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Deux milliards pour acheter la paix sociale

25 août 2025, 03:25

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Après la pension universelle, Ramgoolam et Bérenger sortent l’arme lourde : un Price Stabilisation Fund de Rs 2 milliards, destiné à amortir la flambée des prix des produits essentiels. Un geste d’urgence qui soulage – mais qui pose une question fondamentale : s’agit-il d’une stratégie durable ou d’un simple anesthésiant budgétaire ?

En juillet, l’inflation annuelle atteignait 5,2 %. Malgré un léger redressement de la roupie, les prix des denrées alimentaires et des biens courants continuent de grimper. Le gouvernement promet une baisse temporaire de 10 à 20 % sur cinq produits de base. Mais derrière ce filet de sécurité, une réalité dérangeante : les subventions universelles profitent aussi aux plus aisés. Une partie des Rs 2 milliards financera indirectement la consommation des mieux nantis, alors même que la dette publique tutoie les 80 % du PIB.

C’est là que la voix de Rohit Ramnawaz, nouveau patron de la MRA, mérite d’être entendue. Il martèle, cette semaine, dans les colonnes de Business Magazine, que «le climat économique et le taux de croissance économique constituent un facteur déterminant majeur de la croissance des recettes». Autrement dit, l’État ne peut pas éternellement dépenser sans compter : il doit aussi sécuriser ses rentrées. La hausse attendue de 31 % des recettes issues des impôts directs n’est pas un vœu pieux, mais le fruit d’une stratégie combinant intégrité, innovation et inclusion. Ramnawaz insiste : «L’une de mes principales priorités sera de garantir l’intégrité et l’équité du régime fiscal en m’attaquant à l’évasion fiscale sous toutes ses formes.»

Le contraste est frappant : d’un côté, un gouvernement qui multiplie les gestes populistes ; de l’autre, une administration fiscale qui veut renforcer la discipline. Ramnawaz le dit sans détour : «Nous veillerons également à ce que les personnes et entités assujetties à la Fair Share Contribution respectent leurs obligations.» En clair, l’effort budgétaire ne peut pas reposer uniquement sur des subventions qui diluent l’aide. Il doit s’accompagner d’une justice fiscale, où chacun paie sa part équitable.

L’expérience internationale est claire : ciblage numérique en Inde, transferts directs en Iran, aides conditionnelles au Nigeria, bouclier qualité-prix à La Réunion. Tous montrent qu’il est possible de protéger les plus vulnérables sans subventionner indistinctement l’ensemble du marché. Ramnawaz enfonce le clou : «Les droits d’accise ne sont pas uniquement appliqués à des fins fiscales, mais aussi pour soutenir des objectifs de santé publique, de politique sociale, environnementaux et énergétiques.» Autrement dit, la fiscalité doit être un levier d’équilibre, pas seulement une caisse enregistreuse.

Face aux chocs mondiaux, Maurice ne pourra pas survivre avec une politique de rustines. Diversifier les importations, sécuriser l’alimentation, investir dans l’énergie renouvelable et renforcer la STC : voilà les véritables réformes. Mais surtout, comme le souligne Ramnawaz, il faut «renforcer la collaboration interinstitutionnelle, dialoguer activement avec les secteurs économiques et le public, et améliorer la conformité et l’application à travers une meilleure coordination». C’est le seul chemin vers une économie du bien commun : transparente, équitable et résiliente.

Le Price Stabilisation Fund est un pansement conjoncturel. Il sera jugé non pas à sa capacité à calmer la rue, mais à sa faculté à évoluer vers un dispositif ciblé, juste et soutenable. Sinon, il deviendra l’emblème d’une politique budgétaire de courte vue.

L’économie du bien commun, c’est le pari de taxer avec équité, de protéger avec discernement et de réconcilier l’urgence sociale avec la crédibilité budgétaire. C’est à cette condition que Maurice pourra tourner le dos à la logique populiste pour se hisser vers un modèle durable et respecté.

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