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Sécurité hydrique

Dessalement d’eau de mer : pour ou contre

11 octobre 2026, 14:00

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Dessalement d’eau de mer : pour ou contre

Le dessalement d’eau de mer est une solution de facilité face au stress hydrique, mais il a un fort impact environnemental.

Pendant des décennies, Maurice a principalement compté sur ses barrages, ses rivières et ses nappes phréatiques pour assurer son approvisionnement en eau. Toutefois, l’irrégularité des précipitations, les risques de sécheresse prolongée et la hausse de la consommation poussent à envisager d’autres sources. Parmi les options étudiées par le gouvernement figure le dessalement de l’eau de mer. Si cette technologie pourrait contribuer à diversifier l’approvisionnement, sa faisabilité technique, son coût et ses conséquences environnementales restent à évaluer.

Pour Lormush Juggoo, directeur de la Water Resources Unit (WRU), le dessalement pourrait compléter les ressources existantes, notamment lorsque les déficits pluviométriques se prolongent et affectent les réservoirs et les nappes phréatiques exploitées par forage. Une étude de faisabilité menée au niveau du ministère doit permettre de comparer les différentes options avant toute décision.

La localisation des installations sera déterminante pour leur rentabilité. Une usine située à proximité des zones à approvisionner permettrait de limiter les coûts de transport et de distribution, explique Lormush Juggoo. En revanche, acheminer l’eau dessalée du littoral vers le plateau central nécessiterait des infrastructures de pompage plus importantes, avec des coûts supplémentaires. L’étude devra donc comparer plusieurs scénarios, des petites unités aux installations de grande capacité, en fonction des besoins des différentes régions.

Le choix de la technologie et les dépenses d’exploitation pèseront également dans l’évaluation. L’osmose inverse, qui utilise des membranes pour séparer les sels de l’eau, est couramment employée dans le dessalement. Les progrès technologiques pourraient améliorer les performances des installations, tandis que l’énergie solaire représente une piste pour limiter leur dépendance à l’électricité produite à partir de combustibles importés. «L’étude doit permettre d’examiner les aspects financiers, économiques, environnementaux et juridiques», souligne le directeur de la WRU.

La gestion de la saumure, le rejet concentré en sel issu du dessalement, constitue un autre enjeu. Parmi les solutions envisagées figure une conduite appelée sea outfall, qui permettrait d’évacuer ce rejet au-delà du récif, dans des eaux plus profondes. Il souligne toutefois la nécessité d’études scientifiques pour déterminer les conditions adaptées. Les courants marins, la profondeur et la capacité de dispersion devront notamment être analysés afin de favoriser la dilution de la saumure et de limiter ses effets sur les écosystèmes. D’autres pistes, comme la valorisation de certains rejets dans des applications liées à l’énergie ou à la chaleur, pourraient également être examinées.

Évaluer les ressources existantes

Pour Sunil Dowarkasing, expert en énergie et ancien conseiller auprès d’organismes internationaux, la priorité est d’évaluer les ressources en eau dont Maurice dispose déjà avant d’envisager la construction d’usines de dessalement. Il préconise notamment d’examiner les possibilités de captage et de stockage de l’eau douce, la protection des bassins versants et les pertes dans le réseau. Cet état des lieux permettrait, selon lui, de déterminer les besoins réels du pays et la contribution que pourrait apporter le dessalement à son approvisionnement en eau.

L’expert insiste également sur la nécessité de comparer le coût global de cette technologie à celui des autres solutions envisageables. Outre la construction des installations, le calcul doit intégrer les dépenses d’électricité, de maintenance, de pompage et de distribution, ainsi que le traitement des rejets. Il invite ainsi à mettre ces investissements en perspective avec ceux nécessaires à la réparation du réseau, à l’amélioration des capacités de stockage et à la préservation des ressources naturelles.

La consommation énergétique constitue également un facteur à prendre en compte, souligne Sunil Dowarkasing. L’osmose inverse, qui permet de dessaler l’eau de mer grâce à des membranes, nécessite en effet de l’électricité. «La dépendance de Maurice aux combustibles importés pèse donc dans le choix de cette technologie. Le recours aux énergies renouvelables pourrait réduire cette dépendance, sans toutefois éliminer les autres coûts liés au fonctionnement des installations et à la distribution de l’eau», explique-t-il.

L’expert estime par ailleurs qu’«il est nécessaire d’établir un bilan précis des pertes dans le réseau afin d’en identifier les causes. Il faut notamment distinguer les fuites des volumes d’eau non comptabilisés en raison d’erreurs de mesure ou d’autres anomalies. Une telle analyse permettrait de mieux cibler les interventions et d’optimiser l’utilisation des ressources existantes avant d’augmenter les capacités de production».

L’impact environnemental constitue également un aspect à prendre en compte, souligne Sunil Dowarkasing. Il attire notamment l’attention sur la saumure issue du dessalement, dont la concentration en sel est supérieure à celle de l’eau de mer. «Un rejet mal maîtrisé peut perturber les organismes marins. À Maurice, le choix des sites de rejet et leur suivi sont donc essentiels pour préserver les récifs coralliens, les herbiers marins et les ressources halieutiques», explique-t-il.

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