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Chamarel, Ferney, Ville-Noire
Des jardins où poussent bien plus que des plantes
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Chamarel, Ferney, Ville-Noire
Des jardins où poussent bien plus que des plantes
À Chamarel, Ferney et Ville-Noire, des jardins portés par des organisations non gouvernementales (ONG) locales cultivent bien plus que des légumes. Thérapeutiques, communautaires ou agroécologiques, ils deviennent des espaces de partage et de reconstruction, où la terre aide à retrouver confiance, créer des liens et gagner en autonomie.
⚫ Wendy Narain : de bénéficiaire à responsable de stage
Ancienne cheffe de cuisine, Wendy Narain (photo) a intégré le jardin comme bénéficiaire alors que des problèmes de santé bouleversaient son quotidien. Peu convaincue au départ, elle découvre progressivement ses bienfaits. «Le partage et l’unité avec la nature m’ont guérie», confie-telle. À l’issue de son parcours, elle devient responsable de stage et accompagne désormais d’autres bénéficiaires.

Chaque journée débute par un check-in autour d’une tasse de thé pour prendre des nouvelles de chacune et adapter les activités. «L’accent est mis sur l’humain. On ne force rien», souligne Wendy Narain. Le jeudi, la vente des légumes récoltés aide les participantes à gagner en assurance mais aussi aux habitants des régions avoisinantes à acheter des produits sans pesticides. Des évaluations mensuelles permettent de mesurer leurs progrès et de préparer leur projet professionnel.
⚫ À Chamarel, se reconstruire au jardin
■ Sweety Labeauté, Karine Lamarque & Bernard d’Argent, Soleil de l’Ouest.
Il y a plus de 15 ans, l’ONG Soleil de l’Ouest a créé à Chamarel un jardin communautaire et thérapeutique, avec le soutien de la paroisse Sainte-Anne et un financement de l’Union européenne. Bernard d’Argent, responsable de l’organisation, explique que «cette initiative répondait aux difficultés rencontrées par les bénéficiaires, notamment des femmes, qui avaient perdu confiance en elles et en leurs capacités, rendant l’accès à l’emploi et le maintien dans un poste particulièrement difficiles.» Un stage de six mois au jardin est proposé aux bénéficiaires dans le cadre d’une approche holistique tenant compte des dimensions personnelle, familiale et environnementale. Selon Karine Lamarque, counselor de l’ONG, le jardin permet «aux femmes qui s’étaient isolées de reprendre l’habitude de sortir de chez elles, de se reconnecter aux autres et de reprendre une activité qui les aide à retrouver un équilibre mental».
Les effets perdurent au-delà du stage. «Des bénéficiaires passées par le jardin ont développé leurs propres potagers et vendent leurs surplus de légumes aux voisins. Certaines ont aussi trouvé du travail à la suite de leur accompagnement», se réjouit Sweety Labeauté, Project Coordinator de l’ONG.
⚫ Fabiola : semer, planifier, s’épanouir

Fabiola Lagrosse (photo), mère de deux enfants, en est à son cinquième mois de thérapie. «Avant, je survivais, je subissais. Aujourd’hui, je me sens bien ; le jardin m’a aidée à m’épanouir. J’y ai appris à planter, à mieux communiquer, à travailler en équipe, à gérer mon stress et à planifier. J’ai même créé un petit potager chez moi.»
⚫ Après le «Wakashio», la terre comme refuge
En 2020, en pleine pandémie de Covid-19, le naufrage du vraquier MVWakashio a fragilisé les communautés vivant de la mer. Deux jardins communautaires sont alors nés à Ferney et à Ville-Noire.
⚫ À Ferney, nourrir le corps et l’esprit

Sandy Monrose (photo), coordinatrice du jardin communautaire de l’organisation South East Ladies Agro communément appelé Zardin SELA, se souvient : «Lors de la distribution de food packs aux familles touchées, j’ai rencontré des femmes sans emploi ni revenu, qui ne pouvaient plus vivre de la mer. Pourtant, elles étaient déterminées à cultiver la terre et possédaient déjà un certain savoir-faire. Nous nous sommes tournées vers Ferney, qui nous a généreusement mis une petite parcelle à disposition. Nous avons également bénéficié d’une formation du FAREI.» Au départ, l’objectif était de permettre à ces femmes de se nourrir sainement grâce à des cultures sans pesticides. Le jardin est aussi devenu un espace de confiance et d’échange. L’accompagnement dure un an et comprend une formation en agroécologie. En cinq ans, une trentaine de femmes en ont bénéficié. Plusieurs ont créé leur propre potager ou ont fait de la plantation biologique leur métier. «Pouvoir manger sainement et bouger dans le jardin aide à mieux contrôler le diabète et l’hypertension entre autres. Il y a aussi la satisfaction et la fierté de consommer ses propres légumes, de se sentir valorisée et de soulager le budget familial», souligne Sandy Monrose.
⚫ ROC : de la crise à la résilience
À Ville-Noire, Mahébourg, le jardin Resilient Organic Community (ROC) est né d’une réflexion sur la sécurité et la souveraineté alimentaires. Alors que des pêcheurs se retrouvent privés de leur gagne-pain en mer, la communauté cherche des alternatives et se tourne vers la terre.
«Tout est parti de la communauté. Les habitants avaient repéré un terrain en friche et souhaitaient le cultiver pour se nourrir. Ils se sont ensuite tournés vers Eco-Sud et ensemble, nous avons structuré cette initiative autour de l’agroécologie», soutient Astride Raghoonauth, coordinatrice de ROC.

ROC prend alors forme comme un espace à la fois communautaire et pédagogique, où l’on apprend à cultiver sans produits chimiques, tout en préservant et en nourrissant le sol. «On peut tous planter, mais plantons d’une façon plus éthique, qui soit véritablement une sécurité pour notre alimentation et pour cette terre qui nous nourrit», souligne Astride Raghoonauth.
Entre les mardis consacrés aux cultures et les jeudis communautaires ouverts au public, le jardin s’anime au rythme des rencontres, des découvertes, des échanges et de partages de plantes, d’astuces et de récoltes.
Quatre ans après sa création, ROC a lancé Plante, Kwi, Transmet, un projet d’autonomisation des femmes financé par l’Organisation internationale de la Francophonie. Démarré en 2025, il accompagne 28 participantes, formées notamment à l’agroécologie, à la transformation alimentaire, à la nutrition et à l’hospitalité entre autres. Une soixantaine de recettes ont déjà été développées, ainsi que la marque Dipin Soleil.
⚫ Des défis à relever ensemble
Sans pesticides, les insectes représentent un défi, auquel s’ajoute le manque d’eau. Ces ONG s’adaptent : à ROC, les déchets verts broyés servent notamment de paillage pour conserver l’humidité du sol. Eco-Sud invite ainsi les particuliers à lui remettre leurs branches issues de l’élagage.
Ces jardins n’ayant pas vocation à produire en masse, les partenariats, les financements et l’implication des communautés restent essentiels à leur pérennité. Car à Chamarel, à Ferney comme à Ville-Noire, on ne récolte pas seulement des légumes : on cultive aussi la confiance, l’autonomie et la solidarité.
Pour soutenir ces initiatives ou s’approvisionner en produits sans pesticides:
Soleil de l’Ouest : 451 20 06
Zardin SELA: 5790 7131
ROC – Eco-Sud: 631 1994
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