomanie, comme la prévention du Sida. Par la suite, le besoin d’un centre d’accueil s’est fait sentir et Lacaz A a vu le jour en 2006, avec l’aide du diocèse catholique qui met à sa disposition la maison qui abritait l’Apostolat de la mer, au 12, rue Saint Georges à Port-Louis (à côté de l’église de l’Immaculée Conception).

C’est quoi Lacaz A ? C’est une maison de jour qui accueille – sans jugement et sans distinction d’âge, de sexe, de religion, de culture ou de race – toute personne vivant avec le VIH, travailleurs(euses) du sexe, usagers des drogues et d’alcool, sous traitement de méthadone, ex-détenus et SDF. Les services dispensés sont : lessive, repas, thé, bain, écoute, vêtements et, si besoin, une référence aux services/personnes qualifiées ; en instaurant une relation personnelle et amicale, et un accompagnement dans la durée. Ce n’est ni un centre de sevrage, ni un centre médico-social ou thérapeutique.

Le rythme de chaque accueilli est respecté : Lacaz A ne pose pas comme préalable la décision d’arrêt de la toxicomanie ou de la prostitution, mais cherche à créer un environnement favorable pour permettre à la personne de prendre elle-même les meilleures décisions. Les accueillis sont référés aux structures appropriées (centre de sevrage, hôpitaux, travailleurs sociaux, autres associations) et soutenus tout au long de leur démarche, y compris en cas de rechute.

Comme la toxicomanie touche aussi durement la famille, cela a conduit Lacaz A à offrir des services de prévention aux ados et aux enfants (écoles et week-ends) ainsi que l’accompagnement des parents dans des groupes de parole. Justement l’activité phare de cette Journée mondiale est une rencontre de parents demain dimanche 23 juin (voir plus bas).

Comment fonctionne Lacaz A ?

Trois salariés épaulent Ragini Rungen, qui coordonne tous les services et affaires externes (autorités nationales et internationales) ainsi que la gestion administrative et financière. L’association invite des personnes de toutes les cultures à venir soutenir la lutte contre la toxicomanie et le Sida en mettant leur temps et leurs compétences au service du centre. Elle compte de nombreux bénévoles et sympathisants qui sont répartis dans ses services et qui reçoivent une formation à cet effet.

Lacaz A est financée en partie par l’État, par des levées de fonds, des fonds CSR, et des dons de bienfaiteurs. Par ailleurs, la maison coloniale plus que centenaire qui abrite Lacaz A, abîmée par le temps, les intempéries et les termites a nécessité des travaux majeurs de reconstruction et de rénovation qui coûtent de Rs 7 millions. Si les travaux majeurs sont complétés, il reste les finitions et l’aménagement qui nécessitent encore une somme de Rs 2,5 millions. L’ONG fait donc un pressant appel à la générosité de tous ceux qui se sentent concernés par ce fléau qui ronge notre société… Toute contribution, même la plus modeste, peut faire la différence.

Vous pouvez le faire par chèque à l’ordre du Groupe A de Cassis

Ou par transfert bancaire/ Juice

Numéro de Compte MCB 000445180617

IBAN: MU34MCBL0944000445180617000MUR

Pour toute autre information, vous pouvez contacter:

Ragini Rungen (Directrice)

Numéro de téléphone: 5 763 9070

Adresse email: lacaza@groupea.org


Solidarité, Épanouissement, Libération (SEL)

Une bouée de sauvetage pour familles éclatées

«Ladrog na pa get figir.» Aucun milieu social, aucune famille n’est à l’abri. La drogue n’épargne ni les femmes, ni les pré-adolescents et les familles sont souvent les dernières à se rendre compte qu’un des leurs est atteint de cette maladie qu’est l’addiction. Mais ce qui fait le plus mal, c’est le rejet et la stigmatisation de la société. Dans son engagement envers les parents dont un enfant est confronté à la toxicomanie, au VIH ou à la prison, Lacaz A a créé un groupe de parole appelé SEL (Solidarité, Épanouissement, Libération). Chaque jeudi, ces parents se réunissent pour partager leurs expériences et se soutenir mutuellement. Une permanence quotidienne leur offre aussi un soutien continu une écoute bienveillante et des week-ends de formation pour renforcer leurs capacités à gérer leur situation. Malgré leurs souffrances, certains parents viennent aider d’autres membres et visitent des personnes dans les hôpitaux, les prisons ou à domicile. Les membres du groupe SEL établissent ainsi des liens solides et cette solidarité renforce leur résilience pour mieux faire face à leurs propres défis. Dans ce contexte, Lacaz A célèbre la journée internationale en réunissant des parents au collège Lorette de Rose-Hill de 9 h 30 à 13 h demain dimanche 23 juin. Elle invite tous les parents et ceux qui se sentent concernés à cette manifestation de solidarité.


Une famille, un combat

couple runghen.jpeg

Le couple Cadress et Ragini Rungen est engagé dans la lutte contre la toxicomanie au Groupe A de Cassis depuis le début des années 80. Il est infirmier à la prison quand en 1988, le cardinal Margéot lance le projet de réhabilitation des toxicomanes, ils partent en formation à Rome. Ragini deviendra la coordinatrice du Groupe A – Lacaz A. Par ailleurs, Cadress est depuis 2018 diacre marié responsable de toute la question de toxicomanie. Leurs deux fils adultes sont tous deux des cadres du travail social. Comme dit le proverbe créole, «dilo suiv kanal».


Père Gerard Mongelard: «Je ne peux rester insensible aux larmes de sang des parents»

mongelard.jpg

«Merci de me donner l'occasion de parler de mes parents, Roger et Cécile. Ils n'ont même pas terminé le cycle primaire mais ils ont été mes meilleurs professeurs. Maman prêchait par son silence et ses actes. Femme au foyer, elle apprenait à ses six enfants à vivre simplement. Papa n’était pas très proche de nous mais il nous donnait des leçons de vie et nous apprenait à goûter la Parole de Dieu. Son passage préféré dans l’Évangile, c’était le débiteur impitoyable. Il ne comprenait pas comment cet homme endetté et gracié par son maître, pouvait être intraitable envers son compagnon. Mes parents n’étaient pas riches mais ils nous ont laissé un trésor inestimable. Quand je pense à mon papa avec du recul, je vois comment il a souffert dans son travail. Parfois l’alcool était son refuge. Maman a bien souffert de cela mais par amour pour ses enfants elle a tenu jusqu’au bout. Quand j’écoute «Krapo kriye» de Nitish Joganah, je comprends ce que mes parents ont vécu. Mais leur amour était inconditionnel. Je leur suis très reconnaissant. Aujourd’hui, avec l’ampleur de la drogue à Maurice, je ne peux rester insensible aux larmes de sang que versent des parents. En tant qu’aumônier de Lacaz A, je les accompagne et ce combat est l’une de mes priorités.»