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Deux capitaines sur le même navire ? Le pays n’en peut plus…
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Deux capitaines sur le même navire ? Le pays n’en peut plus…
Il fallait bien que cela arrive. Après «Sithanen» et «Beegoo», Paul Bérenger voulait la tête du commissaire de police Ravine Sooroojebally. Navin Ramgoolam lui a opposé un refus net : non ! On ne peut, en effet, gouverner un pays avec deux capitaines à bord. Et après de longues semaines d’un suspense politique qui a vampirisé l’action gouvernementale, le départ annoncé – ou désormais espéré – de Bérenger apparaît comme l’ultime soupape qui pourrait libérer l’Alliance du Changement de ses tensions internes.
Car à chaque intérim au PMO, la même question revient, nue, sans filtre : qui dirige vraiment Maurice quand le chef est dans l’avion ? Et combien de temps un pays peut-il vivre avec deux conceptions du pouvoir qui cohabitent encore mais ne se parlent déjà plus ?
Si Bérenger s’en va pour le pays, tant mieux. S’il veut se sacrifier et donner un coup de pied dans la fourmilière rouge, très bien. Mais s’il le fait uniquement pour préparer la relève de sa fille Joanna — au risque de se retrouver seul, coupé de ses troupes et d’un électorat travailliste qui ne le porte pas en odeur de sainteté — alors il se trompe lourdement de combat ou de tactique.
Le pays n’a plus le luxe des psychodrames. Depuis trop longtemps, un feuilleton lassant empêche le gouvernement de bien tourner. Quoi qu’en disent les ministres au sortir du conseil, nous ne sommes absolument pas dans une atmosphère propice pour gouverner. Maurice vit dans une tension permanente en attendant que le leader du MMM se décide enfin : quittera-t-il le navire ou restera-t-il contre vents et marées ?
Le troisième 60–0 de notre histoire aurait dû être un tournant. Il ne le sera que si ses artisans regardent en face les fractures du pays. Ce 60–0, c’était le cri muet d’un peuple à bout de souffle, qui voulait du changement mais savait aussi qu’un tel plébiscite porte en lui un danger : celui de l’excès de confiance.
En l’absence d’opposition parlementaire, l’Alliance du Changement doit comprendre une chose essentielle : l’absence de rival ne donne pas une légitimité totale ; elle impose, au contraire, une discipline démocratique accrue. Gouverner sans partage, contrôler les institutions, marginaliser les voix dissidentes : c’est précisément cette tentation qui a miné les deux précédents 60–0.
Le MMM, avec son quota d’un tiers — 19 tickets contre 35 au PTr, 8 ministères sur 24, trois Junior Ministers — estime ne pas disposer des leviers nécessaires pour façonner les secteurs stratégiques : police, port, aéroport, EDB. Même les Nouveaux Démocrates ont obtenu un ministère plus lourd, le tourisme, tandis que ReA contrôle la sécurité sociale et, partant, la réforme des pensions, véritable cœur du contrat social. La frustration de Bérenger n’est donc pas totalement imaginaire ; mais son mode opératoire l’est beaucoup plus.
Car lorsque Bérenger s’assoit dans le fauteuil du Premier ministre, même pour quelques jours, il ne fait pas un simple intérim : il enfile les chaussures de Ramgoolam. L’affaire Kishore Beegoo en est l’illustration la plus récente : dix mois après sa nomination à Air Mauritius, le président du board claque la porte, publiquement, en accusant le Premier ministre adjoint d’ingérence politique. Avant Beegoo, il y a eu Sithanen : critiques frontales, micro ouvert, sur la Banque de Maurice, la MIC, la porosité entre argent public et intérêts privés. Du jamais-vu à ce niveau : un numéro deux attaquant les piliers financiers de l’État.
Ramgoolam, animal d’équilibre, tranche tard mais jamais sans calcul. Il protège ses alliances comme on protège un cristal fêlé. Il a attendu dix ans pour revenir et ne veut pas tout faire exploser sur un mot de travers.
Bérenger, lui, allume, nomme, accuse. Tant pis pour les secousses : il préfère le fracas à l’ambiguïté.
Le gouvernement n’a pas hérité d’un pays en paix avec lui-même. Maurice est un corps blessé, fracturé par des inégalités profondes, écrasé sous une dette publique lourde, fragilisé par des institutions vacillantes. Ils ne peuvent se permettre des luttes intestines dignes d’un comité électoral. Chaque nomination est devenue un test laborieux, une source de tension.
L’unité ne signifie pas l’uniformité. Elle exige de transcender les ego, de servir l’intérêt général avant la carrière, l’allégeance ou la succession dynastique. Reconstruire Maurice s’avère une œuvre collective, pas le trophée d’un parti. Bérenger a encore la possibilité d’éviter au pays un nouveau 1983 ou un autre 1997 — deux des moments les plus tristes de notre histoire politique. La balle est dans son camp. Mais qu’il ne s’y trompe pas : son départ du gouvernement risque d’aliéner davantage les jeunes de la chose politique, et le MMM pourrait encore se rétrécir… comme une peau de chagrin.
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